‹ La Mystique divine naturelle et diabolique;Chapitre 37 sur 64 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Des effets produits par la mystiqne dans le sens commun. De la facilité de sentir de loin l'Eucharistie. Sainte Ida. Julienne. Casset. Fr. Borgia. Marie d'Oignies. De la faculté d'attirer l'Eucharistie. Sainte Thérèse. Élisabeth de Jésus. Catherine de Sienne. Saint Hippolyte. Véronique Giulani. Julienne Falconieri. De la faculté de pénétrer les esprits. Jean de Sagonte. Julienne. Colette. Saint Thomas d'Aquin. Fr. de Taule. Fr. Olympe. Joseph de Copcrtino. De la faculté do* voir à distance et de lire dans l'avenir, Alpède de Cadoto. Élisabeth de Schonau. Pie V. Saint Dominique. Saint Antoine de Padoue. Laurent Justinien. Philippe de Néri. Ignace de Loyola.

Si les sens n'aboutissaient à un sens commun , qui recueille leurs impressions pour les communiquer ensuite à l'âme ^ leurs fonctions manqueraient de l'unité qui leur est nécessaire. Aucun d'eux, en effet, ne peut percevoir les sensations des autres, et chacun agit en quelque sorte pour soi, sans rien savoir de ce que les autres font. 11 leur faut donc un sens qui leur soit commun à tous, qui unisse et coordonne leurs perceptions, et en fasse, pour ainsi dire, une perception commune à tous. Ce sens commun est placé comme au milieu des sens particuliers, et ceux-ci sont rangés en cercle autour de lui, et divisés par groupes plus ou moins éloignés de ce centre. Le premier groupe, et le plus proche du centre, est formé par les sens de la tête ; le second se compose de ceux qui appartiennent à la vie inférieure; et le troisième enfin, qui tient le milieu entre les deux premiers, occupe la région moyenne. Ces trois groupes sont dominés parle sens commun ou central, auquel aboutissent toutes les perceptions, depuis les plus claires jusqu'à ce sentiment obscur et à peine reconnaissant que l'homme a de soi-même, et qui constitue pro-

•prement la vie animale. Or ce sens commun subit, sous l'influence de la vie mystique, la même transformation que les sens particulière dont il est le centre. 11 est, pour ainsi dire, déplacé et introduit dans un milieu plus profond, d'où il peut unir avec plus de force encore les opérations distinctes des autres sens. Les groupes que forment ceux-ci sont rapprochés du centre qui les domine, et se laissent gouverner plus facilement par lui. Us se trouvent par la môme raison plus près les uns des autres, et entrent ainsi dans des rapports plus intimes.

Ce sens commun a son siège au-dessus du groupe le plus élevé des sens de la tête, et c'est de là qu'il règne sur tous les autres. Les sens de la vie inférieure ont aussi besoin d'un organe extérieur qui puisse les mettre en rapport les uns avec les autres, et cet organe, c'est le milieu du système ganglionnaire, le cerehrum abdominale. C'est là que se déploie ce sens commun de la vie inférieure : c'est de là qu'il domine toutes les basses régions de l'organisme humain, et c'est dans la fossette du cœur qu'il est plus immédiatement accessible aux influences du dehors. Les sens supérieurs, de leur côté, trouvent le centre et l'organe dont ils ont besoin dans le ganglion central du cerveau inférieur, dans la glande pinéale. Or le sens général, se trouvant placé au milieu de tous les autres, peut se porter de préférence soit vers ceux qui forment le groupe supérieur placé au sommet de la tête , soit vers ceux qui appartiennent à la vie inférieure. Il peut même remplacer un sens par un autre, le sens de la vue, par exemple, par celui de l'ouïe; et, comme il se trouve élevé à une plus haute puissance, il exerce un empire plus absolu sur tous les autres. Chaque sens, avec la faculté qui lui correspond,

est attaché à un courant particulier dans l'organisme vivant. Le sens général ou commun se trouve donc en rapport avec ce courant général de la vie, qui, partant des régions les plus hautes de l'homme, pénètre jusqu'aux régions les plus basses et les plus profondes. Tel est ce sens commun qui, déjà dans le somnambulisme, acquiert un si haut degré de perfection. Nous le retrouvons plus parfait encore chez les mystiques; mais chez eux il prend une

direction différente.

Dans le somnambulisme magnétique, il est tourné surtout du côté de la nature, tandis que dans l'état mystique il est tourné vers Dieu et les choses saintes, et la nature n'entre, pour ainsi dire, que d'une manière accidentelle dans le cercle de ses opérations. Dans l'un et dans l'autre cas, il saisit, par un procédé d'une nature plus élevée , les objets qui lui correspondent; il les saisit plutôt dans leurs principes que dans leurs phénomènes, plutôt dans leur centre qu'à leur surface , plutôt dans leur vie que dans leurs opérations. Il n'a donc point besoin, pour percevoir les objets corporels, des formes de l'espace, qui leur sont inhérentes. De même aussi, il voit les choses spirituelles par un regard simple et unique, sans qu'il lui soit nécessaire de faire un long circuit , pour aller du connu à l'inconnu ; il n'est pas condamné à les saisir sous le voile de F élément corporel qui les recouvre , ou dans leurs effets seulement ; mais il peut pénétrer les corps étrangers avec la môme facilité que le sien propre, et descendre ainsi jusque dans cette région profonde où l'àme prépare ses opérations. Là il peut lire les résolutions et les pensées avant qu'elles se produisent au dehors. 11 en est ainsi des choses saintes, qui, appartenant au monde invisible, échap-

pent aux sens, dans l'état ordinaire. Tous les phénomènes que nous avons constatés jusqu'ici, dans les divers sens de .l'homme, doivent donc se reproduire avec bien plus de force encore dans le sens Commun ; on peut dire même que c'est lui qui, dans l'état mystique, prenant la place, tantôt d'un sens, tantôt d'un autre, produit tous ces effets merveilleux.

Ainsi , pour commencer par ce qu'il y a de plus saint, beaucoup d'hommes, élevés à l'état mystique, ont eu la faculté de sentir la présence de la sainte eucharistie, môme s»« Ida. à de très-grandes distances. Ida de Louvain sentait la présence de Notre-Scigneur à la consécration, au moment où il S" Colette, descendait sur l'autel , de môme que sainte Colette s'apercevait de loin de l'erreur de celui qui servait la messe, lorsqu'au lieu de vin il présentait par mégarde de l'eau au prôtre, et que la consécration ne pouvait avoir lieu. Ju- Julicnne. lienne , religieuse de l'ordre de Citeaux , remarquait souvent de très-loin, pendant qu'Eve son amie la visitait, qu'on ôtait le saint Sacrement de l'église de Saint-Martin après le service divin; et, à chaque fois, elle en éprouvait une grande tristesse. Les Franciscains de Villonda, ayant un Casset. jour invité à venir les voir un saint Carme nommé Casset, otèrent d'abord, afin de l'éprouver, le saint Sacrement du tabernacle où il était ordinairement enfermé , et le placèrent ailleurs, dans un endroit où il n'y avait point de lumière, tandis que la lampe brûlait comme toujours devant le maître-autel. Casset, s'étant rendu d'abord à l'église, selon sa coutume, et voyant son compagnon s'incliner devant le grand autel , lui dit : « Ce n'est pas ici qu'est le corps du Seigneur, mais à cet endroit où il n'y a point de lampe ; car les frères, qui sont cachés là derrière la grille,

en face du maître-autel, ont ôté d'ici le saint Sacrement pour le placer ailleurs, afin de nous éprouver. » Saint François Borgia avait aussi ce don ; et quand il entrait dans S. Fr. Borune église, il allait tout droit à la place où était le saint Sa- 8W' crement, lors même qu'aucun signe n'annonçait sa présence. Jeanne Matles de Norfolk pouvait distinguer une hostie consacrée entre mille autres.

Quelquefois le sens commun passe, comme nous l'avons dit plus haut, dans un sens particulier, et en remplit les fonctions. C'est ainsi que Gerson cite un homme qui sentait l'eucharistie par l'odorat, tandis que sainte Catherine de Sienne voyait l'hostie resplendissante de lumière. Catherine Emmerich distinguait à leur éclat les reliques des saints qu'on lui mettait sur la poitrine. Lorsqu'une grande fêle approchait, Marie d'Oignies sentait huit jours d'avance Marie d'Oiune jubilation extraordinaire ; et elle était ainsi dans une gmeS* dmotion continuelle pendant tout le cours de la journée. Lorsque & fête d'un saint arrivait, celui-ci lui apparaissait ordiuâirement accompagné de plusieurs esprits célestes; et son âme reposait ainsi près de lui tout le reste du jour dans l'allégresse. Quelquefois, un saint inconnu dans le pays venait lui annoncer sa fête, qui était célébrée dans des contrées éloignées. Elle discernait, comme par une sorte de saveur intime, les fêtes plus grandes de celles qui l'étaient moins, et reconnaissait celles qu'on oubliait de célébrer. C'est ainsi qu'elle fut avertie de la fête de sainte Gertrude, et qu'elle l'annonça le soir, en sonnant la cloche, au grand étonnement du prêtre qui desservait l'église. Elle vit un jour des rayons de lumière partir d'un crucifix, et s'étendre vers elle, comme s'ils eussent pénétré dans son cœur; elle voyait aussi sortir du ciboire une grande

lumière, à l'égard de laquelle celle du soleil était comme un cierge à l'égard de celui-ci. Elle sentait d'avance les reliques qu'on apportait dans l'église, et distinguait si elles étaient véritables ; elle vit un jour un morceau de la vraie croix environné de lumière. Quelqu'un lui ayant apporté des reliques dont il ne savait pas le nom, le saint à qui elles étaient lui apparut pendant sa prière et se nomma avec quatre lettres A. J. 0. L. On crut que c'était Aiol ou saint Aiulf.

De la faailté Souvent il existe entre l'àme et les choses saintes comme

l eucharis- une atoction magnétique. Un jour que sainte Thérèse fut tie. enlevée de terre dans une extase, au moment de la com-

s«« Thérèse, munion , le prêtre, ne pouvant lui donner l'hostie, vit celle-ci s'échapper de ses doigts, et aller se poser sur la langue de la sainte. I*a même chose arriva à la sœur Éiisa-

Élisabethde beth de Jésus, à qui son confesseur avait interdit la com- Jesus. mun jon afin de l'éprouver. Pendant que le prêtre la donnait aux autres sœurs, on vit une hostie s'échapper de sa main, et voler sur la bouche d'Elisabeth. Raymond de Capoue raconte qu'étant revenu d'un voyage . sainte Catherine de Sienne lui témoigna l'immense désir qu'elle avait de communier. Comme il était très-fatigué, il n'avait pas voulu d'abord monter à l'autel; mais, cédant aux instances de la sainte, il dit la messe. Or, lorsqu'il lui présenta la sainte eucharistie , son visage devint radieux comme celui d'un ange. Il dit intérieurement : « Aller, Seigneur, trouver votre fiancée ; » et tout aussitôt l'hostie s'envola vers elle avant qu'il l'eût touchée. 11 ajoute qu'il a entendu dire à beaucoup de personnes des deux sexes , très-dignes de foi , qu'elles avaient vu clairement l'hostie voler de la main du prêtre dans sa bouche lorsqu'elle allait à la communion. I n

prêtre remarqua plus d'une fois, en donnant la communion à saint Hippolytc, que l'hostie lui échappait des s.Hippolyte mains, attirée parle saint comme le fer par l'aimant ; que son visage était resplendissant, et qu'à peine avait-il reçu Fhostie qu'il devenaitblanc comme la neige. Simon d' Aime allant un jour à la communion, et l'hostie qu'il devait recevoir étant tombée par hasard à terre, le prêtre voulut la ramasser; mais il le pria de la laisser jusqu'à ce qu'il eût demandé à Dieu dans la prière si c'était à cause de ses péchés que le Seigneur n'avait pas voulu venir à lui. L'hostie se leva de terre aussitôt, et vola jusqu'à sa bouchet

Ceci explique le fait, raconté par Rader dans sa Bavaria sacra, de la princesse Marguerite et de son chapelain. Pendant que celui-ci lui donnait la communion , il vit son visage, ordinairement pâle, briller d'un éclat merveilleux. Il fut saisi d'effroi ; et , revenu de son trouble, il ne trouva plus l'hostie qu'il lui destinait. Croyant qu'elle lui était tombée des mains, il la chercha scrupuleusement sans pouvoir la trouver. L'éclat du visage de Marguerite était un signe que l'hostie était venue la trouver d'elle-même. Cet attrait se fait sentir quelquefois à de très -grandes distances, surtout dans l'extase. La bienheureuse Véronique Véronique

Giuliani.

désirait recevoir souvent la communion. Or voici comment Dieu remplit son désir. Lorsque le prêtre à l'autel partageait la sainte hostie, il s'en échappait une particule, qui venait se poser sur sa bouche, à la fenêtre où la sainte l'attendait, après quoi elle tombait aussitôt en extase. Les sœurs la voyaient et) cet état sans en connaître la cause. Cette manière de communier dura pour elle presque toute sa vie , du moins tant que la messe fut dite par le prêtre

Thadeo, sans qu'il s'aperçût jamais qu'il manquât quelque chose à l'hostie. Ce ne fut que plus tard, et par la sœur Thadée, que le fait fut divulgué. Sainte Ida de Louvain avait aussi un ardent désir de communier souvent. Mais, comme clic ne voulait pas le faire sans la permission de son confesseur, voici le moyen qu'elle avait découvert. Lorsque le prêtre communiait à la messe, le désir de la sainte prenant une nouvelle intensité, elle communiait en môme temps que lui ; ce dont elle était clairement assurée par le goût et le sentiment qu'elle éprouvait, et qui étaient les mômes que dans ses communions ordinaires. Une fois, l'hostie lui fut apportée par une colombe. ■

Il arrive souvent que le Christ lui -môme ou les anges et les saints remplacent alors le prêtre. Le fait le plus remarquable en ce genre est celui qui nous est raconté dans un document de 4311, rédigé dix-huit jours après la Julienne moïl dc saintc Julienne Falconieri de Florence, fondatrice FalcciLeri. des Mantellates, sur les circonstances de sa mort, et que nous citerons ici textuellement : « Comme notre chère a sœur, âgée de soixante-dix ans, épuisée par les niorti- « fleations, les jeunes , les veilles , les disciplines et les « ciliecs, et souffrant depuis longtemps d'une grande fai- « blesse d'estomac, ne pouvait prendre aucune nourriture, « et qu'elle se voyait entièrement privée du très-saint « corps de Notre-Seigncur Jésus-Christ , elle en était in- « consolable ; elle pleurait et se plaignait tant que l'on « croyait qu'elle allait mourir de douleur. Elle pria enfin « le P. Jacques de Campo Regio , son confesseur, d'ap- « porter au moins près d'elle le saint Sacrement dans le « ciboire, ce qui lui fut accordé. Dès que le prôtre parut « avec le corps du Seigneur, elle se prosterna aussitôt les

« bras en croix et l'adora. Son visage était comme celui « d'un ange; elle demanda qu'on lui permît de s'approcher « plus près de lui encore, et de le porter à sa bouche. « Cette faveur lui ayant été refusée , elle pria qu'on lui a étendit un voile sur la poitrine, et qu'on y déposât « l'hostie. On fit ce qu'elle désirait; et, chose admirable! « à peine l'hostie avait-elie touché son cœur embrasé par « la charité qu'elle disparut aussitôt sans qu'on pût la « retrouver. Mais à ce môme moment Julienne mourut « dans les bras de Notre -Seigneur avec un visage doux , « une bouche souriante , comme dans un céleste ravisse- « ment, au grand étonnement de tous ceux qui étaient « présents , entre autres des sœurs Jeanne, Marie, Élisa- « beth , du P. Jacques et d'autres personnes de la mai- « son. » ( Vita di S. JuUana Falconieri, Roma, 4737.)

Le don de pénétrer les esprits est aussi dans un rapport intime avec le sens commun : c'est donc ici le lieu de citer ceux des faits de ce genre que l'on ne peut attribuer à aucun sens particulier. Comme Jean de Sagonte , de l'ordre jCan de Sades Ermites, passait par Salamanque, une femme vint pour gontelui baiser la main , selon la coutume du pays ; mais lui la retira ; et comme cette femme lui en demandait la cause, il lui dit : « Parce que Satan possède ton âme, et que tu as formé le dessein de tuer ta fille , qui est devenue enceinte par suite d'un crime. » Et il avait dit vrai. Sainte Julienne s* Julienne, avait la faculté de pénétrer l'intérieur de tous ceux avec qui elle parlait, et de reconnaître leurs péchés. Si quelqu'un avait un péché mortel sur la conscience, elle pouvait à peine supporter sa vue. Et comme plus on est humble, et plus on a l'orgueil en horreur, lorsqu'elle rencontrait un orgueilleux, elle éprouvait en son àme un tel senli-

ment de répulsion qu elle ne pouvait ni se contenir ni rester longtemps avec lui ; mais elle s'éloignait dès qu'elle en Irouvait l'occasion. Cependant, lorsqu'elle craignait de scandaliser, elle se faisait violence , et exhortait du mieux s«« Colette, qu'elle pouvait le coupable à se convertir. Sainte Colette lisait , au moment de l'élévation , dans la conscience du prêtre qui disait la messe; et, lorsqu'elle y voyait quelques fautes, elle les lui faisait remarquer, en prenant toutes les précautions que commande la charité. Sainte Thérèse avait aussi ce don. L'auteur de sa vie l'avait remarqué ; et comme il devait avoir un jour un entretien avec elle, il lui dit qu'il voulait d'abord purilier sa conscience > parce qu'il craignait qu'elle n'en découvrît les secrets. La sainte se mit à sourire , confirmant par son silence ce qu'il avait dit.

Saint François et saint Bernard avaient aussi reçu ce don du ciel. Deux étudiants s'étant recommandés aux prières de saint Dominique , il se mit aussitôt à prier. Puis il dit à l'un d'eux que ses péchés lui étaient pardonnés , et qu'il devait se croire pur désormais. Mais il dit à l'autre d'aller à confesse , parce qu'il avait caché tel péché qu'il lui nomma. A Naples, un Dominicain qui était au chœur, s. Thomas près de saint Thomas d'Aquin, se mit à penser avec plaisir

d Aquin. ^ un certain mets dont il devait manger après l'office. Saint Thomas s'en aperçut aussitôt, et lui dit à l'oreille : « Mon frère, ne vous occupez pas de la nourriture. Ce mets, vous ne le mangerez pas seul; je vous aiderai. » Quelqu'un aps. Francis porta un jour à saint François de Paule un enfant qui était

tic Paule. ma|iUje> p0U|. qlx*ii le guérît par sa prière ; et, pour éveiller davantage sa compassion , il lui offrit des figues nouvelles qu'il avait volées. Le saint l'en réprimanda fortement, et

lui ordonna d'aller avant tout rendre ce qu'il avait vole', 1 pour ne pas faire tort à son àme pendant qu'il cherchait à procurer la santé à son fils. 11 le fit, et l'enfant fut guéri. Saint Ignace et saint François Xavier connaissaient parfaitement tous les mouvements intérieurs du cœur chez les autres, et savaient très -bien discerner les esprits. Sainte Uose de Lima soignant une pauvre Sarrasine malade, elle s<« Rose, connut qu'elle restait toujours attachée à l'islamisme, quoiqu'elle parût chrétienne au dehors; et celle-ci finit par lui avouer que c'était vrai, et reçut le baptême. C'est en vertu de ce don que saint Cajetan savait proportionner ses sermons aux besoins de ses auditeurs. Saint André Avellin , quand il écrivait une lettre, connaissait l'état intérieur de celui à qui elle était adressée. Souvent même il lui découvrait des péchés qu'il avait oubliés. Il en était de même de saint Jean de Dieu, de Dominique de Paradis et d'Ursule Bénincasa. Un jour que F. Olympe était sorti , il ren- Fr. olympe, contra des soldats qui se pressèrent autour de lui pour lui baiser la main. Il la donna à baiser à tous, à l'exception d'un seul, à qui il dit à l'oreille : « Je sais que vous êtes prêtre; ce serait donc à moi de vous baiser la main. Tâchez de vous réconcilier avec Dieu par une conversion sincère. » Cet homme était en effet un prêtre apostat, et ces paroles le convertirent. Saint Joseph de Copertino reconnaissait les Joseph de prêtres qui n'avaient pas dit leur bréviaire dans le jour; et CoPertino plus d'une fois il dit à un prêtre en le voyant : Breviarium clamât contra te de terra. Aussi les hypocrites ne pouvaient le tromper. Aucun vice, aucune mauvaise passion ne pouvaient se soustraire à ses regards. 11 ressentait en présence des hommes vicieux un trouble intérieur, dont la nature lui indiquait le genre de péché qu'ils avaient commis. Aussi

savait-il toujours dire à chacun de ceux qui conversaient avec lui ce qui convenait le mieux à ses besoins, quoiqu'il ne connut rien antérieurement de ses relations. B. Mozzi, désirant faire une confession générale pendant son noviciat, s'adressa à lui. Le saint lui ayant conseillé d'écrire ses péchés, il le fit. Mais, arrivé à la fin, il éprouva de nouveaux scrupules , et eut recours à Joseph. Celui-ci prit la feuille sur laquelle il avait écrit ses péchés, et la lut tout entière, faisant ses remarques et lui disant , par exemple : « Mon fils, ce péché que vous avez écrit ici n'était pas de cette espèce, mais de telle autre. En voici un que vous avez omis. Pourquoi n'avez-vous pas ajouté tel ou tel péché, que vous avez commis en tel ou tel lieu? » Il fit ainsi l'examen du novice, ajoutant ou retranchant selon qu'il en était besoin. Mozzi alla trouver le maître des novices, et lui dit : « Savezvous, mon père, que le P. Joseph connaît mieux que moi les péchés que j'ai commis, et qu'il sait même en quel lieu je les ai commis, quoiqu'il n'y ait jamais été ? » Le même saint savait également si ceux qui l'approchaient avaient pour lui de l'amour ou de la haine. Il connaissait aussi les bonnes actions que les autres avaient faites , et il aimait à en parler. Ainsi, par exemple, un jour qu'il sortait de l'église , il remercia une femme parce qu'elle avait prié Dieu pour lui. Tous ceux dont la conscience était en mauvais état tremblaient devant lui.

Marie d'Oignies pénétrait aussi les pensées des hommes. Son confesseur s'était adonné à la prédication. D'abord , manquant d'exercice et de simplicité, il cherchait à faire de beaux discours ; et comme, malgré cela, il ne réussissait pas, il en fut tout troublé. Sa vanité néanmoins fut consolée par quelques louanges qu'on lui donna. Or il avait eu bien

soin de cacher son état à Marie. Mais il vit bientôt qu'elle le connaissait , car elle lui raconta qu'elle avait vu l'image d'un homme ayant une épaisse chevelure et enveloppé d'un nuage. Une courtisane brillant d'un certain éclat avait regardé cet homme avec bienveillance, et, projetant sur lui un de ses rayons, elle avait dissipé ainsi une partie du nuage qui l'enveloppait.

A ce don du discernement des esprits se rattache aussi celui de lire dans le temps et l'espace. En toutes choses, le centre domine la circonférence tout entière. Quiconque se tient dans le centre, non pas seulement d'une manière géométrique, mais d'une manière vivante et effective , est p3r là même présent dans tous les points de la circonférence, et l'éloignement disparaît pour lui. Le même fait se reproduit dans le temps. Le temps est dans un flux continuel. Or tout mouvement suppose un point de départ fixe et immobile. Ce point de départ domine donc le cours du temps tout entier : il est en quelque sorte comme le temps central, qui contient et renferme le temps mobile ; de sorte qu'ici encore celui qui se tient dans ce milieu embrasse du regard la circonférence tout entière, et voit l'avenir et le passé comme présents sous ses yeux. Cette faculté toutefois ne doit pas être confondue avec le don de prophétie proprement dite, car il repose plutôt sur une inspiration instinctive dont l'esprit n'a point la conscience, et qui se rattache au sens général. 11 n'a donc de valeur que celle de ce sens lui-même.

On raconte dans la vie de sainte Alpède de Cadoto que, Aipède de malgré ses maladies continuelles et sa maigreur extraordi- c**010naire , car elle ne mangeait presque rien , son visage était beau et florissant, comme si elle eût vécu dans les délices.

Couchée presque toujours sur le dos, et ne pouvant remuer que la tète et le bras droit, elle avait en cet état des visions fréquentes. Elle voyait alors en esprit le monde et tout ce qu'il renferme. Et lorsqu' après un ou deux jours elle revenait de ses extase il lui semblait qu'elle passait des régions de la plus pure lumière à celle des ténèbres, et qu'un voile épais couvrait son regard intérieur. Elle racontait que dans ses visions elle voyait le monde comme une boule, le soleil plus grand que la terre, et celle-ci flottant comme un œuf au milieu de l'espace, et entourée d'eau. Elle disait que les causes et les principes des choses sont à la fois si nombreux et si cachés qu'on les comprend d'autant moins qu'on cherche à les pénétrer davantage. C'était, du reste, une femme ignorante, et qui avait été élevée dans les champs.

^•Elisabeth Sainte Elisabeth de Schonau raconta à son frère qu'elle de Scùonau. aviut assisté à la consécration de son église à Bonne , quoiqu'elle en fût éloignée de seize lieues. Elle lui rendit un compte exact de tout ce qui s'y était passé et de ce qu'il y avait fait lui-môme, et désigna les chanoines qui y avaient assisté. Le biographe de Marie d'Oignies ayant été ordonné loin d'elle, à Paris, elle connut ses dispositions intérieures, le lieu de l'ordination , etc., et lui écrivit qu'elle avait tout vu , ajoutant ces paroles : « Le jeune arbre vient de fleurir, mais Dieu me réserve ses fruits. » 11 ne comprit point alors ce qu'elle voulait dire, et ne le sut que, lorsqu'ayant voulu dire sa première messe en France, il en fut empêché, et la dit à Oignies en présence de la sainte. C'est surtout vers le saint sacrifice de la messe qu'est dirigée cette clairvoyance surnaturelle ; de sorte que les murs bien souvent ne peuvent cacher aux saints le mystère qui s'ac-

complit sur l'autel. C'est ainsi que François de Duracchio voyait de sa cuisine tout ce qui se passait sur l'autel, quoiqu'il y eût trois murs entre lui et l'église. (Ménologe de saint François , p. 1077.)

D'autres fois, Dieu fait voir à ses saints des choses qui, quoique temporelles, sont dans un rapport intime avec la gloire de son Église. Saint Pie V, en 1571, s'entretenant au Vatican avec le trésorier du palais Bussato et d'autres personnes, interrompt tout à coup la conversation, court à la fenêtre de son appartement, reste quelque temps les yeux élevés vers le ciel, puis revient le visage tout joyeux en disant : « Rendons grâces à Dieu, car en ce moment notre flotte a anéanti celle des ennemis de l'Église. » Puis, se prosternant, il remercia Dien en fondant en larmes. Or la bataille de Lépante, entre la flotte des chrétiens et celle des Turcs, venait d'être gagnéo par les premiers. L'abbé Macaire de Vurtzbourg, étant à Rome assis à la table d'Eu^ gène III , vit la tour de son église renversée par un ouragan, et poussa un profond soupir. Saint Loup, étant à table à Sens, vit en esprit entrer dans l'église Saint - Etienne l'homme de Dieu Vinnebonde, et, se levant de table aussitôt, il alla à sa rencontre. Gothard vit à une grande distance mourir son ami Meinverk, évoque de Padcrborn, et prépara tout pour le service des morts. Liduine, quand elle recevait la visite d'un supérieur de quelque couvent, lui rapportait tout ce qui s'y passait , quelque éloigné qu'il fût. Sainte Brigitte de Kildar, se promenant avec deux évêques , leur demanda de quel côté était situé le pays qu'ils habitaient ; et elle leur raconta alors la bataille qui s'y livrait en ce moment. Comme les évêques étaient grandement étonnés, leurs yeux aussi furent ouverts, et l'un d'eux vit même

tomber pendant la bataille la tête de deux de ses frères. Saint Joseph de Copertino lisait à distance les lettres qu'on lui écrivait. Un jour que le cardinal Rapaccioli lui écrivait pour lui exposer les inquiétudes de sa conscience, comme il était sur le point de lui envoyer sa lettre, son secrétaire lui en rapporta une qui répondait exactement à la sienne.' Il raconta une autre fois à ce même cardinal tout ce qu'il avait fait à une certaine heure, loin de lui, à Terni , dans sa chambre , et le cardinal attesta ce fait avec serment.

Beaucoup de saints aussi ont reçu le don de lire dans l'avenir, quoique cette faculté soit plus rare que celle de voir ce qui est déjà passé. On raconte, dans la vie de saint 8. Domini- Dominique, qu'il vit d'avance la guerre sanglante des Alqu6, bigeois et la mort dont y mourut Pierre d'Aragon. Avant même qu'on eût entendu parler des Albigeois dans le pays de Liège , Marie d'Oignies vit la croisade qu'on allait prêcher contre eux. Elle avait vu, en effet, beaucoup de croix descendre du ciel sur les hommes , et le Seigneur lui avait dit qu'il ruinerait presque entièrement ces contrées. Elle avait vu aussi d'avance en esprit la défaite des

S. François croisés près de Mongausi. Saint François d'Assise, ayant Assise. pri§ dans lc filg M ^ Rubies, de la famille des

Ursins, qui venait de naître, reconnut en lui le futur pape Nicolas III. La vierge Oringa, entendant pleurer un enfant au berceau, connut qu'il mourrait pendu. Saint An-

S. Antoine toine de Padoue connaissait un notaire dont la vie était de Padoue.

très- mondaine. Cependant, toutes les fois qu'il le rencontrait, il s'agenouillait devant lui. Celui-ci finit par se fâcher, et demanda au saint ce que cela voulait dire. Le saint lui répondit : « 11 m'a été révélé que tu mourras un jour

martyr, » ce qui arriva en effet bientôt après, quoiqu'en ce

moment le notaire ne fit que rire de la prophétie du saint.

Saint Laurent Justinien , donnant les cendres à Dandolo, s. Laurent

lui prédit que l'année suivante il les donnerait lui-même à Juitinien-

d'autres. Saint François de Paule, au milieu de la paix la

plus profonde, fit prier ses frères pour que Dieu détournât

la guerre des Turcs, qui éclata trois mois plus tard. Saint S. Phil-ppe

de Néri

Philippe de Néri prédit aussi à deux de ses fils spirituels , qui s'étaient faits Dominicains, les voies bien différentes qu'ils parcourraient tous les deux. Saint Ignace reconnut S. Ignaco. aussi dans le duc F. Borgia le futur général de son ordre. F. Olympe reconnut également, entre sept fils de la margrave d'Antio, celui qui devait un jour appartenir à son ordre. Jean de Sagonte, prêchant à Salamanque, commença son sermon par ces paroles : « Je désire, mes frères, que vous gardiez la paix; car je sais qu'ici même va s'élever une émeute sanglante; mais celui qui commencera la querelle en mourra victime. » Malgré cet avertissement, une émeute eut lieu en effet ; on tira les épées et les couteaux : mais bientôt on entendit crier que celui qui avait commencé la lutte était tué; et la mêlée finit. Saint Joseph de Copertino vit d'avance non -seulement tout le cours de sa vie, mais encore celui de beaucoup d'autres. Rencontrant un jour une femme de mauvaise réputation, il lui dit: a Dieu veut vous avoir, Madeleine ; laissez donc là toutes ces vaines parures. » Elle se convertit plus tard, en effet, et prit le nom de Madeleine. Un jour qu'une mère lui présentait sa tille, à laquelle il avait annoncé d'avance un fils, et le priait de vouloir bien être le parrain de celui-ci, le saint lui répondit qu'il ne vivrait plus quand il viendrait au monde. Un jour, sainte Kose de Lima, étant assise dans son jardin, s'a-

musait à jeter en l'air des roses qu'elle offrait à Dieu. Son frère , prenant cela pour un jeu , voulut y prendre part ; mais ses roses tombaient à terre , tandis que celles de sa sœur flottaient en l'air, et prenaient la forme d'une croix entourée d'un cercle. Elle vit là l'image des vierges qui après sa mort se réuniraient à Lima dans un couvent dédié à sainte Catherine de Sienne.

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