‹ La Mystique divine naturelle et diabolique;Chapitre 48 sur 64 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

Des dons gratuits. Du don de discernement des esprits. Du don des langues. Saint Pacôme. Saint Dominique. Saint Vincent Ferrier. Saint Antoine de Padoue. Saint François -Xavier. Sainte Colette. Sainte Claire de Monte-Falcone. Jeanne de la Croix.

L'apôtre saint Paul, dans sa première Épitre aux Corinthiens , chapitre xn, énumère tous les dons de cette sorte, et nomme la sagesse, la connaissance, la foi, le pouvoir de guérir les malades, de faire des miracles, de prédire l'avenir, de discerner les esprits, le don des langues et celui de les interpréter. Tous ces dons, ayant pour but de donner à celui qui les reçoit le pouvoir de convertir à Dieu les autres, on peut les classer, d'après saint Thomas, en trois catégories. L'homme, en effet, ne peut remuer intérieurement à son gré les autres hommes; il ne peut agir sur eux que d'une manière extérieure, en les enseignant. Or il a besoin pour cela de trois choses. Il faut d'abord qu'il connaisse bien les choses divines, pour les communiquer aux autres ; ensuite qu'il possède les moyens nécessaires pour opérer cette communication, et enfin qu'il

puisse garantir la vérité des enseignements qu'il donne et porter ainsi la conviction dans les esprits. De plus, pour bien connaître les choses divines, il a besoin de trois dons distincts. 11 faut d'abord qu'il possède bien les principes des vérités surnaturelles, et c'est là le but du don de la foi; puis la sagesse lui fait saisir l'ensemble et l'enchaînement des vérités déduites de ces principes, et la science lui donne les connaissances naturelles nécessaires pour appuyer ses enseignements par des comparaisons ou des preuves tirées de l'ordre delà nature.

Pour ce qui concerne les moyens de communiquer aux autres la lumière qu'on a reçue de Dieu, trois dons sont encore ici nécessaires. Le discernement des esprits donne à l'homme la faculté de connaître le sol auquel il doit confier la semence divine. Et comme l'esprit de l'homme ne peut entrer en rapport avec l'esprit des autres hommes que par le langage, le don des langues lui rend ce rapport plus facile en lui donnant le pouvoir de se faire comprendre de tous dans sa propre langue, ou d'entendre celle de chacun , ou bien encore d'interpréter les langues. Pour ce qui regarde enfin les garanties dont les mandataires de Dieu ont besoin pour accréditer leur mission aux yeux des peuples, trois autres dons produisent cet effet: à savoir, le don de prophétie, celui de guérir les malades et celui de faire des miracles. Il est juste, en effet, de croire que celui qui fait des choses que Dieu seul peut faire et qui commande à la nature a reçu le pouvoir de celui qui en a établi les lois.

Nous avons déjà rapporté plus haut un grand nombre de faits qui se rapportent au don de discerner les esprits ; nous n'avons donc point à nous en occuper ici, et nous

renvoyons le lecteur à ce que nous en avons dit déjà. Quant au double don du langage, à savoir celui de parler et d'interpréter les langues étrangères, on peut le considérer sous deux rapports. Quelquefois, en eflet, l'homme est entendu par les autres en parlant dans sa propre langue ; et dans ce cas ce n'est pas sur lui que repose ce don, mais sur ceux qui l'écoutent. Mais d'autres fois, au contraire, il parle à ses auditeurs dans la langue qui est propre à chacun d'eux, et alors c'est bien lui qui reçoit le don des langues.

Ce don , que reçurent les apôtres au jour de la Pentecôte, nous le retrouvons plus tard parmi les solitaires du désert. Ainsi on raconte de saint Pacôme que , voulant s. Pacôme. parler avec un frère qui ne savait que la langue romaine , qu'il ignorait lui-même, il en reçut le pouvoir après avoir prié pendant trois heures. Ce don s'est reproduit souvent dans les temps modernes, quoique bien des fois on ait confondu avec un don surnaturel ce qui n'était que l'effet d'une aptitude naturelle. Le cardinal Mezzofanti, mort il y a peu de temps, a été un des hommes les plus remarquables en ce genre. On peut citer encore Dominique de Neisse en Silésie, qui mourut en 1650, bibliothécaire de l'Escurial. Outre la plupart des langues de l'Europe, il connaissait encore le tartare, l'indien, le chaldéen, l'hébreu, le syriaque, le japonais, le chinois et le persan. Mais il est impossible d'attribuer à une aptitude naturelle ce que l'on raconte d'Ange Clarénus, qui reçut en 1300, pendant la nuit de Noël, la connaissance de la langue grecque. On raconte au chapitre II du second livre de la Vie de saint Dominique, que ce saint, allant de Toulouse à Paris, et étant S. Domimarrivé à Pierre-d' Amour, passa la nuit en prière dans i'é- que*

glise Notre -Dame de ce lieu avec le frère Bertrand, son compagnon de voyage. Le lendemain matin, comme ils continuaient ensemble leur route, ils rencontrèrent des Allemands qui voyageaient comme eux. Ceux-ci, les voyant réciter des psaumes et prier souvent , se joignirent à eux pour prier avec eux; et pendant quatre jours ils les invitèrent à partager leurs repas, et eurent pour eux toutes sortes d'égards. Le quatrième jour, le saint dit en soupirant à son compagnon : « Frère, je me reproche vraiment de recevoir des biens temporels de ces étrangers, et de ne point nous occuper de leurs intérêts éternels. Si vous le voulez, nous allons nous mettre à genoux, et prier Dieu qu'il nous apprenne leur langue, pour que nous puissions leur annoncer le Seigneur Jésus. » Ils se mirent donc en prières , et commencèrent aussitôt à parler allemand au grand étonnement de ces étrangers; et pendant quatre jours encore ils s'entretinrent avec eux du Sauveur Jésus. Lorsqu'ils furent arrivés à Orléans, les Allemands les quittèrent , se recommandant à leurs prières. Le même fait arriva une autre fois encore au saint dans une circonstance semblable.

Nous avons constaté plus haut ce même don en saint S. Antoine Vincent Ferrier. Saint Antoine de Padoue prêchant à do Padoue. ^ome au peUpie qUj y était accouru de toutes parts pour

gagner les indulgences, tous ses auditeurs l'entendirent dans leur propre langue, comme un grand nombre l'attes- S. François- tèrent plus tard. Saint François-Xavier parlait les langues dos peuples auxquels il annonçait l'Évangile aussi facilement que s'il fût né parmi eux. Souvent, lorsqu'il prêchait en même temps à des hommes de nations différentes, chacun le comprenait dans sa langue, ce qui augmentait la

vénération pour lui , et donnait une autorité singulière à sa parole. On raconte la même chose de saint Louis-Bertrand et de Martin Valentin. Jean de Saint-François obtint aussi de Dieu dans la prière la connaissance de la langue mexicaine, et se mit aussitôt à prêcher en cette langue au grand étonnement de tous les assistants. Ce don fut aussi accordé à saint Étienno dans ses missions en Géorgie ; de sorte qu'il parlait si couramment le grec, le turc et l'arménien que les indigènes en étaient dans l'admiration. On raconte aussi de sainte Colette qu'elle eut le don des langues; et parmi celles qu'elle apprit de cette manière on cite le latin et l'allemand. L'abbé Trithème rapporte la même chose de l'abbesse Elisabeth. Une Française nommée Marguerite étant venue voir un jour sainte Claire de claire de

Monte-Falcone, celle-ci parla français longtemps avec elle, Monte-Fal-

' * cone.

quoiqu'elle n'eût jamais appris cette langue. La bienheureuse Jeanne de la Croix avait ce don lorsqu'elle était en jeannedela extase; et elle pouvait alors communiquer en diverses Croixlangues , selon les besoins de ses auditeurs , les lumières qu'elle recevait d'en haut. On lui amena un jour deux niahométanes que l'on ne pouvait décider à embrasser le christianisme. Elle eut une extase, et parla arabe avec elles; de sorte qu'elles finirent par demander le baptême. Jeanne les instruisit plus tard dans ses extases des vérités de la foi .

454 DU DON DE rOI, DE SAGESSE ET DE SCIENCE.

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