CHAPITRE II
Vocation des hommes. Saint Joseph de Copertino. Jean d'Erfart. Gille Vailladoros. Fr. de Grotti. Am. Sansedonio. Herman Joseph.
>. Joseph de Nous nommons d'abord parmi les hommes saint Joseph Copertino. de copertino, parce qu'il a été attiré vers Dieu dans les voies mystiques de très- bonne heure. Né à Copertino, au
royaume de Naples, dans une étable, Tan 1 603, il fut élevé très -sévèrement par sa mère, qui cherchait à dompter son caractère violent et emporté. A l'âge de huit ans, étant un jour à l'école, il entendit le son d'un orgue ; et tout aussitôt il fut ravi hors de lui-même et eut une vision. Cet état se reproduisit bien souvent depuis; et comme alors, plongé dans la contemplation, il se tenait au milieu de ses condisciples , la bouche à demi ouverte, ceux - ci lui donnèrent le nom de Bouch^ ouverte. Il fut bientôt affligé d'un ulcère au genou , où les vers se mirent , et qui prit un caractère très-mauvais; puis il eut à la tète des éruptions qui répandaient une telle infection que tout le monde le fuyait , et qu'au milieu de ses souffrances et de son abandon il ne trouvait de consolation que dans les visions dont Dieu le favorisait. Il fut guéri au bout de six ans par un ermite , et se trouva confirmé dans la direction intérieure qu'il avait prise. Il pensa à entrer dans un ordre religieux. Il voulut d'abord s'adresser aux Conventuels; mais un de ses oncles, qui était Franciscain, l'en détourna, parce que, disait-il, il n'avait pas les connaissances nécessaires. Il entra donc comme frère convers chez les Capucins. Mais là ses méditations continuelles et ses visions l'empêchaient de se livrer aux œuvres extérieures qui lui étaient confiées. Tantôt il confondait le pain blanc et le pain noir, tantôt il laissait tomber les plats de ses mains , tantôt il renversait les pots qu'on le chargeait de mettre au feu. On lui donna d'abord des pénitences; mais enfin, après huit mois d'épreuve, on le renvoya comme incapable: Lorsqu'on lui ôta l'habit religieux, il raconte lui-même qu'il lui sembla qu'on lui enlevait la peau et la chair. On lui rendit ses anciens vêtements, à l'exception de son chapeau, de ses
bas et de ses souliers, qui ne pouvaient plus lui aller, et il quitta ainsi le couvent, plongé dans une désolation profonde.
Le soir, il s'arrêta près d'une cabane de bergers, et leur demanda au nom de Dieu l'hospitalité; mais ceux-ci, le prenant pour un espion ou un brigand, lâchèrent contre lui trois énormes chiens , et il n'échappa à la mort que parce que l'un des bergers le reconnut. Après avoir mangé un morceau de pain , il continue le lendemain son voyage. Un cavalier armé d'une épée s'élance sur lui, le menaçant de le tuer comme un traître. Tremblant, il répond qu'il n'est point un espion, mais qu'il s'en va trouver son oncle, qui prêche à Veterana. Le cavalier le menace encore, puis disparaît tout à coup. Joseph se dit à lui-même : C'est le démon qui a voulu me pousser au désespoir. Arrivé près de son oncle, il reçoit à genoux les reproches qu'il lui adresse. Son oncle lui ayant demandé ce que voulait dire ce nouvel accoutrement, il répondit humblement : Les Capucins m'ont été leur habit parce que je ne suis bon à rien. Son oncle, ayant pitié de lui , le garda quelque temps, et le reconduisit en secret à Copcrtino, où il lui fallut recevoir encore les reproches de sa mère, qui, cédant à la fin à ses prières , le conduisit au couvent de Franciscains de Grotella. Là il suivit tranquillement les voies par oii Dieu voulait le conduire, et arriva bientôt à une haute perfection; aussi aurons-nous souvent occasion de revenir sur lui dans le cours de cet ouvrage. Ces détails sont tirés de la Vie de saint Joseph de Copertino , composée en italien par H. Nuti.
Souvent Dieu appelle l'àme à la vie mystique dans un âgé déjà avancé ; et dans ce cas ordinairement il survient
quelque événement important qui décide de l'avenir tout entier. Jean d'Erfurt, né d'une famille noble, au commencement du xv' siècle, est épris d'une jeune fille noble comme lui. Mais il trouve dans un autre chevalier un rival redoutable. De là une jalousie profonde, par suite de laquelle les deux prétendants conviennent de terminer l'affaire par les armes. Le jour fixé étant arrivé," Jean revêt sa cotte d'armes ornée d'or et de perles, monte un coursier magnifiquement harnaché, et se présente sur la place du tournois, où se trouvait avec sa bien-aimée une multitude innombrable de peuple. Son rival fait comme lui; et lorsqu'ils ont tous les deux fait plusieurs fois le tour de l'arène, ils s'élancent l'un sur l'autre. Jean parvient à désarçonner d'un coup de lance son rival. Mais les siens le remontent à cheval, et ils en viennent aux mains une seconde fois. La lutte était vive , et tous deux se tenaient fermes sur leur selle. Ils se précipitent l'un contre l'autre une troisième fois , et l'issue de cette rencontre fut malheureuse pour le rival de Jean , car il se rompit le cou en tombant de cheval. Une immense acclamation salua le vainqueur; mais celuici avait bien d'autres pensées. Son cœur avait été changé tout à coup, et, au lieu de se diriger vers sa belle, il donne de l'éperon à son cheval, et va droit à un couvent de Dominicains qui se trouvait en ce lieu. Il crie au portier de lui ouvrir promptement la porte, parce qu'il veut se faire Dominicain. « Doucement, doucement, lui répond le portier en lui ouvrant; vous ne prendrez pas l'habit à cheval, en bottes et en éperons. » Jean entre, et fait piaffer son coursier pendant quelque temps dans la cour du monastère; mais dès qu'il vit le prieur s'avancer vers lui, il descendit de cheval, se jeta à ses pieds et lui demanda l'habit. Le prieur
étonné réunit les frères; et comme Jean insistait pour être admis, ils furent tous d'avis qu'on devait le recevoir. Le lendemain , il quitta ses habits précieux et prit celui de l'ordre. Son père^t sa famille apprirent bientôt ce qui était arrivé. Le premier accourut aussitôt, et demanda à grands cris son fils, son unique héritier, prétendant qu'il était devenu fou ; et comme on le lui amena vêtu en religieux, peu s'en fallut qu'il ne le tuât dans un accès de colère, et les frères furent obligés de l'arracher de ses mains. Jean l'apaisa en lui disant qu'il n'était point venu au couvent pour y rester toujours, mais seulement pour y attendre que l'émotion des parents de son rival se fût calmée, et que l'impression qu'il avait reçue lui-même de sa mort fût effacée. Le père s'en alla satisfait , et Jean fut chargé d'une mission en Italie. Il devint bientôt un saint, fut l'apôtre de plusieurs peuples en Russie, et mourut en 4464. (Ephemerides dominicano-sacrœ , SteilL Cologne, 4747.) GiUe Vaiila- Quelquefois c'est au milieu de la route qui conduit à oros' l'abîme que Dieu prend les rênes, et conduit l'àme vers un but tout opposé. GiUe, fils de Vailladoros, commandant à Coïmbre, avait obtenu de bonne heure la charge de chanoine et de prieur; mais, malgré la sainteté de son état, il s'abandonnait sans contrainte à tous les vices. Il lui prit bientôt fantaisie d'étudier la médecine; puis il s'adonna à la magie , abjura sa foi , et se fit instruire pendant sept ans dans une grotte , à Tolède, dans les sciences secrètes. 11 alla ensuite à Paris, y exerça son art, y acquit une grande réputation, et y vécut selon ses caprices, dans le libertinage et l'impiété. Un jour qu'il marchait dans sa chambre , réfléchissant sur l'objet de ses études, il voit apparaître un cavalier portant une lance à la main, et qui, d'un air irrité,
se jette sur lui comme s'il voulait le renverser, en lui criant d'une voix terrible : Corrige-toi , impie, corrige -toi. Gille fut effrayé par cette vision ; mais ensuite il n'en tint aucun compte et continua de vivre comme auparavant. Cependant, quelques jours après, le cavalier lui apparut encore avec un visage bien plus terrible que la première fois, et lui dit : Cesse ta vie criminelle, ou tu mourras. Gille fut renversé à terre et dit d'une voix tremblante : Oui, oui, Seigneur, je vais me convertir, je vais me convertir. Le cavalier lui toucha le cœur de sa lance et disparut. Gille, croyant être blessé mortellement, appela au secours; mais après un examen attentif on ne trouva aucune blessure sur son corps. Toutefois son cœur était changé, ou plutôt il semblait en avoir reçu un nouveau. 11 fait allumer un grand feu dans sa chambre, y jette tous ses livres de magie, et retourne dans son pays, sans se laisser arrêter par la fièvre quarte qui le prit en chemin. Arrivé à Valence, il entra chez les Dominicains, qui étaient occupés à bâtir un nouveau monastère. Bientôt une lutte terrible s'éleva dans son cœur entre la grâce et ses anciennes habitudes. Il avait toujours été très-gai et très-causeur. Lorsqu'il voulut imposer silence à sa langue, sa nature énergique, se trouvant ainsi concentrée et sans issue, pour ainsi dire, se souleva d'une manière épouvantable. Il lui semblait que, s'il gardait le silence plus longtemps, une flamme dévorante allait le consumer. Il persista cependant dans sa résolution. Pendant sept ans , les démons le tourmentèrent par les apparitions les plus terribles , cherchant à le pousser au désespoir; de sorte qu'il déclara plus tard qu'il aimerait mieux se faire couper mille fois la tête que de souffrir de nouveau de telles épreuves. Enfin, après une lutte longue et difficile, il rem-
porta la victoire et devint un saint. En 1 233 , il fut provincial de son ordre, et fit des miracles avant et après sa mort, qui arriva en 1257. (Steill., I, p. 165.) Franc de Franc ou Franco, né en 121 1 à Grotti, près de Sienne, fut conduit par des voies semblables. Sa destinée avait été annoncée à sa mère avant sa naissance ; car il lui sembla qu'elle portait un monstre , qui ne recevait que peu à peu la forme humaine. Ses parents l'envoyèrent étudier à Sienne; mais comme il n'avait aucun goût pour l'étude, et qu'il était d'ailleurs très- fort et d'une santé robuste, il prit l'état de tanneur, qu'il exerça pendant tout le temps que son père vécut. Dès que celui-ci fut mort, son mauvais naturel éclata. Il s'associa à des hommes sans conduite, à des joueurs, des voleurs, passant les jours et les nuits à boire, à jouer aux dés, ou parcourant les rues de la ville avec ses compagnons de débauche , et se livrant à tous les excès. Il ne paraissait jamais à l'église, n'avait à la bouche que des paroles obscènes ou des blasphèmes, maudissait tout ce qu'il y avait de plus sacré, ne craignait rien , ne respectait personne et ne savait qu'inventer pour faire de la peine aux autres; en un mot, il n'avait d'humain que la figure. Sa mère étant morte de douleur, il ne connut plus aucune contrainte et exprima tout haut sa joie d'être débarrassé de la vieille. Il eut bientôt dissipé tout *on héritage. Dans la guerre que les Siennois firent aux habitants d'Orvieto, en 1229, les premiers ayant pris le château de Santeano , y mirent une forte garnison , et Franco en fit partie. Il n'observa plus dès lors aucune mesure : la fornication , l'adultère, le viol et l'inceste étaient des jeux pour lui. Il se fit brigand, arrêtant les passants sur les routes , et il eut recours à tous les artifices qui pou-
vaient l'aider à exécuter ses forfaits. Tantôt il se déguisait en moine ou en solitaire, tantôt il se présentait comme aveugle ou n'ayant qu'un œil. 11 se mettait une barbe postiche au visage , donnait à ses cheveux et à sa peau tantôt une couleur, tantôt une autre ; il paraissait tantôt estropié, tantôt boiteux, aujourd'hui sourd, demain muet, d'autres fois fou, malade, mourant ou même mort. 11 prenait toutes les formes , et semblait prendre avec chacune d'elles une nouvelle espèce de malice.
Une nuit enfin qu'il avait perdu au jeu non-seulement tout son argent, mais encore les habits qu'il avait sur lui , il se porta furieux les mains aux yeux , en disant : Ces yeux que Dieu m'a donnés, je les mets ici comme enjeu, et je me moque de lui. A peine avait-il fini de parler qu'il sentit un feu qui lui brûlait les prunelles ; sa vue s'obscurcit, de sorte qu'il ne voyait plus ni où il était ni ceux qui étaient avec lui. On lui donna son congé ; et comme il ne pouvait travailler, qu'il n'osait mendier, et que la honte Téloignait des hommes, il rentra en lui-même et reconnut la profonde misère de son âme. Il se frappa la poitrine, pleura amèrement , s' arrachant les cheveux et implorant la miséricorde de Dieu. Il fit vœu d'aller en pèlerinage à Saint-Jacques de Compostelle, et il avait décidé un de ses anciens compagnons de débauche , qui s'était converti aussi, à l'y accompagner; mais le père de ce dernier vint de Sienne le reprendre, après avoir accablé Franco d'injures. Malgré ce contre-temps, il poursuivit son dessein; et, quoiqu'il fût aveugle, il eut le courege d'entreprendre seul ce long voyage , après avoir recueilli les derniers débris de la fortune qu'il avait dissipée. Après bien des dangers, il arriva enfin au but désiré. Pendant qu'il était pros-
terné en prière devant l'autel, l'inflammation et les douleurs qu'il souffrait aux yeux cessèrent tout à coup , et il recouvra la vue. 11 se rendit à Rome, visita tous les pèlerinages de l'Italie, vécut plusieurs années au milieu d'un désert, dans une cabane qu'il s'était faite lui-même avec des pierres , éprouvé par de nombreuses tentations , et livré aux pratiques de la pénitence , qui furent tout aussi extraordinaires que l'avaient été auparavant ses désordres. Il entra plus tard dans l'ordre des Carmes , y vécut dans l'exercice de toutes les vertus , et y mourut après avoir gagné à Dieu plus d'âmes qu'il n'en avait perdu auparavant. (Spéculum carmelitanum , 1680, t. II, part. 2, p. 798.)
s.Ambroise Souvent, c'est une disposition maladive qui introduit Sansedonio. l'homme dans les voies de la vie mystique. AmbroiseSansedonio , contemporain de Franco, vint au monde estropié de tout le corps, avec une figure noire et horrible à voir; de sorte que sa mère , ne voulant pas le nourrir elle-même , le confia aux soins d'une nourrice. Un jour que celle-ci portait dans la me ce petit monstre, elle rencontra un vieux pèlerin. Celui-ci, après avoir considéré longtemps l'enfant, dit à la nourrice : Ne cachez pas le visage de ce petit , car il sera un jour la lumière et l'ornement de cette ville. La nourrice le portait souvent dans l'église des Dominicains, et avait coutume d'y faire sa prière devant un reliquaire. Or on remarqua que l'enfant était toujours tranquille et gai lorsqu'il se trouvait près de ce sanctuaire , mais qu'il commençait à pleurer amèrement dès qu'on voulait l'emporter. On eut donc la pensée, un jour qu'il tendait les bras vers les reliques, de lui en frotter tout le corps. Aussitôt il se mit à crier par trois fois : Jésus ; puis il étendit
librement ses membres , qu'il ne pouvait remuer auparavant; et sa figure difforme, par une transformation subite, devint gracieuse et charmante. Tout le monde accourut pour voir le miracle. A partir de ce moment, l'enfant trouvait une grande joie à regarder de saintes images; et lorsqu'on lui en donnait qui représentaient des oiseaux, des animaux , des hommes, des paysages ou des compositions historiques, et qu'on y mêlait quelques images de saints, il choisissait toujours celles-ci et les baisait, tandis qu'il rejetait les autres et souvent même crachait dessus , et les foulait aux pieds. Son père lui donna trois livres , l'un avec des images de cavaliers et de soldats, l'autre avec des figures de grands hommes, et le troisième qui représentait des religieux ; l'enfant jeta par terre les deux premiers et choisit le dernier, et quand il pleurait le meilleur moyen de l'apaiser était de le laisser feuilleter dans ce livre. A sept ans il savait déjà les heures par cœur, et donnait aux pauvres tout ce qu'il trouvait dans les boîtes ou les coffres chez son père. Avec la permission de ses parents, il donnait tous les samedis l'hospitalité à cinq pauvres. Il leur lavait les pieds, les servait à table, faisait leurs lits, et leur donnait encore le lendemain de l'argent pour la route. A dixsept ans il entra chez les Dominicains, qui l'envoyèrent étudier à Paris avec saint Thomas d'Aquin. 11 y devint bientôt, sous la direction d'Albert le Grand, un prodige de science et de génie et un des plus grands prédicateurs de son temps. 11 parcourut toutes les villes de l'Italie, déchirées alors par les factions des Guelfes et des Gibelins , et partout son éloquence inspirée de Dieu apaisait les querelles et les haines les plus profondes. Pendant qu'il prêchait, on le vit souvent entouré d'une auréole brillante, ou
élevé dans l'air avec les mains tendues vers le ciel. Quand il disait la messe, sa chasuble était comme semée d'étoiles radieuses qui semblaient tomber sur lui d'en haut. 11 fit beaucoup de miracles, et mourut en 1286, par suite de la rupture d'une veine, pendant qu'il prêchait. Plusieurs virent au moment de sa mort une étoile resplendissante monter au-dessus de lui vers le ciel. (Steill, I, p. 490.)
Herman Jo- Le bienheureux Herman Joseph naquit à Cologne , vers seph' la fin du xne siècle, de parents qui, après avoir été riches, étaient devenus pauvres. Son enfance fut donc pénible et misérable; et il s'était accoutumé à chercher sa consolation dans une église , devant une image de la sainte Vierge avec l'enfant Jésus. Dans sa naïveté, il leur parlait, leur confiait ses peines; et, lorsqu'il avait quelques fruits ou un morceau de pain , il le leur présentait. Dans cette pieuse familiarité, il devint bientôt clairvoyant. Et comme un jour, au lieu d'aller jouer avec les autres enfants de son âge, il était entré dans l'église, il vit dans la chaire, a l'entrée du chœur, la sainte Vierge, et près d'elle saint Jean , qui jouait avec l'enfant Jésus. Pendant qu'il regardait avec admiration le spectacle qui s'offrait à lui, il aperçut la sainte Vierge qui lui faisait signe de la main, et lui disait : Herman, viens à nous. — Comment puis-je y aller? répondit l'enfant; le chœur est fermé, et je n'ai point d'échelle pour monter. — Essaie toujours, lui répondit Notre-Dame , je te tiendrai la main et t'aiderai. » L'enfant essaya, et fut bientôt monté. 11 avait coutume de dire à ses intimes qu'en montant il s'était frappé le cœur contre une pointe de fer, qui avait été placée devant le chœur pour le protéger. Quoique le coup n'eut point laissé de trace extérieure,
il en ressentit longtemps néanmoins une douleur assez vive au dedans; et ce n'était que le prélude des nombreuses souffrances qui l'attendaient. Lorsqu'il fut dans la chaire, la sainte Vierge lui dit de jouer avec l'enfant Jésus; puis elle s'assit pour être témoin de leurs jeux. Une grande partie du jour se passa ainsi ; et le temps de l'office du soir étant arrivé, l'enfant descendit avec le secours de ceux qui l'avaient aidé à monter. La même chose se répéta souvent depuis dans le même lieu. Un jour que, selon sa coutume, il était allé à l'église, et qu'il y priait, les pieds nus, par un froid très- vif , celle qui lui tenait lieu de mère l'appela, et lui demanda pourquoi il allait ainsi pieds nus par un temps si froid. Il lui répondit : « Je n'ai point de souliers. — Va, lui dit -elle, à cette pierre; tu trouveras dessous quatre pièces d'argent... Fais-t'en faire des souliers. » Il court joyeux à l'endroit indiqué, et trouve en effet les quatre pièces; et, à partir de ce moment, il y trouva toujours l'argent dont il avait besoin. Il entra chez les Prémontrés, et vécut dans l'abbaye de Steinfeld. Son biographe, qui était en même temps son contemporain et vécut avec lui à Steinfeld, rapportant ce dernier fait, ajoute ces mots : « Qui pourrait le croire , ou même le raconter, « si lui-même, quelques jours avant sa mort, surpris par « nos questions pieusement insidieuses, ne l'avait raconté « devant nous? » Au reste , le fait n'avait pas tardé à être connu des autres enfants, qui voulurent aussi aller à la pierre, mais qui ne trouvèrent jamais rien dessous. (Acta Sanct., 7 april.)