LA MIST1QUE PARS LE
était par conséquent très-difficile de discerner le miracle de ce qui n'est qu'extraordinaire. L'illusion d'ailleurs devait être fréquente dans nn temps et parmi des circonstances où l'imagination exaltée était déjà disposée à saisir l'aspect merveilleux des choses et à embellir les récits les plus simples des couleurs de la poésie. C'est ainsi que l'on raconte de deux solitaires , Mutius et Besarion, qu'étant sortis pour aller visiter leurs moines il leur fut révélé qu'un frère qui était encore assez loin d eux allait bientôt mourir, et qu'ils arrêtèrent le soleil qui se couchait jusqu'à ce qu'ils fussent arrivés au lieu où demeurait ce frère. Cependant le pouvoir qu'avaient les solitaires sur les éléments est confirmé par un trop grand nombre de faits pour que nous puissions les révoquer tous en doute. Bien des fois, par exemple, ces saints anachorètes firent jaillir une source dans le désert, afin de soulager un frère qui allait défaillir, arrêtèrent des rochers qui allaient tomber sur la cellule d'un solitaire , portèrent dans leurs vêtements des charbons embrasés sans en être endommagés. Ainsi l'esprit de Dieu fit passer un jour à saint Antoine le Lycus, qui était un canal du Nil, et très-profond, sans que ses pieds fussent mouillés; et ce fait eut pour témoin son compagnon de voyage, nommé Théodore.
Du pouvoir Une forme particulière de ce pouvoir miraculeux, c'était la puissance extraordinaire que beaucoup d'anachorètes exerçaient sur les animaux. Saint Pacôme raconta luimême à Pallade que, pour échapper aux tentations qui l'assiégeaient, il se glissa tout nu dans une grotte où il savait que deux hyènes avaient établi leur tanière. Comme ces bêtes sortaient le soir pour aller au butin , elles se mirent à flairer le corps du saint, et à le lécher de la tête
aux pieds. Il s'attendait à chaque instant à être dévoré; mais elles se retirèrent sans lui avoir fait aucun mal, et il ne fut plus inquiété tout le reste de la nuit. On raconte d'un autre père du désert, nommé Théon, que, lorsqu'il sortait la nuit, il était accompagné par un grand nombre de bêtes fauves, et que, pour les récompenser, il avait coutume de les laisser se désaltérer à la source de sa cellule; et Ton trouvait en effet, chaque matin, autour de celle-ci, sur le sol , des empreintes de pied de buffles , de gazelles ou d'ânes sauvages. (Rufinus, ch. 6.) Sulpice et Cassien trouvèrent, à douze milles du Nil, dans un désert sauvage, près d'une montagne, un solitaire à qui un bœuf tirait • d'un puits avec une machine l'eau qui lui était nécessaire. Le matin, l'anachorète conduisit ses hôtes à un endroit où étaient quelques palmiers. Ayant trouvé un lion, ils furent saisis d'effroi ; mais le père cueillit des fruits d'un arbre , et le lion vint les manger dans sa main, et continua sa route. (Lib. soc, 5, ch. 6.)
Ils trouvèrent un autre solitaire qu'une louve venait visiter toutes les fois qu'il prenait son repas, afin de manger les restes, après quoi elle lui léchait la main. Mais n'ayant point trouvé un jour le père à l'heure accoutumée, elle vola un pain qu'elle emporta; et, comme si elle eût eu honte de cette action , elle fut sept jours sans revenir, jusqu'à ce qu'enfin le solitaire l'appela, et, l'ayant caressée, lui donna une double ration ; et depuis ce temps elle reprît ses visites ordinaires. L'abbé Paul Hellade donna, pendant sept mois, à un lion deux pains chaque jour et des fèves, à la condition qu'il ne pillerait point. Mais ranimai étant venu un jour avec la gueule ensanglantée, il le chassa à coups de corde , ne voulant pas qu'il man-
geât désormais le pain des pères. On raconte d'un autre, nommé Hélénius, qu'il sortit un jour pour aller visiter les frères dans le désert , et qu'il prit avec lui quelques provisions pour la route. Se trouvant fatigué, il aperçut de loin quelques ânes sauvages. Il en appela un, le chargea de ses provisions, monta dessus, et arriva ainsi aux cellules des frères qu'il allait visiter.
Les anachorètes profitaient quelquefois des instincts de leurs féroces voisins pour s'épargner quelques dommages. C'est ainsi qu'un père, près de Syène, qui avait manqué plusieurs fois de s'empoisonner avec des herbes ou des racines d'une apparence trompeuse , en présenta un jour une poignée à une gazelle , qui sut très-bien distinguer* les bonnes des mauvaises. La fureur même de ces animaux n'effrayait point ces habitants du désert. Ainsi , un jour, trente hommes amenèrent, avec de grands cris, lié avec des cordes, devant saint Hilarion, un chameau qui était devenu furieux, et qui avait déjà écrasé plusieurs personnes. Ses yeux étaient enflammés, sa gueule écumait, sa langue était enflée, et il poussait des mugissements épouvantables. Le saint ordonna de le lâcher, sur quoi tous les assistants prirent la fuite. Mais Hilarion, «allant vers lui, lui tendit la main. L'animal se jeta sur lui comme s'il eût voulu le dévorer, puis il tomba tout à coup à ses pieds, au grand étonnement de tous. Saint Didyme marchait sans aucun danger sur les serpents qu'il rencontrait, quoiqu'ils fussent très-venimeux, et saint Pacôme en avait un avec lui qui ne lui fit jamais aucun mal. Rufirt, dans un voyage d'Egypte, venait de quitter, avec ses compagnons, saint Apollonius, près d'Hermopolis ; ils aperçurent dans le désert les traces d'un énorme dragon :
c'était probablement un serpent de la même espèce que celui que Tannée de Régulus trouva en Afrique. Les frères que le saint leur avait donnés pour guides les engagèrent à marcher sans crainte vers lui. Comme ils y montraient quelque répugnance, un de ceux-là, plus hardi que les autres, s'avança jusqu'à l'endroit où était l'animal, et appela ses compagnons qui étaient restés en arrière.
Le don de prophétie était familier aussi aux pères du Du don de désert. Saint Antoine était visité par un grand nombre de proPhétie personnes qui venaient soit pour l'honorer, soit pour lui demander la guérison de leurs maux spirituels ou corporels. Or, bien souvent, plusieurs jours, ou même plusieurs mois à l'avance , il indiquait exactement l'époque de leur arrivée et les motifs de leur voyage. On lui amena un jour une jeune fille qui était paralytique, et dont, par une maladie extraordinaire, toutes les sécrétions, telles que les larmes, se changeaient en vers dès qu'elles étaient tombées par terre. Les moines, ayant laissé cette jeune fille à la porte , vinrent raconter au saint ce dont il s'agissait ; mais il savait tout d'avance en détail, et il guérit la malade sans l'avoir vue. Un jour qu'il enseignait ses frères, il leva tout à coup les yeux vers le ciel, se mit à soupirer; puis, comme oppressé de douleur, tremblant de tous ses membres , il se jeta à terre en versant des torrents de larmes et implorant le secours de Dieu. Les frères l'ayant prié de leur découvrir la cause de ses angoisses, il leur dit en sanglotant : « De grands dangers menacent la foi ; « car j'ai vu l'autel du Seigneur entouré de mulets qui « brisaient tout en frappant du pied ; et j'ai entendu la « voix du Seigneur qui criait : Mon autel sera souillé. » Or, deux ans plus tard, commença l'hérésie arienne.
Du don de Au don de prophétie se rattache celui de voir à dis-
V°tance!^ tance« Un jour, deux frères s'étant mis en route pour aller voir saint Antoine, l'eau vint à leur manquer dans le désert, et ils allaient mourir tous les deux. Le saint fit venir promptement deux moines, et leur commanda de remplir une outre d'eau , et d'aller vite sur la route d'Egypte au secours des deux moribonds. Ils firent ce qu'il leur avait dit , et trouvèrent les deux frères à un jour de marche de la monlagne d'où ils étaient partis. Lorsque saint Ammon mourut à Nitrie, à treize jours de marche du lieu où vivait saint Antoine, celui-ci vit son âme monter au ciel. Les frères, ayant remarqué le jour et l'heure, apprirent, trente jours plus tard, que l'abbé était vraiment mort à l'heure qu'ils avaient marquée.
Dudisceme- Les pères du désert avaient aussi le don de discerner
mont des
esprits. *es esPri*s' Saint Antoine, s'étant embarqué un jour avec plusieurs frères, sentit une odeur insupportable : ils crurent que cela venait de poissons salés qui étaient sur le vaisseau ; mais il leur dit que ce devait être autre chose. Il leur parlait encore lorsqu'ils virent accourir un jeune homme possédé, qui s'était tenu caché dans le navire. Le saint l'ayant guéri, tous purent voir quelle avait été la cause de cette odeur. Saint Macaire d'Alexandrie pénétra un jour l'intérieur d'un prêtre qui, rongé par un cancer, était venu chercher près de lui la guérison, et il connut clairement le malheureux état de son âme. Le don du discernement des esprits s'étend quelquefois jusqu'au monde supérieur ou aux régions inférieures. Saint Antoine paraît surtout s'être distingué en ce genre ; de telle sorte qu'il put se former une doctrine complète sur la nature et les habitudes des démons, comme nous le rapporte
saint Athanase, qui l'avait appris lui-même du saint ou de ses disciples. Le nom d'Antoine est devenu proverbial, comme on le sait, à cause des tentations et des mauvais traitements que ce grand homme eut à souffrir de la part des esprits malins. Les faits qui nous sont racontés en ce genre par ses biographes étaient connus des frères qui vivaient avec lui , et devaient exciter en eux le désir de le faire causer sur ce sujet. Le saint, cédant volontiers à leurs désirs, s'étend très-au long sur cet objet, et il en traite les points essentiels avec une telle connaissance de cause que tous ceux qui sont venus après lui ont été forcés de confirmer son témoignage. 11 s'appliqua surtout à montrer la différence qui existe entre les bons et les mauvais esprits. « L'aspect des premiers, dit-il, est doux et paisible; « car ils ne se querellent point entre eux, et c'est à peine « si l'on entend leur voix. Ils savent inspirer au cœur une « joie sainte et une douce familiarité, car ils ont avec « eux le Seigneur, source de toute liesse. L'àme, loin « d'être troublée parleur présence, est, au contraire, « pénétrée de leur lumière, et ressent un calme profond. « Quelquefois enflammée d'amour pour les biens éter- « nels, elle voudrait briser le corps qui lui sert d'enve- « loppe pour aller trouver Celui vers qui s'élancent ces a esprits célestes. Leur bonté est telle que, lorsque la fai- « blesse humaine se sent défaillir devant leur éclat inerte veilleux , ils savent dissiper toute crainte et rendre la « confiance au cœur.
a L'aspect des esprits mauvais est terrible, au contraire; a leurs voix sont effrayantes ; leurs joies et leurs mouve- « ments ressemblent à ceux des hommes les plus pervers; « les mauvaises pensées naissent à leur approche; l'âme
« est saisie de crainte, et les sens sont plongés dans l'abat- « tement. L'homme éprouve alors la haine du christia- « nisme, la tristesse et l'ennui, la crainte de la mort, de « mauvais désirs. Les souvenirs du monde se présentent « à lui; son cœur est appesanti, et la vertu semble som- « meiller en son âme. Si, après ce premier moment d'ef- « froi, il sent renaître en lui la joie, la confiance en Dieu « et un amour ineffable, c'est un signe qu'il a reçu le « secours d'en haut; car l'assurance de l'esprit est un « signe de la présence de Dieu. Mais si la crainte persiste, « le démon est là; car il ne peut ni calmer ni redresser « le cœur; mais il augmente, au contraire, la terreur « dont il est rempli déjà, et ne cesse de pousser l'homme « dans l'abîme. » Il s'étend ensuite sur la nature et la conduite des démons, montrant comment ils haïssent tous les chrétiens, mais surtout les moines ; comment ils leur tendent toutes sortes de pièges, revenant toujours plus acharnés après chaque défaite , employant tantôt les menaces, tantôt les promesses; se transformant quelquefois en anges de lumière, faisant entendre à l'homme qu'ils veulent tromper les chants les plus suaves , lui inspirant des actes de vertu extraordinaires et excessifs, puis le troublant par des insinuations de toutes sortes ; prédisant quelquefois l'avenir, mais ne disant jamais la vérité. Puis il expose à ses disciples sous combien de formes les démons cherchaient à le tromper, ayant recours tantôt à la louange, tantôt aux menaces , l'entourant d'escadrons de fantômes armés ou de scorpions, de dragons et d'autres monstres ; tantôt lui apparaissant éclatants de lumière, psalmodiant devant lui et expliquant la sainte Écriture, lui présentant du pain quand il avait faim, lui apportant des métaux pré-
deux; tantôt le maltraitant et l'accablant de coups, ou se jetant sur lui sous des formes gigantesques : mais toujours le saint parvenait à les chasser au nom du Seigneur.
Les pères du désert avaient souvent aussi le don de gué- Du pouvoi rir les malades, et surtout les possédés. Nous trouvons ^^J^ déjà dans l'Évangile le principe et la racine de ce don surnaturel; et il est confirmé par une telle masse de témoignages qu'aucun doute n'est possible sur ce point. Saint Pithyrion , dans la Thébaïde , enseignait que certains démons ont des rapports particuliers avec certains vices. Lorsqu'ils voient de quel côté penche le cœur de l'homme, ils cherchent à fortifier encore ses mauvaises inclinations. Mais lorsqu'un homme est parvenu à se corriger entièrement d'un vice, il peut alors chasser des possédés le démon qui a un rapport particulier avec celui-ci. Les démons d'un ordre inférieur sont chassés par ceux qui sont fermes dans la foi, et les démons supérieurs par les hommes humbles. On amena un jour à saint Antoine un jeune honime possédé par un esprit des plus terribles, qui blasphémait et maudissait Dieu. Dès que le saint l'aperçut, il dit à ceux qui l'amenaient : « Ce n'est pas là mon affaire; « je n'ai aucun pouvoir contre ce genre de démons : cette « grâce est réservée à Paul le Simple. » 11 les conduisit à celui-ci. Paul, ayant prié, ordonna à l'esprit impur, au nom de saint Antoine, de se retirer; mais il répondit qu'il n'en ferait rien. Paul répéta son premier commandement ; et le démon lui répondit par des injures contre lui et saint Antoine. Le saint vieillard lui dit alors : « Ou tu sortiras , ou je vais le dire à Notre-Seigneur qui te fera bien partir. » Le démon s'opiniâtrant à rester, Paul sortit
de sa cellule, en plein midi, sous un ciel brûlant; et, se tenant debout comme une colonne, il dit à Dieu qu'il ne bougerait pas et qu'il ne prendrait aucune nourriture ni aucun breuvage jusqu'à ce qu'il eût chassé ce démon. A peine avait-il fini que celui-ci s'écria : « Je pars, je pars, « car je soutire violence ; je pars pour ne plus revenir. » (Vie de saint Paul le Simple, 7 mars.)
On amena un jour à saint Macaire d'Egypte un jeune homme possédé, qui, après avoir mangé et bu considérablement, rejetait aussitôt en fumée tout ce qu'il avait pris : car son démon consumait son intérieur de telles ardeurs que tout ce qu'il prenait semblait se dissiper en flammes. Le saint pria sur lui , et demanda à la mère combien elle voulait que son fils mangeât à l'avenir. La mère répondit dans son trouble : Dix livres de pain. Macaire lui en fit un reproche, réduisit la mesure à trois livres, et pria pendant sept jours, après lesquels le malade fut guéri. On amena à l'autre Macaire, celui d'Alexandrie, en présence de Pallade, un autre jeune homme possédé du démon. Le saint lui posa une main sur la tête et l'autre sur le cœur, et se mit à prier jusqu'à ce qu'il le vît s'élever en l'air. L'enfant enfla comme une outre, et il sortit aussitôt une grande quantité d'eau de toutes les parties de son corps, qui reprit ensuite son ancienne dimension. Le saint l'oignit avec de l'huile bénite, et le rendit guéri à son père, avec défense cependant de prendre ni viande ni vin pendant quarante jours (Vie de saint Macaire d'Alexandrie, 1 1 janvier).
Saint Jérôme raconte, dans la Vie de sainte Paule, que, visitant les lieux saints, elle vint à Sébaste, l'ancienne Samarie, où étaient les tombeaux des prophètes Abdias et
Elisée et celui de Jean-Baptiste. Là elle fut témoin (Tune multitude innombrable de miracles. Elle vit des possédés tourmentés outre mesure par les démons, aboyant comme des chiens, sifflant comme des serpents, hurlant comme des loups ou des lions, tournant la tête sens devant derrière, ou la courbant jusqu'à terre. Le même Père raconte, dans la vie de saint Hilarion, qu'un homme riche d'Haela, sur la mer Rouge, était possédé d'une légion de diables, dont la présence s'annonçait par des voix différentes et tumultueuses que l'on entendait sortir de sa bouche. Il fut guéri parle saint. Les solitaires eux-mêmes n'étaient point exempts de ce mal. L'histoire raconte que l'abbé Moïse fut possédé par le démon, à cause d'une seule parole inconvenante , et qu'il mangeait ses ordures. Et l'abbé Sérapion s'étant déchargé d'un péché qu'il avait commis, le diable sortit de lui sous la forme d'une flamme qui remplit sa cellule d'une odeur de soufre.
Nous ne devons donc pas être étonnés de voir se pro- De l'extase, duire en partie dans le désert les phénomènes merveilleux que la mystique a constatés dans les siècles suivants. Ainsi, les ravissements étaient très -fréquents chez les solitaires. On raconte de l'abbé Sisoïs qu'il était ravi en extase dès qu'il levait les mains dans la prière. Aussi, lorsqu'il priait avec quelques frères, il laissait tomber ses mains pour éviter l'extase. On raconte de saint Macaire d'Egypte qu'il était presque toujours en extase, et qu'il conversait ainsi avec Dieu pendant la plus grande partie de la journée. Un disciple de Sylvain anachorète, étant venu un jour le voir, le trouva dans un ravissement. Il revint six heures, neuf heures et dix heures après, et le trouva toujours dans le même état. Enfin, revenu à lui, le saint lui dit qu'il avait
vu la gloire de Dieu. On raconte de saint Arsène que tous les samedis le soleil , en se couchant , le laissait en prière, et qu'il tenait ses mains élevées vers le ciel, en continuant de prier, jusqu'à ce que le soleil, en se levant, lui donnât sur le visage ; et il avait coutume alors de s'asseoir pour se reposer un peu. Sa prière était si efficace qu'un frère le vit un jour parla fenêtre de sa cellule, debout, entouré de flammes. L'abbé Lot demandait un jour à l'abbé Joseph comment il devait régler sa vie. Celui-ci se leva, étendit ses mains vers le ciel, et ses doigts parurent aussitôt enflammés, comme dix lampes qui brûlent. Il dit ensuite à Lot : « Vous pouvez par la prière, si vous le voulez, dévête nir tout embrasé. » Souvent il sortait aussi de la bouche de ceux qui priaient des flammes qui montaient vers le ciel.
L' extase des pères du désert était unie bien souvent aux visions. Saint Antoine, par exemple, lorsqu'il voulait savoir quelque chose qu'il ignorait, n'avait qu'à prier Dieu : elle lui était aussitôt révélée. Un jour donc, les frères l'ayant interrogé sur l'étal de l'àme après la mort, il entendit pendant la nuit une voix qui lui cria : « Antoine, lève-toi, sors et regarde. » Il sortit dehors ; et comme il regardait le ciel , il vit une forme gigantesque qui s'élevait jusqu'aux nues, puis des âmes ailées qui voulaient monter vers le ciel ; mais le fantôme , étendant le bras, cherchait à les en empêcher. Celle qu'il prenait, il les rejetait vers la terre; les autres, lui échappant, volaient vers le ciel. Il comprit qu'il s'agissait de l'ascension et de l'abaissement des âmes.