CHAPITRE III
La mystique dans le désert. Saint Antoine. Du don des miracles. Du pouvoir sur les animaux. Du don de prophétie, de clairvoyance. Du pouvoir de discerner les esprits , de guérir les malades. De l'extase.
La vie que menaient les solitaires était déjà, on le voit, une vie toute mystique. Dieu, qui les avait comblés de ces dons du Saint-Esprit qui sanctifient l'âme et sont à cause de cela les plus précieux, ne pouvait leur refuser les autres. Le don de la foi était comme la base sur laquelle ils reposaient tous. Puis venait le don de sagesse. C'est s Antoine, par ce don que saint Antoine avait acquis sur les esprits un tel empire qu'il convertit au christianisme un nombre considérable de païens, et décida des milliers de chrétiens h quitter tous les biens terrestres pour venir peupler autour de lui le désert. Il les aimait tous , jeunes et vieux , d'un amour paternel, et, se multipliant en quelque sorte, il distribuait de tous les côtés ses enseignements et ses conseils dans les cloîtres nombreux qu'il avait fondés. On lui demandait un jour comment il pouvait suffire à tant
de choses, lui qui ne savait pas même lire. 11 répondit : « Mon livre, ce sont les créatures; je l'ai toujours devant les yeux, et j'y lis, quand je veux, la parole de Dieu. » Il avait si bien étudié ce livre qu'au rapport de saint Athanase, son biographe, il réduisit plus d'une fois au silence les platoniciens, qui étaient venus le trouver d'Alexandrie ou d'ailleurs pour le tenter et l'embarrasser dans les filets de la dialectique.
Les solitaires étaient aussi bien souvent favorisés du don Du don des des miracles. Ce don suppose l'empire sur la nature, et m,racles cet empire, Dieu peut bien le donner à qui il veut, puisque la nature est son ouvrage. Et comme l'homme n'exerce point ce pouvoir en son propre nom, mais au nom de Celui de qui il Ta reçu , les miracles ne sont point une violation des lois de la nature. Car si l'auteur de ces lois peut les changer à son gré , les phénomènes qui se produisent alors rentrent dans l'ordre de la nature, qui est déjà lui-même un miracle pour celui qui le contemple, de sorte que ce qui arrive en dehors de cet ordre n'est pas plus étonnant que cet ordre lui-même. Le miracle, familier et naturel à Dieu, n'est que passager et accidentel dans les thaumaturges. Autour d'eux, et au milieu de l'univers, Dieu s'est réservé un tout petit domaine, où il a établi immédiatement son règne , et que le monde ne comprend point ; et c'est pour cela qu'il l'appelle miraculeux. On ne peut nier cependant que l'illusion ne soit facile en cette matière; et il est probable que, dans le grand nombre des miracles qui nous sont racontés par les écrivains de cette époque, il s'est glissé plus d'une erreur; ce qui était d'autant plus facile alors que les sciences naturelles étaient presque complètement ignorées, et qu'il