CHAPITRE III
Vocation des femmes à la vie mystique. Sainte Catherine de Sienne. Sainte Rose de Lima. Osanna Andreasi. Jeanne Rodriguez. Oringa. Dominique de Paradis. Christine de Stumbelen.
Si la vie mystique , considérée dans son essence , est la même dans les deux sexes , il en est autrement des phénomènes par où elle se manifeste. La femme est plus retirée, plus recueillie lorsqu'aucune passion ne l'agite. Ayant moins d'activité propre, elle est plus accessible aux impressions extérieures et plus facile à émouvoir ; mais elle est aussi, par la même raison, plus mobile dans ses impressions. Ces dispositions la rendent, il est vrai, plus sujette aux illusions et à l'erreur, et, de plus, elles l'empêchent souvent de réagir avec force et persévérance contre ses impressions. Mais, d'un autre côté, comme son corps se développe plus tôt que celui de l'homme, elle entre aussi ordinairement de meilleure heure dans les voies mystiques. Et comme d'ailleurs son caractère est plus doux , et sa vie moins agitée que celle de l'homme, les phénomènes de la vie mystique prennent chez elle un caractère particulier de grâce et de fraîcheur, surtout lorsqu'elle est jeune encore. Bien souvent alors on voit se produire entre elle et Dieu un mariage mystique qui , presque toujours , est précédé par des fiançailles du même genre.
Su cafte. Sainte Catherine de Sienne est une des femmes chez qui
rine de ia vocation mvstique s'est manifestée de meilleure heure. Sienne.
Née jumelle en 1 337 , elle avait dès sa plus tendre enfance un tel charme et dans ses paroles et dans ses gestes que sa mère pouvait à peine la garder chez elle, parce que tout
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le monde voulait l'avoir. Ayant appris à l'âge de cinq ans la Salutation angëlique , elle ne pouvait se lasser de la réciter, et lorsqu'elle montait ou descendait les escaliers elle avait coutume de la répéter à chaque degré. Vers l'âge de six ans, elle alla avec son frère, plus âgé qu'elle, porter un message chez sa sœur, qui était mariée ; et, comme elle revenait, elle vit en l'air, au-dessus de l'église des Dominicains, un trône magnifique, sur lequel était assis le Seigneur avec les habits de grand prêtre , ayant autour de lui
trois de ses disciples. Elle le vit qui la regardait avec tendresse , et la bénissait; et elle fut plongée dans un tel ravissement qu'elle oublia son chemin. Son frère, qui avait pris les devants, revint sur ses pas, l'appela deux ou trois fois, et fut obligé de la secouer pour la faire revenir à elle. Le rayon de la grâce l'avait frappée, et son cœur commença à brûler des flammes du divin amour. Elle cherchait les lieux retirés, priait beaucoup, parlait peu, s'imposait toutes les privations qu'elle pouvait, et réunissait autour d'elle d'autres enfants de son âge pour les amener à une vie semblable. C'est alors que les premiers symptômes d'un état extraordinaire commencèrent à se manifester chez elle. Lorsqu'elle montait ou descendait les escaliers chez son père, elle semblait portée par une main invisible ; car elle ne touchait pas les degrés, ce qui arrivait surtout lorsqu'elle fuyait la compagnie des hommes. La lecture de la vie des Pères du désert lui inspira le désir de vivre comme eux ; mais elle ne savait comment faire pour trouver un désert. Un matin cependant, ne pouvant contenir plus longtemps le désir qui la pressait, elle prit un pain et sortit de la ville. Après avoir fait ainsi quelque chemin, ne voyant plus de maisons autour d'elle, elle se crut près du
désert qu'elle avait si ardemment désiré. Puis, allant un peu plus loin encore, elle fut ravie de trouver une grotte , et y entra. S'élant mise à prier, elle fut levée tout doucement de terre, et portée jusqu'au toit de la grotte. Elle resta quelque temps en cet état, puis fut replacée peu à peu à terre, et comprit que Dieu ne voulait pas qu'elle persévérât dans son dessein. Elle se trouva reportée promptement aux portes de la ville , rentra chez elle , et cacha longtemps ce qui venait de lui arriver. Cependant, ayant atteint sa septième année , elle consacra formellement à Dieu, dans un lieu solitaire, sa virginité, et fit, à partir de ce moment, de rapides progrès dans la sainteté. Lors-
qu'elle fut en âge d'être mariée, ses parents la pressèrent d'avoir plus de soin de sa personne, afin qu'elle pût trouver un mari. Elle le fit d'abord sur les instances de sa sœur aînée, et elle en eut plus tard un grand regret. Mais ensuite, voulant prévenir une bonne fois toutes les sollicitations de ce genre, elle se rasa la tête, et resta inébranlable dans sa résolution, malgré les reproches et le blâme de ses parents et de ses frères. Elle fit taire enfin par son humilité toutes les contradictions, et entra dans l'ordre de Saint-Dominique .
s*« Rose de Deux siècles et demi plus tard , au delà des mers , dans
une autre partie du monde, Dieu suscitait une imitatrice de sainte Catherine : c'était sainte Rose de Lima. Née en 1586 à Lima, au Pérou , et nommée d'abord Isabelle, elle reçut ensuite le nom de Rose, parce que sa mère avait vu une rose au-dessus d'elle pendant qu'elle dormait dans son berceau. Elle manifesta dès sa première enfance les mêmes dispositions que Catherine. Elle était douce, aimable ; on ne l'entendait jamais crier. Elle pleura une seule
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fois, parce qu'on voulut la porter dans une autre maison. Déjà, à Tàge de trois ans, elle manifesta ce courage contre la douleur dont elle donna des preuves dans tout le reste de sa vie. Un jour, en effet, s'étant pris le pouce entre le couvercle d'une boîte fermée, elle cacha la douleur qu'elle ressentait à sa mère, qui accourait pour voir ce qui était arrivé; et lorsque plus tard, par suite de cet accident, il fallut lui arracher l'ongle, elle ne proféra pas une seule plainte. A Tàge de quatre ans, elle eut un mal d'oreille que sa mère empira en voulant le guérir. Il s'y forma des ulcères, et elle resta quarante-deux jours entre les mains du chirurgien sans se plaindre , malgré les douleurs violentes dont elle souffrait jour et nuit. Un jour, son frère , en jouant avec elle, lui salit les cheveux avec de la boue, et comme elle en montrait un peu d'humeur, l'enfant lui fit un petit sermon pour lui prouver que les tresses des jeunes filles étaient des pièges de l'enfer, où se prenaient les àmes imprudentes. Ces paroles firent sur elle une profonde impression. Enflammée par une prière continuelle, elle se fiança au Seigneur, à l'exemple de sainte Catherine, mais plus jeune qu'elle encore; car, en ces pays, on mûrit de meilleure heure; et elle se rasa les cheveux, comme témoignage authentique de son alliance avec Dieu. Elle devint dès lors plus vigilante encore ; et ses confesseurs ont assuré que jamais elle ne commit aucun péché mortel. Elle était d'une admirable docilité à l'égard de ses parents; et, quoiqu'elle consacrât chaque jour douze heures à la prière , elle faisait plus de travail en un jour pour les soutenir qu'une autre en quatre. Comme elle était très-belle , dès qu'elle fut en âge d'être mariée, beaucoup de jeunes gens la demandèrent à ses parents. Comme elle refusait tou-
jours, ses frères ne se contentèrent pas de la blâmer, ils la maltraitèrent de la manière la plus indigne, lui donnant des soufflets et des coups de pied, comme avait fait la mère de sainte Catherine. Mais voyant qu'ils ne pouvaient ébranler sa résolution, ils lui permirent d'entrer au couvent. Elle s'était proposé de bonne heure d'entrer dans l'ordre où avait vécu sainte Catherine. Cependant, comme plusieurs autres communautés désiraient la posséder, elle essaya d'entrer dans un autre monastère, pour ne pas avoir l'air de tenir trop à ses idées. Mais, lorsqu'elle voulut partir, elle se trouva comme fixée au sol. Elle appela son frère à son secours; et, malgré leurs efforts communs, elle ne put bouger jusqu'à ce qu'elle eût formé intérieurement le dessein de retourner chez elle. Un autre signe encore la confirma dans sa résolution. Un jour, un essaim de papillons, des nuances les plus belles, voltigeait devant elle. L'un d eux , noir et blanc seulement, se dirigea vers elle, voltigeant autour de sa tête; elle regarda celte circonstance comme une indication que l'habit blanc et noir des Dominicains lui était destiné. Une fois qu'elle l'eut pris, elle devint un miracle de sainteté, et s'appliqua à imiter toutes les vertus de sainte Catherine, son modèle; et son confesseur la vit une fois, à son grand étonnement, prendre tout à coup la forme, les traits et l'expression de cette sainte. Elle devint bientôt extatique; et, lorsqu'elle avait quelque ravissement, elle devenait d'abord blanche, comme la neige , puis son visage se colorait et devenait rouge par suite de l'afflux des esprits vitaux , et enfin il devenait radieux et lançait des étincelles. (Acta S., 26 aug.) Osanna Une autre vierge, à une autre époque et dans un autre uidreasi. lieu ? fut (!0n(jujto jang |os mênies voiCs : c'était Osanna
Andréas», née à Mantoue en 1449. Étant allée un jour, vers l'âge de six ans , sur les bords du Pô , elle eut une extase. Il lui sembla qu'un ange, la prenant par la main , la conduisait à travers tous les cieux, et que tous les chœurs des anges , tous les éléments de la nature tout entière criaient : Aimez Dieu, vous tous qui habitez la terre.
Cette vision s'était profondément empreinte en son cœur; et elle pria Dieu instamment de lui montrer le chemin de ce parfait amour, « J'ai persévéré longtemps, nous dit-elle. « Le Seigneur m'apparut enfin sous la forme d'un enfant, « plus brillant que le soleil et exhalant un doux parfum, « plus blanc que la neige , plein de grâces et de charmes. « Ses veux étaient d'une admirable beauté; il les fixa sur « moi avec une expression pleine de tendresse , et attira « mon âme, qui le contemplait dans un céleste ravissement. « Mais il avait avec cela un air majestueux ; ses cheveux , « éclatants comme l'or, flottaient autour de sa tête , sur la- « quelle était une couronne d'épines. 11 portait sur ses « épaules une croix beaucoup plus grande que lui. Comme « je le contemplais en cet état, il me regarda d'un air ai- « niable, et me dit : Ma fille, ma bien-aimée, je suis le fils « de la bienheureuse Vierge Marie, et ton créateur. J'ai « toujours aimé les enfants, parce que leur cœur est pur, « et qu'on ne sent point encore en eux la mauvaise odeur « de la chair. Je prends volontiers les vierges pour fian- « cées ; je garde leur virginité, et quand elles m'invoquent « en me disant : 0 bon Jésus ! je leur réponds aussitôt et « descends près d'elles. Celles qui ont peur, je leur dis : « Ne sais- tu pas, ma bien-aimée, que je suis le Dieu tout- « puissant, et que je suis près de toi pour le préserver de « tout mal? » Osanna entendant ainsi parler l'enfant Jé-
sus, considérait ces paroles en son cœur. « 0 bon Jésus, « lui répondit-elle, vous êtes venu bien à propos, car « déjà le serpent infernal voulait me persuader de renon- « cer à votre saint amour. J'ai crié alors vers vous, et « vous êtes venu aussitôt à moi ; et dès que le serpent vous « a vu, il est parti, et je me suis trouvée près de vous. Dai- « gnez donc , je vous en prie , ô mon doux maître , rester « près de moi, car je suis dans le trouble et la tristesse. » Le Seigneur lui répondit : « Ne crains rien , tu auras la « consolation que tu désires; c'est pour cela que je t'ai en- « voyé mon ange. Vois combien j'ai souffert pour toi; « tu auras aussi beaucoup à souffrir pour moi. Mais ne « crains rien ; si tu gardes mon amour, je resterai tou- « jours près de toi , et lors même que tu te croiras seule « ma grâce ne te quittera point. » La vierge répondit : Je « veux vous aimer de tout mon cœur; mais je ne connais
« pas le chemin qui mène à vous. Apprenez-moi donc « ce que je dois faire pour vous plaire. » L'enfant Jésus lui dit : « Je viendrai à toi ; prépare seulement ton cœur à « recevoir ma doctrine, en 4e gardant pur de tout péché. « Ne doute pas, ma fille bien-aimée, mets en moi toute ta « confiance, et je t'apprendrai à mener une vie sainte. »
A partir de ce moment, la vierge ne songea plus qu'à servir Notre-Seigneur comme il le lui avait appris. Son commerce avec lui devint chaque jour plus intime. Chaque jour il daignait converser avec elle comme dans ce premier entretien , et la seule pensée de son bien -aimé faisait en quelque sorte fondre son cœur. 11 ne lui apparaissait pas cependant toujours de la même manière. Quelquefois elle le voyait attaché à la croix, le corps ruisselant de sang, sans forme ni beauté; et alors, prenant part à ses souf-
frances, elle sentait son cœur déchiré par les douleurs les plus atroces ; mais elle n'en était que plus appliquée à suivre les enseignements qu'il lui donnait. Elle devint bientôt extatique. Ses parents la trouvaient dans quelque coin de la maison, ravie, hors d'elle-même, et incapable de répondre à leurs questions. Ignorant la cause de ces phénomènes, ils les attribuèrent à quelque maladie cachée. Les extases devinrent plus fréquentes; elle les avait en tout temps et en tout lieu, dans la prière et dans le travail, dans la solitude
et au milieu de ses compagnes. Son humilité s'inquiétait du bruit que faisaient ces choses extraordinaires. Ses parent, toujours plus inquiets, crurent qu'elle était épileptique, et la contraignirent à avoir recours aux médecins, ce qui fut encore pour elle une cause de souffrance.
Dieu appela aux mômes voies, mais d'une autre manière, jeanno Jeanne Rodriguez. Elle naquit en 1564, à Burgos, dans la RodnSuez Vieille-Castille , de parents très-pieux. C'était une enfant sérieuse, charmante en même temps, aux yeux bleus, et dont sainte Thérèse lut d'avance l'avenir lorsque, la tenant sur ses bras, à l'âge de deux ans, et la caressant, elle dit à ses heureux parents : Faites attention à cette petite; vous êtes bien heureux que Dieu vous ait donné cette enfant, car il fera par elle beaucoup de grandes choses. Lorsqu'elle fut âgée de quatre ans, elle commença déjà à montrer ce qu'elle devait être un jour, par le soin qu'elle prenait de fuir les jeux de son âge, afin de chercher la solitude. Ses parents avaient, d'après le goût du temps, une chapelle domestique oîi était un enfant Jésus très-beau, assis sur un trône. La petite Jeanne lui avait donné son cœur, et elle lui parlait à genoux familièrement, avec une naïveté charmante, et entendait les réponses qu'il lui faisait. Un
jour qu'on la conduisit dans un couvent de Clarisses, la vie du cloître attira toute son attention, et de retour chez elle elle se mit à l'essayer dans sa chapelle. Elle plaça un grand banc devant l'enfant Jésus, et le tourna sens dessus dessous. Puis elle se mit dedans en disant : C'est là mon cloître; il faut que j'y reste, puisque les religieuses ne peuvent sortir. Puis elle prit des oreillers, des sièges et des flambeaux, les plaça autour, appelant ceci l'abbesse, cela la prieure, et leur témoignant le même respect que si c'eût été^raiment l'abbesse avec ses religieuses. Bientôt les apparitions commencèrent. Saint François fut le premier qui lui apparut. Un jour qu'elle était assise dans son banc, elle vit à côté d'elle un Franciscain, de grandeur moyenne, d'un visage agréable et empreint d'une sainte allégresse. Elle lui dit : Mon père, qui vous a envoyé ici? Est-ce que mon père vous a dit que j'y étais? — Oui, mon enfant, ton Père céleste m'a chargé de te visiter. Dis-moi, que fais-tu? — Je suis dans ce couvent, et je veux réciter les vêpres comme font les religieuses; mais je ne sais pas lire. Le saint s'offre à elle pour être son maître. Elle lui demande son nom; et, à partir de ce moment, il vint tous les jours à la même heure passer avec elle un temps assez long. Elle prie avec tant de ferveur que, par ces leçons, elle apprend en peu de temps ses heures.
Bientôt d'autres saints lui apparaissent encore, puis la sainte Vierge, et enfin Notre-Seigneur. Ma fille, que fais-tu? lui dit-il. — Je prie avec saint Dominique. — C'est bien; mais, dis-moi, m'aimes-tu? — Seigneur, je ne sais ce que c'est qu'aimer; mais si je devais aimer quelque chose, ce serait l'enfant Jésus qui est dans la chapelle de mon père. — Eh bien, c'est moi que représente cette image ; et tu dois
l'aimer uniquement, parce qu'elle se rapporte à moi. Il lui donne ensuite la sainte Vierge pour mère et pour gardienne, et lui recommande de lui obéir en tout. Elle le fait; et bientôt arrivent les fiançailles. In jour qu'elle priait avec ferveur dans sa chapelle, la sainte Vierge lui apparut avec l'enfant Jésus, entourée d'un grand nombre de saints. Et comme elle était ravie de la beauté du spectacle qu'elle avait sous les yeux, la sainte Vierge demanda si elle promettait de devenir la fiancée de l'enfant Jésus. Il est charmant, répondit-elle; mais je n'ai rien, comment pourrait-il m'aimer? — Il veut se fiancer à toi, si tu le veux toi-même. — Eh bien, s'il en est ainsi, ma mère, s'il m'aime, je veux aussi l'aimer. Puis elle tendit les bras, et donna à la sainte Vierge sa main comme signe de fiançailles, et la sainte Vierge lui mit au doigt un anneau précieux. L'enfant reçoit la bénédiction , et la cérémonie est terminée.
Elle vécut toujours désormais en présence de son bienaimé. Un jour qu'elle se promenait avec ses parents dans le jardin du médecin A. de Aguilar, et qu'elle cueillait des fleurs, elle vit tout à coup près d'elle un bel enfant qui lui dit : Petite, donne-moi de tes fleurs. — Lesquelles veux-tu? répondit Jeanne. Pourquoi ne les cueilles -tu pas toimême? L'enfant la regarda en souriant, et lui redemanda des fleurs. Ne sachant pas qui lui parlait, elle lui dit : Bel enfant, qu'as-tu besoin de fleurs? il me semble que tu es toi-même une fleur belle et gracieuse. Cependant, si tu veux de mes fleurs, prends celles-ci, et attends un instant, j'irai t'en cueillir d'autres. Elle revint les mains chargées de fleurs qu'elle donna à l'enfant, en les recouvrant avec le bord de la robe qu'elle portait. Va, lui dit-elle, personne ne
verra que tu emportes ces fleurs ; mais si quelqu'un venait à s'en apercevoir, dis que c'est moi qui te les ai données, et ce sera moi que l'on grondera. L'enfant disparut, mais revint plus tard à l'époque de l'hiver, portant à la main les fleurs qu'elle lui avait données. Elle le reconnut alors, et le remercia de sa bonté. Cependant, les apparitions n'étaient pas toujours aussi gracieuses; elle voyait souvent l'enfant Jésus portant avec peine sa croix, et lui demandait si elle voulait l'aider à la porter ; et comme elle y consentait le plus souvent, il la lui chargeait sur les épaules, et elle ressentait alors de grandes douleurs, ne pouvant se mouvoir sous le poids qui l'accablait, ce qui signifiait qu'elle suivrait le Seigneur en tombant et en se relevant. Toutes ces choses s'étaient passées lorsqu'elle n'avait encore que six ans.
LaB.Oringa. La bienheureuse Oringa, née en 1240, près de Florence, et dont la vie a été écrite par Nazei, Camaldule, et par Curlius, de l'ordre des Augustins, était dès sa plus tendre enfance dans une disposition d'esprit telle que son visage s'altérait dès qu'elle entendait une parole un peu dure ou seulement inutile. Mais si quelque discours obscène effleurait son oreille, son estomac se soulevait aussitôt. Comme elle fut souvent sujette à cette épreuve, sa santé en fut considérablement altérée, et elle finit par avoir des vomissements presque continuels. Un jour qu'étant encore enfant elle avait la fièvre par suite de ces soulèvements de cœur, on appela un prêtre pour la confesser et l'absoudre des fautes légères qu'elle pouvait avoir commises. Mais il se trouva que ce prêtre lui-même n'était pas pur. Dès qu'il approcha d'elle , son corps se roidit, ses entrailles furent comme bouleversées, et l'on crut qu'elle allait mourir. On
lui conseilla enfin , comme préservatif contre cette incommodité, de se boucher les oreilles. Elle le fit , et se retira comme un limaçon dans sa coquille, afin d'échapper par là aux impressions pénibles qu'elle ne pouvait éviter autrement. Son père lui mettait souvent une houlette àTa main et l'envoyait paître le bétail. Elle faisait ce qu'on lui avait commandé, et conduisait son troupeau dans quelques bons pâturages. Là, avec une assurance pleine de naïveté, elle lui défendait de s'éloigner, et d'aller dans les champs ensemencés qui étaient là tout près. Puis elle s'agenouillait dans le creux d'un arbre, et son troupeau , obéissant à sa voix, broutait l'herbe tranquillement dans le lieu qu'elle lui avait assigné. Lorsqu'elle fut grande, sa famille voulut la marier ; mais dès la première ouverture qu'on lui fit à ce sujet son premier état reparut. Ses frères la traitèrent de folle , et, voyant que leurs reproches ne menaient à rjen, ils employèrent les mauvais traitements et les coups, qui devinrent bientôt quotidiens.
La condition de la pauvre vierge devenait chaque jour plus intolérable , et pour y échapper elle résolut enfin de quitter la maison paternelle. Elle partit pour Lucques ; et, ayant rencontré un ruisseau qui lui barrait le chemin , elle se mit à genoux pour prier Dieu, et s'y jeta avec assurance. Dieu récompensa sa foi, car elle le traversa sans se mouiller. Après avoir marché tout le jour, elle se trouva vers le soir au milieu d'une forêt; mais une lumière guida ses pas. Elle arriva dans une prairie délicieuse , entourée d'arbres magnifiques et pleine de fleurs odorantes. S' étant assise en cet endroit pour se reposer, elle vit accourir vers elle un lièvre qui mit sa tête dans son sein, la caressa, lui lécha les mains et se mit à jouer avec elle. Étonnée de la familiarilé 1. (i
de cet animal , elle lui dit : Pauvre petit lièvre, pourquoi ne fuis-tu pas? Si pourtant je te prenais? Je le pourrais bien si je voulais. Te crois-tu en sûreté dans mon sein? Je suis moi-même une pauvre fugitive. Comme ils jouaient ensemble, elle s'endormit et ne s'éveilla qu'au jour. Elle se préparait à continuer son voyage ; mais comme elle ne savait quelle route prendre, le lièvre lui servit de guide en sautant devant elle. Elle le suivit, et se trouva bientôt sur la grande route de Lucques. Arrivée dans cette ville, elle se mit au service d'un bourgeois , et plus tard elle entra chez une dame, auprès de laquelle elle continua son ancienne manière de vivre. Elle devint bientôt une grande sainte : le village où elle était née lui fit bâtir un monastère dont elle fut supérieure et où elle mourut en 1310, à l'âge de soixante-dix ans. (Ad. Sanct., lOjan.) Dôminique Aucune femme ne fut comparable sous ce rapport à Dode Paradis. minjqUe de Paradis, née en 1473 dans un village nommé Paradis, près de Florence. Ses parents étaient de pauvres gens qui cultivaient un petit coin de terre et en portaient les produits au marché. Pendant que sa mère la nourrissait, elle ne lui donnait le sein qu'une fois par jour, le matin, parce qu'elle était obligée d'aider son mari dans son travail; mais malgré cette abstinence, que d'autres enfants n'auraient pu supporter, elle devint forte et vigoureuse , el sa mère , quand elle revenait le soir de son travail, la trouvait vive et joyeuse. Elle devint bientôt d'une beauté remarquable malgré le genre de vie pénible et mortifiée auquel elle s'était astreinte. A l'âge de vingt-trois ans , elle fut obligée de l'interrompre, par suite des maladies quelle avait demandées elle-même à Dieu. Cependant son visage pâle, amaigri, garda toujours une grâce ineffable, unesé-
rénité pleine de charmes et de modestie et une dignité qui la faisait aimer de tous les bons et craindre de tous les méchants. Elle grandit dans la maison paternelle, aidant ses parents dans leurs travaux ; et lorsque son père mourut elle put déjà conduire la maison, quoiqu'elle n'eût que six ans. Ses parents, ignorants eux-mêmes, étaient incapables de lui apprendre les premiers éléments de la doctrine chrétienne. Elle apprit le Pater et le Credo en l'entendant réciter au prêtre à la messe, et L'Ave, Maria, en partie de son père, et en partie d'un autre enfant du voisinage. Comme elle avait toujours à la bouche les prières qu'elle savait, elle devint tellement intérieure qu'elle fut favorisée de visions et d'inspirations qui lui apprirent ce qui manquait à son instruction.
Déjà à l'âge de quatre ans, pendant qu'elle était abîmée dans la prière au pied de son lit, elle avait vu la sainte Vierge avec l'enfant Jésus, entourée d'anges et environnée de lumière. Ravie de ce spectacle, elle ne pouvait se lasser de le contempler; et lorsque l'apparition eut cessé elle se mit à chercher dans sa simplicité comment elle ferait pour revoir de si belles choses. Elle s'adressa donc à Dieu , ne cessant de le prier qu'il voulût bien lui montrer où elles étaient. Une voix lui répondit : Ce n'est pas sur la terre, mais au ciel. Attirez-moi donc au ciel, dit-elle. La voix lui répondit qu'il n'était pas encore temps , et lui apprit ce qu'elle devait faire pour y arriver. Les visions devinrent plus fréquentes, et la science de cet enfant dans les choses spirituelles augmentait de jour en jour à cette école. Un jour que sa sœur aînée la lavait et l'habillait , il lui vint à l'esprit que son âme pouvait bien aussi avoir besoin d'être lavée, ne fût-ce qu'avec ses larmes. Lorsqu'elle fut tout
habillée, elle se retira donc dans sa chambre, se jeta à genoux devant une image de l'enfant Jésus et de la sainte Vierge , et pria Dieu de lui montrer son àme pour qu'elle pût la purifier avec ses larmes. La bonté divine répondit à sa foi, et forma dans son cœur un mouvement qui lui fit voir son àme sous l'image d'un petit enfant qui la regardait en souriant ; de sorte que le ravissement qu'elle éprouva à cette vue tira de ses yeux des ruisseaux de larmes. Elle les recueillit dans un mouchoir, et lorsqu'il fut tout trempé elle s'en lava le cœur, croyant dans sa naïveté enfantine laver ainsi son àme. Or, pendant qu'elle faisait cela, Dieu lui montra son âme planant dans l'air sous la forme d'une petite fille gracieuse et souriante, avec laquelle elle eut l'entretien suivant : Mon àme , fuis de ce monde, et retourne à ton créateur ; je te suivrai. — Je ne le puis. Quoique tu me voies bien loin de toi dans les airs , j'habite cependant ton corps. Je suis intimement unie à la volonté divine, el il faut que je reste avec toi , et que j'attende le moment où Dieu veut que je te quitte. Dès qu'il le voudra, je partirai pour aller me reposer en lui ; et à la fin du monde ton corps viendra me trouver pour vivre éternellement dans le paradis. Puis l'image disparut, et Dominique pensa que son àme était rentrée dans son sein. Elle pratiqua plusieurs années cette manière simple et naïve de se laver avec ses larmes, afin de purifier son âme. Beaucoup de mystères divins lui furent aussi révélés, et elle reçut des grâces sans nombre dans les apparitions merveilleuses dont Dieu la favorisa.
tin jour, voyant sa sœur aînée qui lui préparait à souper, elle se mit à penser à ce qu'elle devait faire pour préparer une nourriture solide à son âme. Elle s'adressa donc
à Dieu dans la prière, comme elle avait coutume de le faire toutes les fois qu'elle voulait entreprendre quelque chose , et elle entendit son âme qui lui disait : Cherche-moi pour aliment l'amour divin; j'aime à me reposer dans ses flammes. — Pourquoi, lui répondit l'enfant, ne cries-tu pas vers le ciel , de sorte que mon cœur se brise , et que le divin amour soit forcé de venir pour le remettre en son état? — Je suis en toi pour t'animer ; c'est à toi de crier et de briser ton cœur par tes cris. — L'enfant : Dieu aime l'àme; c'est pour la racheter qu'il est descendu sur la terre et qu'il est mort; tu sens tout cela bien mieux que moi. — L'àme : 11 est vrai que Dieu m'a rachetée sur la croix ; mais il a aussi racheté le corps, et c'est pour cela que celui qui pèche nuit à l'àme et au corps , et que celui qui vit saintement les sauve tous les deux. Ce n'est donc pas à moi seulement de crier vers le ciel, mais c'est à nous deux. Crions donc ensemble, et Dieu, ayant pitié de nous, nous enverra du ciel un aliment délicieux. Pendant cet entretien , l'enfant entendit Notre-Seigneur qui lui disait : Ma fille, la nourriture de l'âme , c'est mon amour, qui fait oublier le monde et toutes les choses terrestres , et ne s'occupe que de moi. Cet éveil de toutes les pensées dirigées vers moi , c'est le vrai sommeil et le repos de l'àme. — Oh ! dit l'enfant, si j'avais le bonheur de reposer toujours près de vous ! — Je vois avec plaisir, lui répondit le Seigneur, que tu sais profiter de toutes les choses sensibles pour penser toujours à moi. Tu peux encore, avec le secours de ma grâce, acquérir d'autres mérites et de nouvelles consolations.
Elle se servait, en effet, de tout ce qu'elle voyait comme d'un moyen de s'élever à Dieu. Si un oiseau volait vers le
ciel , elle pensait qu'elle devait aussi prendre son vol de ce côté. Si sa mère préparait de la laine pour tisser, elle voyait là une image de ce qu'elle devait faire elle-même dans son intérieur. Les arbres avec leurs fruits, le ciel avec ses étoiles, les troupeaux qui paissaient, tout lui fournissait une occasion de penser à Dieu et à son intérieur. Et lorsqu'elle eut ainsi travaillé pendant dix ans, son âme lui fut montrée entièrement purifiée, éclatante de beauté , et blanche comme la neige. Elle sut garder toujours , au milieu de ses faveurs, la simplicité d'un enfant. Tous les dimanches elle parait de nouvelles fleurs les images de sa chambre, et croyait, comme le peuple à cette époque, que ces fleurs seraient conservées, et la suivraient après sa mort dans son tombeau. Dans sa naïveté, elle fit devant ces images sa première confession, parce qu'ayant vu dans l'église des femmes prier devant des images , elle avait cru qu'elles se confessaient à elles. Elle avait à peine dix ans lorsqu'elle fut fiancée à Notre - Seigneur par une faveur spéciale, pour lui être unie plus tard d'une manière plus intime encore par le mariage , comme la chose est arrivée pour plusieurs autres saintes. On peut consulter la Vie de la sœur Dominique de Paradis, de l'ordre de Saint -Dominique, composée en italien par le P. ïg. del Nente, du même ordre.
e Parmi les vierges qui ont été ainsi favorisées du Sei- . gneur, plusieurs ont eu à lutter aussi contre les puissances infernales ; et souvent ces terribles épreuves se sont produites dès leur plus tendre enfance , troublant la sérénité de cet âge, ordinairement si pur et si paisible. 11 en fut ainsi de Christine de Stumbelen, née en 1233 entre Cologne et Neuss , d'un cultivateur aisé nommé Pierre Bru-
ron , morte en 1312, et dont la vie a été écrite par Pierre de Danemark, son contident. Le curé de son village nous a conservé, d'après ce qu'il avait appris d'elle, les détails suivants sur les premières années de sa jeunesse. A l'âge de onze ans, elle vit pendant la nuit un homme qui brillait d'un tel éclat qu'elle fut ravie hors d'elle-même. Ma fille, lui dit-il , je suis Jésus-Christ; promets-moi de me servir toujours ; et si quelqu'un te demande ta foi , dis-lui que tu me l'as engagée. Elle fit la promesse qu'on lui demandait, et à partir de ce moment elle fut toujours occupée du projet d'aller chez les Béguines. Toutes les fois qu'elle récitait le psautier, il lui semblait entendre la voix de Celui à qui elle s'était donnée, et elle était inondée d'une douceur ineffable, quoiqu'elle fût très -ignorante des choses divines et humaines. A l'âge de treize ans elle s'en alla à Cologne , accompagnée d'une autre femme , malgré les larmes de sa mère. Arrivée dans cette ville, elle y souffrit plusieurs jours de la faim. Les Béguines cherchèrent à lui persuader de retourner chez elle ; mais elle leur dit qu'elle aimait mieux vivre avec Dieu dans la pauvreté que chez elle dans l'abondance. Admise parmi elles , elle était toujours seule, adonnée à la prière, se privant des consolations qu'elle aurait pu trouver dans le commerce des autres sœurs, pratiquant des jeûnes rigoureux, dormant sur des pierres ou sur du bois , et se mortifiant en toute manière. Elle méditait continuellement la Passion du Sauveur, et souvent alors elle avait des ravissements qui duraient trois jours. Les autres béguines ne comprenaient rien à son état , et la croyaient tantôt folle , tantôt épileptique.
Elle vécut deux ans de cette manière; et c'est ainsi que
commencèrent pour elle des visions d'un genre bien différent. Une nuit qu'elle était en prière, quelqu'un lui apparut sous la forme de l'apôtre saint Barthélémy et lui dit : « Ma fille, tu pries beaucoup, et tu voudrais bien aller au ciel ; rien n'est plus facile; tu n'as qu'à te tuer pour cela.» A partir de ce moment , elle fut pendant six mois continuellement tourmentée par la pensée de se donner la mort. Si elle passait près d'un puits, eiJe voulait s'y jeter. Un jour qu'on l'avait saignée, elle ôta l'appareil; mais, voyant que son bras devenait noir, elle eut peur, et il lui sembla qu'elle avait mal fait. Souvent la nuit elle entendait une voix qui lui disait : « Lève -toi vite; Dieu veut que tu te tues : si tu ne le fais pas, tu seras étranglée et damnée. » Elle luttait de toutes manières contre la tentation, toujours persuadée cependant que c'était Dieu qui voulait l'éprouver. Après cela elle eut des doutes à propos du sacrement de l'eucharistie et d'autres articles de la foi. Elle ne pouvait faire aucune bonne œuvre, ni prier, ni aller à l'église ; et elle fut plus de quatre mois sans aller à confesse. Enfin, un jour à la messe, elle demanda à Dieu un signe qui pût l'assurer de la présence réelle de son corps sur l'autel : elle vit alors pendant l'élévation un enfant entre les mains du prêtre, ce qui la consola grandement, et le lendemain la tentation disparut pendant sa communion . Mais il en vint une autre plus terrible encore. Tous les aliments qu'elle voulait prendre lui paraissaient ou des crapauds, ou des serpents, ou des araignées, de sorte qu'elle ne pouvait se résoudre à manger. Lorsque , pressée par la faim et par les instances de son confesseur, elle se décidait à les mettre dans sa bouche, elle était bientôt contrainte de les vomir, par l'impression que lui causait le
froid de ces bêtes hideuses. Tout ce qu'elle voulait boire lui paraissait plein de vers, et elle entendait sortir de sa coupe ces paroles : « Si tu me bois, tu vas boire le diable.» Puis elle voyait toutes ces bêtes la regarder. Si elle voulait aller communier, elle était obligée de soutenir des luttes terribles , parce qu'il lui semblait qu'on allait lui donner un crapaud. Ces tentations durèrent six mois chacune.
Ce qui ajoutait encore à ses peines, c'est que les béguines se moquaient d'elle , et que ses parents ne pouvaient lui pardonner de les avoir quittés sans leur consentement ; de sorte qu'elle n'avait aucune consolation extérieure. Tous lui reprochaient de vouloir se faire passer pour une sainte; et elle fut à lafin obligée de retourner dans sa famille. Là les épreuves continuèrent. Tantôt il lui semblait voir, quand elle priait, un coq auprès d'elle, qui battait des ailes, chantait, et lui déchirait les pieds jusqu'au sang; puis, c'était un chien qui aboyait et la mordait. Lorsqu'elle était au lit, on lui ôtait son traversin de dessous la tête, pour l'empêcher de dormir. D'autres fois, une main invisible lui donnait des coups de verges. Pendant quatre semaines elle fut troublée continuellement par le mugissement d'un taureau qui la poursuivait partout. Quelquefois, quand elle voulait prier, elle devenait muette tout à coup , ou elle avait des maux de tête intolérables; ou bien encore, on lui soufflait à l'oreille les péchés les plus abominables, en lui disant : Un tel a volé, un tel a fait telle chose, etc. Une fois, pendant qu'elle priait, son livre lui parut en feu. D'autres fois, lorsqu'elle allait à la communion, le prêtre lui paraissait en flammes, ou il lui semblait qu'elle devait passer à travers un four embrasé.