DE L'INITIATION A LA. VIE MYSTIQUE
dit de nous que nous avons le génie de l'art. Dans ces deux cas, il s'est produit en nous quelque chose qui n'est point l'effet de notre action libre et réfléchie , et cependant nous n'avons pas été non plus tout à fait oisifs. C'est bien notre œuvre à nous: nous l'avons saisie, et, après lui avoir donné en quelque sorte un corps, nous l avons mise au jour; mais seulement l'étincelle vitale nous est venue d'ailleurs , comme par un éclair. Or il y a dans le domaine de la nature bien des sortes de lumière. Les expériences faites avec le prisme ont prouvé que chaque étoile fixe a sa lumière spécifique. Ghaque corps en combustion, qui développe de la lumière, a la sienne propre. La lumière qui se développe dans le règne végétal n'est pas la même que celle du règne animal. Les lumières spirituelles qui rayonnent à travers le monde invisible ne sont pas moins différentes : autre est la lumière des esprits célestes , autre celle des âmes ensevelies dans les ténèbres de l'abîme. 11 en est de la gravitation des esprits par l'amour comme de celle des corps par l'attraction : chacun a sa mesure et son degré qui lui est propre. Chaque inspiration , quelle que soit d'ailleurs sa nature, a, d'un côté, en soi-même sa propre base , et peut, de l'autre, être rapportée à un premier principe qui agit en elle et la produit; car tout don parfait vient d'en haut, et tous les bons esprits ont pour cause un même esprit divin et infini , dont ils sont comme les rayons.
L'opération de Dieu , dans le choix et la conduite des âmes qu'il veut attirer à lui, n'est liée , on le comprend, par aucun élément terrestre et fini; elle est indépendante des lieux, des temps et des circonstances. Elle se manifeste aussi bien dans la plénitude de la santé et de la vie que dans
un corps épuisé par la maladie. Elle ne dédaigne point la simplicité naïve de l'esprit, et ne se laisse point faire violence par les intelligences supérieures. L'état de la conscience elle-même n'est pas toujours décisif en ces sortes de choses ; car le cœur le plus pervers se sent quelquefois comme brisé tout à coup par un coup de la grâce, et se trouve , presque sans s'en apercevoir, transformé subitement. Partout ici l'action intérieure est la même, et la forme seule est différente. Le rapport des sexes ne peut donc exercer d'influence que sur la forme de la vie mystique , et non sur son essence même. Cette influence toutefois n'est pas sans importance, et elle suffit souvent pour déterminer des phénomènes d'une nature particulière. Il n'est donc pas étonnant que le caractère propre à chaque sexe se reproduise dans les divers états mystiques , et que la femme s'y montre plus passive, tandis que l'homme réagit avec plus de force à l'égard de l'action divine. Cette opposition se manifeste dès les commencements de la vie mystique, dans la forme même de l'initiation. Nous partagerons donc en deux classes les faits qui se rapportent à cette forme , mettant à part ceux qui ont pour sujet des hommes, et ceux qui concernent les femmes.