DES M?IO>S HE 1/|MAG1NATI
dedans par un parfum délicioux et par une lumière intérieure qui éclairait son esprit. C'était, du reste, la seule consola- V('ioni([ue tion qu'elle eût dans ses souffrances et sa détresse. Véro- Binasco. i'^ique de Biuasco contempla , dans une suite de visions de ce genre, toute la vie de Xotre-Seigneur, depuis le voyage de Joseph, lorsqu'il alla à Bethléem avec la suinte Vierge , jusqu'après le crucifiement, distinguant dans le plus grand détail chaque circonstance des faits qui lui étaient mon. tré>. 11 en était ainsi des visions de sainte Françoise Romaine , que son biographe a rapportées en partie dans sa vie et qu'il nous a conservées dans une suite de quatre- >ingt-div-sept tableaux. >Jous avons eu de nos jours un exemple frappant, sous ce rapport, dans la personne de Cath. Emmerich, qui non-seulement a vu la passion du Sauveur, mais qui, pendant trois ans, l'a suivi pas à pas dans toutes ses voies, dans tous ses voyages à travers la Pa lestine. La nature du sol, les fleuves, les montagnes, les forêts, les pays, les habitants, leurs demeures, leurs mœurs, leurs usages , leurs costumes , les habitudes de leur vie , tout a passé sous ses regards dans des images claires et distinctes. Outre cela, elle pouvait aussi, comme par manière d'épisode, à l'occasion de quelques personnes, de quelques lieux ou des fêtes du calendrier ecclésiastique, plonger son regard dans un passé bien plus éloigné encore, et embrasser dans un vaste ensemble l'histoire entière, depuis la première origine des choses, comme mie magnifique épopée religieuse qui, allant du ciel à la terre, suit dans ses divisions les diverses époques du monde et de l'histoire. Vous diriez une mer immense dont la surface réfléchit Ta beauté de ses rivages et la richesse infinie des âges, tandis que la limpidité de ses Ilots permet à l'œil de
DES VISIONS DE L IM.Vr.lNATION. 11.»
pénétrer jusqu'à ses dernières profondeurs, et d'y conlempler les merveilles qu'elles renferment et le lien secret qui unit les choses dans uji vaste ensemble. Ces visions sont peut-être les plus merveilleuses, les plus riches, les plus vastes, les plus profondes et les plus saisissantes que l'esprit humaiîi ait jamais contemplées en ce genre.
Parmi les faits de celte sorte, un des plus remarquables Marie est sans contredit celui de Marie d'Agréda. Elle nous ra- •~'^'^' ^' conte elle-même ses visions dans son livre de la Vie de la mainte Vierge, et nous fait connaître, dès l'introduction, les motifs qui Tout portée à l'écrire : « Je reconnais, nous ditce elle, et j'en glorifie votre grandeur, ô Roi tout-puissant, (( je reconnais que , dans votre infinie majesté, vous avez « caché ces profonds mystères aux savants et aux sages, <c pour les révéler à la dernière et à la plus indigne de vos i( servantes dans votre Église, afin que, plus l'instrument (( dont vous vous servez est faible, plus il soit connu que (( vous êtes Tunique auteur de l'ouvrage. Le Seigneur, (* malgré ma résistance et mes inquiétudes désordonnées, « parce que je ci'aignais lâchement de mabîmer dans l'o- (' céan de ses merveilles, a daigné, du haut de son trône, ft me faire sentir une force douce, aimable et puissante à « la fois. 11 a versé en moi une lumière qui éclaire l'enten- « dément, assouplit la volonté la plus rebelle, calme et (i remet dans leur ordre le sens intérieur et extérieur; une a lumière qui soumet la créature à la volonté et au bon K plaisir du Très-Haut, et la porte à ne chercher en toutes (( choses que l'honneur et la gloire de Dieu. Pendant que « je me trouvais en cet état de préparation, la voix du « Dieu tout-puissant retentit à mes oreilles; elle me saisit « avec force, m' éleva au-dessus de moi-même, me for-
i\(j DES VISIO-NS DK l'iMA(.I?\ATION.
(( tifia contre les contradicteurs qui s'etlbrçaient d'éloigner
« mon àme du bien que lui promettait la connaissance de
« tant de mystères sublimes; et, me préservant de tous les
u pièges où j'aurais pu me prendre, elle me montra le
u chemin de la perfection, et m'engagea à mener une vie
(( toute spirituelle dans une chair périssable. Tantôt me
{( reprenant paternellement, tantôt me caressant au con-
u traire, le Tout- Puissant me dit : k Ma douce colombe,
« toi que mes mains ont créée, lève-toi, ne tarde pas plus
« longtemps ; viens à moi , qui suis la voie et la lumière :
(i qui me suit ne marche pas dans les ténèbres. Viens à moi,
« qui suis la vérité, la sainteté, le tout-puissant et le sage
u qui corrige les sages. « Ces paroles furent pour moi au-
« tant de traits d'amour ; de sorte que, reconnaissant mon
« néant et mes péchés, je me recueillis et m'humiliai dans
a un sentiment profond d'étonnement, de respect et de
w crainte. Mais le Seigneur me dit : « Viens, mon âme,
u viens à moi, je suis ton Dieu; et, quoique tu aies été
ic pécheresse et volage, élève-toi au-dessus de la terre, et
(c viens à moi ; car je suis ton père : que mon amitié soit
u pour toi comme la robe et l'anneau d'une fiancée. )>
Elle raconte ensuite comment Dieu lui donna pour l'aider dans cette œuvre six anges, qui, après l'avoir purifiée et préparée, la menèrent en sa présence; et comment il donna à son àme une nouvelle lumière et un nouveau surcroît de gloire, qui la rendit capable devoir et d'apprendre des choses qui surpassent de beaucoup les forces d'une créature terrestre. Elle raconte encore comment deux autres esprits se joignirent aux six autres; comment elle ressentit un désir ardent de contempler les mystères divins, et lut repoussée pour cette fois avec une grande bonté.
DES VISIONS [)K l'imagination. \\1
Comme elle demandait la cause de ce refus, une voix lui dit qu'elle devait venir les pieds nus^ c'est-à-dire dépouillée de toutes ses pensées et de tous ses désirs, comme Moïse lorsqu'il approcha du buisson ardent. Elle répondit que demander à la nature terrestre ce qui n'appartient qu'aux anges, c'est exiger quelque chose de bien difficile. Mais on lui promit le secours de Dieu , qui désire ce qu'il veut, et peut ce qu'il désire. On lui montra alors un rideau richement brodé qui cachait un trésor considérable. Et comme elle désirait beaucoup que ce rideau fut tiré, afin de voir les mystères qu'il cachait, une voix lui dit : « Dépouilletoi de toi-même, et le trésor que te cache ce rideau te sera découvert. » Elle se proposa donc de corriger sa vie , de surmonter ses désirs, pleurant, se plaignant dans son cœur, et soupirant après le moment où le rideau serait tiré. Et à mesure qu'elle travaillait davantage à se vaincre elle-même, le rideau se tirait davantage aussi, et lui permettait de mieux voir le bien qu'elle désirait si ardemment. Enfin le rideau est tiré tout à fait, et son œil intérieur voit des choses qu'elle ne peut exprimer avec la parole humaine. Elle vit au ciel un grand signe, une femme, Notre-Dame couronnée d'étoiles, revêtue du soleil, la lune ù ses pieds; et les anges lui dirent : « C'est là cette femme que Jean a vue , et que Dieu a comblée de ses grâces. Regarde et contemple ses perfections, et décris -les ensuite. Toutes les choses dont tu as besoin pour cela te seront montrées. )>
Après a\ oir parlé de la manière dont ces communications sublimes lui furent faites, et des divers degrés de l'illumination divine, elle commence proprement son livre par l'histoire de la création. Puis elle explique ce passage