‹ La Mystique divine naturelle et diabolique;Chapitre 6 sur 64 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

La mystique considérée dans les martyrs. De leur impassibilité. Du don de prophétie. Des visions. Sainte Perpétue.

Pendant que les anachorètes du désert, environnés de toutes les horreurs de la nature, s'exerçaient à lutter contré elle, selon l'esprit du christianisme, les chrétiens qui étaient restés dans le monde n'avaient pas des combats moins rudes à soutenir; car l'Église, fondée dans la pau-

vreté, la persécution, la lutte et la mort, devait se propager et s'affermir de la même manière. Le paganisme, partagé en deux sectes principales: les épicuriens, esclaves des sens, et les stoïciens, enflés d'un faux orgueil ; afin d'étouffer dans son germe la nouvelle doctrine, avait fait alliance avec la politique des empereurs romains. Rome, après s'être enivrée d'abord du sang des peuples qu'elle avait conquis, puis du sang de ses enfants dans les guerres civiles qui l'avaient divisée, et enfin de celui des gladiateurs et des animaux dans les amphithéâtres, n'était pas encore rassasiée : il lui fallait un sang plus précieux , celui des chrétiens. Il fut donc convenu que l'on exigerait de • ceux-ci qu'ils sacrifiassent aux dieux, et qu'ils jurassent par le génie de l'empereur. S'ils refusaient ce qu'on leur demandait, le tigre se jetait sur sa victime ; et les malheureux étaient livrés à tous les supplices que pouvaient inventer la fureur et la cruauté d'un peuple qui avait pris le goût du sang et qu'excitaient encore les calomnies répandues contre les chrétiens. Ni la considération, ni l'âge, ni le sexe ne pouvaient protéger les disciples du Christ; et leurs bourreaux ne savaient qu'inventer afin d'assouvir leur

LA MYSTIQUE DAISS LES MAKTYhS.

haine et leur mépris pour eux. On les étendait sur des roues; on brisait leurs membres; on leur brûlait les flancs avec des flambeaux allumés, ou on leur enfonçait dans la chair des ongles de fer; on leur pressait le corps avec des chaînes qui leur brisaient les os; on leur perçait les yeux avec des roseaux pointus; on leur enfonçait des 'clousdans les pieds etdes pinces brûlantes dans les mollets; de sorte que leur corps , après avoir été soumis pendant tout le jour aux tortures les plus atroces, n'était plus qu'une plaie. C'est à peine s'ils gardaient la forme humaine : et les bourreaux ne pouvaient comprendre qu'ils eussent encore un souffle de vie. C'est après tous ces préparatifs qu'on les conduisait à la mort, qu'on les livrait aux bêles, qu'on les écorchait vifs, qu'on les faisait brûler à petit feu sur des chaises de fer embrasées ; qu'on les mettait dans le feu , enveloppés d'une toile enduite d'huile; qu'on les jetait dans des fours allumés, ou qu'on les noyait dans l'eau liés deux à deux, comme on a fait de nos jours dans les noyades. La mort la plus douce était celle du glaive.

Neuf persécutions s'étaient ainsi élevées coup sur coup • contre l'Église, toujours plus terribles et plus violentes. Enfin, vers le déclin du m* siècle, l'enfer sembla vouloir tenter un dernier effort; et pendant dix ans une horrible boucherie ensanglanta sans interruption le monde romain. En Phrygie, une ville tout entière, composée de chrétiens, fut détruite par les flammes avec tous ses habitants. Mais les persécuteurs furent enfin obligés de s'avouer vaincus par l'héroïsme de leurs victimes. Ce terrorisme avait excité l'horreur des païens eux-mêmes; et lorsque après un carnage affreux à Césarée , par un temps clair et serein

et sans qu'il fût tombé ni pluie ni rosée, les colonnes qui soutenaient le portique de la ville devinrenthumides, et que les rues et les places parurent comme trempées parla pluie, on disait que la terre avait versé des larmes, parce qu'elle ne pouvait supporter plus longtemps de telles horreurs, et qu'elle avait voulu par là amollir le cœur des hommes. Enfin le christianisme vainquit, et un empereur chrétien monta sur le trône des Césars. Le temps de la terreur était passé ; et ces monstres de perversité, que la nature humaine renferme dans ses profondeurs, furent replongés dans l'abîme.

Il était impossible que les martyrs ne participassent pas De l'impasaux grâces et aux privilèges dont Dieu favorisait les soli- ^artynu* taires du désert; car Celui pour qui ils combattaient et mouraient ne pouvait manquer de les assister de son secours. Si les anachorètes, disputant pas à pas le terrain au paganisme de la chair, obtenaient de Dieu ces faveurs peu à peu et selon la mesure de leurs progrès dans la vie ascétique, les martyrs devaient les recevoir tout à coup et sans y avoir été préparés. Au milieu des tortures et des supplices, la puissance de la chair et du sang était brisée subitement chez eux. L'âme, ou la psuchè, dégagée de son enveloppe, se trouvait élevée subitement jusqu'au faîte de la vie ascétique ; et l'éclat dont elle était illuminée rejaillissait sur le corps, et finissait souvent par le rendre insensible à la douleur. Lorsque les premières souffrances étaient { passées , il survenait bien souvent dans ces héros chrétiens des états extatiques, où l'aiguillon de la douleur était émoussé et où d'ineffables consolations inondaient leur âme. : Il n'était pas rare de les voir calmes et paisibles au milieu ; des tourments les plus atroces sans qu'une seule plainte

s'échappât de leurs lèvres, ou de les entendre parler des choses divines d'une manière merveilleuse. Ce que dit sainte Félicité dans sa prison exprime très-bien la cause de cette patience héroïque. Surprise par les douleurs de l'enfantement, elle se mit à crier. « Comment, lui dit le geôlier, « supporteras -tu des douleurs bien plus grandes si tu as « tant de peine à endurer celles-ci? — Cette douleur, ré- « pondit- elle, est à moi; l'autre sera celle du Seigneur, « et il m'aidera à la porter. » Sa confiance ne fut pas trompée.

Lorsqu'on appliqua une seconde fois la torture , après deux jours de répit, au martyr Sanctius, dont le corps avait été tout défiguré par la première, on ne croyait pas qu'il pût supporter cette seconde épreuve. Mais il se sentit tout à coup rempli d'une force supérieure, et reprit sa première forme et l'usage de ses membres, comme si cette seconde torture l'eût guéri de la première. Nous lisons dans la lettre de l'Église de Smyrne sur le martyre de saint Polycarpe ces paroles : « Pour un grand nombre de mar- « tyrs, les fouets, la torture, les flammes semblaient douces « et agréables. Ils ne laissaient pas échapper un seul sou- « pir pendant que le sang ruisselait de tous leurs mem- « bres, que leur corps déchiré et ouvert laissait aperce- « voir leurs entrailles, et que le peuple lui-même ne « pouvait retenir ses larmes à un tel spectacle. C'est que « le Seigneur, qui veille sur les âmes et les protège, parci lait avec eux, adoucissait leurs maux, et leur mettait « devant les yeux la couronne céleste qui devait récom- « penser leur patience. » C'est pour cela que le martyr saint Victor encourageait ses compagnons en leur rappelant ce qu'il avait éprouvé lui-même. « Au milieu des

« tourments les plus cruels, leur disait -il, j'ai invoque, « par mes prières et mes larmes, le Seigneur miséricor- « dieux ; et voilà que tout à coup je l'ai vu portant dans « sa main le signe céleste de notre rédemption ; et il m'a « dit : Que la paix soit avec toi, Victor. Ne crains rien, je « suis Jésus , et c'est moi qui envoie la confusion et les « supplices à mes saints. Cette voix a versé dans mon âme « une telle force que tous les tourments ne me paraissaient « plus rien. » C'est pour cela que le martyr Flavien demandant à saint Cyprien si le coup de la mort était trèsdouloureux, celui-ci lui répondit : « Le corps ne sent rien, quand l'âme s'est donnée toute à Dieu. » Nous ne devrons donc pas nous étonner de trouver dans les actes de la persécution de Dioclétien que, bien souvent, les martyrs, les femmes elles-mêmes, inondés d'une joie ineffable et divine, se précipitaient dans les bûchers enflammés. Bien souvent aussi, les éléments et les animaux sauvages, reconnaissant dans les martyrs leurs maîtres, n'osaient les attaquer. Lorsqu'on alluma sous le corps de saint Polycarpe le feu du bûcher, les flammes se recourbant formèrent un arc au-dessus de lui; de sorte qu'aucun de ses membres ne fut endommagé. Son corps apparut à tous avec un éclat merveilleux; il avait la couleur d'un pain rôti ou celle de l'or, et répandait une odeur délicieuse. Il fallut enfin le percer d'une lance, et son sang, en coulant, éteignit les flammes.

Le saint martyr Pion parut, après sa mort , comme s'il eût reçu de nouveaux membres. Ses cheveux étaient plus beaux, sa barbe était florissante; et il avait l'apparence d'un jeune homme, car le feu avait rajeuni son corps. Une grâce merveilleuse respirait sur tous ses traits ; de sorte

qu'il était un sujet de confiance et d'admiration pour les chrétiens et d'effroi pour les païens. L'eau, de même que le feu, se montrait rebelle quelquefois à la cruauté des persécuteurs, et l'on vit, par exemple, la mer rejeter, près de Césarée, au milieu d'agitations violentes, le corps de saint Appien. Les bêtes les plus féroces, saisies de respect devant les martyrs, n'osaient toucher leur corps, et se retournaient quelquefois contre les bourreaux. D'autres fois elles se précipitaient sur ces généreux confesseurs; mais, arrêtées tout à coup comme par une force divine, elles reculaient; de sorte qu'il fallait les lâcher deux ou trois fois de suite, et les exciter à mordre, avec le fer et le feu. Encore ne pouvait -on pas toujours y réussir, et il fallait trancher par le glaive une vie que les animaux les plus cruels s'obstinaient à ménager. C'est ce qui arriva, d'après l'épitre de l'Église devienne, aux martyrs de Lyon. Blandine resta tout le jour attachée à un poteau, au milieu des bêtes, sans qu'aucune osât toucher son corps. Des chaises embrasées sur lesquelles on faisait rôtir à petit feu les martyrs s'échappaient une odeur insupportable pour les païens et délicieuse pour les chrétiens. Du don de Souvent aussi les martyrs étaient favorisés du don de

prophétie : prophétie ou de visions merveilleuses. Pendant que saint des visions.

Laurent était étendu sur un gril, son visage parut aux frères environné de lumière, et il prédit l'avenir du christianisme à Rome et la venue d'un empereur chrétien qui fermerait les temples des dieux. Nous lisons dans la vie de sainl Cyprien , écrite par Ponce, son diacre, que quelque temps avant sa mort il eut une vision où Dieu lui révéla son martyre et les circonstances principales de sa condamnation. Saint Pion, étant en prière dans sa prison, vit qu'il serai

pris le lendemain avec les siens ; et lorsque le moment fut arrivé il se mit une corde au cou , afin que les bourreaux le trouvassent déjà lié quand ils viendraient le chercher. Saint Malien , qui souffrit le martyre en Numidie avec saint Jacques, vers le milieu du 111e siècle, vit un trône éclatant de blancheur, sur lequel était assis un juge. Vis-à-vis était un théâtre pour les confesseurs qui devaient être jugés. Une voix forte crie : Amenez Marien. Il monte sur la tribune. Cyprien, assis à la droite du juge, lui dit en souriant: Viens t' asseoir près de moi. Il s'assied; les autres confesseurs sont interrogés. Le juge se lève, et on l'amène à son tribunal. Le chemin qui y mène traverse des prairies délicieuses plantées de cyprès et de pins ; au milieu est une source dont l'eau se partage en plusieurs ruisseaux. Cyprien prend une coupe, la remplit de l'eau de la source, et, après avoir bu, la remplit une seconde fois et la présente à son compagnon. Celui-ci boit avec plaisir, rend grâces à Dieu et se réveille. Jacques, son compagnon, a une vision semblable le même jour. Il voit un jeune homme d'une taille et d'une force extraordinaire, dont le manteau brille d'une telle lumière que les yeux n'en peuvent supporter l'éclat; sa tête est au-dessus des nuages, et ses pieds ne touchent pas la terre. Ce géant lui jette deux ceintures de pourpre , une pour lui et l'autre pour son compagnon , en leur disant .-Suivez -moi promptement.

D'autres voient les martyrs déjà glorifiés célébrer dans le ciel l'éternel festin. Un enfant, portant à la main une branche de palmier et sur la tête une couronne de roses , salue les confesseurs qui vont bientôt être couronnés à leur tour, et leur dit : Demain, vous célébrerez avec nous le fes-

tin céleste. D'autres fois, un jeune homme vient visiter les prisonniers épuisés par la faim. Il porte en chaque main une coupe de lait, et la leur présente à boire sans que la liqueur qu'elle contient diminue. Montan et Julien ont une dispute dans leur prison. La nuit suivante, Montan, dans une vision , arrive avec ses compagnons en un lieu trèsclair. Ses habits deviennent blancs; sa chair reçoit un éclat merveilleux, et devient tellement diaphane que l'on peut apercevoir à travers les mouvements les plus intimes du cœur. Il aperçoit sur sa poitrine quelques taches, et comprend qu'elles viennent de la dispute qu'il a eue avec Julien.

Sainte Pcr- Une des histoires les plus remarquables en ce genre est pétue' celle de sainte Perpétue; car c'est elle-même qui l'a écrite dans sa prison , et ses actes, confirmés par le témoignage des contemporains, ont été autorisés solennellement par l'Église, qui les faisait lire dans les assemblées des fidèles. Enfin, pour que rien ne manquât à leur authenticité, Dieu a permis que saint Augustin les confirmât encore par les sermons qu'il a prêchés plusieurs fois pour la fête de cette sainte. Née vers la fin du 11e siècle, dans un des faubourgs de Carthage, d'une famille noble, elle fut mariée en 202 , à l'âge de vingt-deux ans; et elle nourrissait un enfant lorsque la persécution éclata sous Géta. Elle avait encore ses parents et un frère ; un autre était mort. Son père fit tout ce qu'il put pour la détourner de recevoir le baptême , mais rien ne put l'arrêter. A peine devenue chrétienne, elle est prise et jetée en prison. Là elle souffre d'une manière affreuse de la chaleur; son enfant va mourir sur son sein , lorsque enfin son frère obtient pour elle, à prix d'argent, une plus grande liberté. Il lui dit ensuite : « Tu es

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« déjà assez avancée dans la grâce pour demander à Dieu « qu'il te révèle si nous souffrirons le martyre ou si nous « serons délivrés. » Elle se met en prière, et voit une échelle d'or qui allait jusqu'au ciel, mais si étroite qu'une seule personne pouvait monter à la fois. Il y avait à côté de cette échelle des épées, des lances, des crochets et des pioches ; de sorte que, si l'on tardait à monter et si l'on ne regardait toujours en haut, on était blessé et déchiré par ces instruments de supplice. Au bas de l'échelle était un énorme dragon qui tendait des pièges à ceux qui montaient, et cherchait à les enrayer. Satur; qui n'était pas encore prisonnier, mais qui plus tard se livra aux persécuteurs, monte le premier. Arrivé en haut, il se tourne vers ceux qui le regardaient en disant : « Perpétue, je t'attends; mais prends garde que le dragon ne te dévore.» « Il ne me fera pas de mal , au nom du Seigneur, » répond-elle. Le monstre se lève lentement, comme s'il craignait la sainte. Mais elle, montant le premier degré de l'échelle, lui met le pied sur la tête, et monte courageusement les autres degrés. Arrivée en haut, elle aperçoit un jardin immense, et au milieu un vieillard vêtu comme un berger. Il était grand; il était occupé à traire ses brebis, et autour de lui étaient debout plusieurs milliers de personnes vêtues de blanc . Il lève la tète, et, la regardant, il lui dit : Salut, ma fille. Puis il l'appelle à lui, et lui donne un petit morceau du fromage qu'il venait de faire. Elle le prend,, le mange, et tous s'écrient : Amen. Elle s'éveille, en entendant cette parole, avec le goût d'un mets délicieux. Elle raconte à son frère sa vision, et tous les deux reconnaissent que leur mort approche. Ils ne s'étaient pas trompés ; car quelques jours après

ils sont interrogés, et condamnés à être livrés aux bêtes. Mais bientôt elle a une seconde vision. Pendant qu'elle prie, elle se rappelle tout à coup son frère défunt, Dinocrate, et elle implore pour lui le Seigneur. La nuit suivante, elle le voit venir d'un lieu obscur où beaucoup d'autres étaient avec lui. 11 paraissait dévoré de soif; son visage était défiguré par un cancer dont il était mort à l'âge de sept ans. Entre elle et lui était un grand espace qui les empêchait de se réunir. Dans le lieu où était Dinocrate il y avait un étang plein d'eau, mais dont les bords étaient plus hauts que lui. Il s'étendait comme pour boire. A ce moment Perpétue se réveille : elle comprend que son frère souffre, mais elle espère le secourir par ses prières, et elle prie jour et nuit pour lui avec une grande abondance de larmes. Elle a une nouvelle vision : le lieu qui lui avait paru d'abord obscur est clair maintenant ; le corps de son frère est pur, propre et bien vêtu ; il n'y a plus qu'une légère cicatrice au visage. Le bord de l'étang est plus bas et ne va plus qu'au milieu du corps de Dinocrate. Celui-ci prend une coupe qui était sur le rivage, la remplit d'eau, et se met à boire sans que la coupe diminue. Puis il sort de l'eau pour aller jouer à la manière des enfants. Perpétue se réveille, et reconnaît que son frère ne souffre plus.

La veille du combat, elle a une troisième vision. Elle voit le diacre Pomponius sous un manteau blanc auquel pendaient des sonnettes. Il frappe à la porte de la prison, et il dit à Perpétue : Viens, nous t'attendons. Il la conduit par la main à travers des sentiers pénibles et raboteux. Arrivée à l'amphithéâtre, elle se sent tout épuisée. Le diacre la conduit au milieu de l'arène, et lui dit : Ne crains

rien, je suis avec toi et je t'aiderai. Cela dit, il disparaît. Perpétue aperçoit autour d'elle une foule immense, el s'étonne de ne voir arriver encore aucune bête. Elle voit venir vers elle un Égyptien de sauvage apparence , qui se prépare à lutter contre elle avec ses aides. Elle, de son côté, est secourue par deux jeunes gens. On lui ôle ses vêtements; on oint son corps de l'huile des athlètes; pendant ce temps-là, l'Égyptien se roule dans le sable. Bientôt se présente un homme d'une telle taille qu'il s'élève au-dessus de l'amphithéâtre. Son manteau est magnifique et garni de clochettes d'or et d'argent. Il porte un bâton comme un héraut d'armes et une branche avec des pommes d'or. Après avoir commandé le silence, il dit : Si l'Égyptien est plus fort que cetle femme, il la tuera avec le glaive; mais s'il est vaincu, elle aura ce rameau pour récompense. Il se retire, et la lutte commence. Perpétue remporte la victoire et écrase la tête de son ennemi. Ses patrons célèbrent son triomphe par leurs acclamations. Elle se dirige vers le héraut, et reçoit la branche qu'il tient à la main. Puis il lui donne un baiser en lui disant : Ma fille, que la paix soit avec toi. Elle se réveille, et reconnaît qu'elle aura bientôt à lutter non contre les bêtes, mais contre le diable, et qu elle remportera la victoire.

Telles sont les visions simples et d'une forme tout antique dont cette vierge fut favorisée avant sa mort. Une quatrième vision fit connaître à saint Satur, son compagnon de captivité, quel serait le prix de la victoire. 11 vit son âme et celle des autres confesseurs qui devaient souffrir avec lui sortant de leurs corps. Ils étaient portés vers l'Orient par quatre anges, non couchés, mais debout, comme

s* ils eussent monté une colline peu escarpée. Il vit la lumière infinie, et Satur dit à Perpétue, qui était à côté de lui : C'est là ce que le Seigneur nous a promis. Bientôt s'ouvre devant eux un long espace, semblable à un jardin plein de roses et de toutes sortes de fleurs. Des arbres hauts comme des cyprès ruisselait continuellement sur la terre une pluie de feuilles et de fleurs. Là ils sont reçus par quatre anges plus beaux que les autres , qui se disent : Les voici, et qui leur rendent toutes sortes d'honneurs. Avançant plus loin , ils trouvent les martyrs qui les avaient précédés; et les anges les conduisent vers Dieu, dans un lieu dont les murs étaient éclatants de lumière et à la porte duquel étaient quatre anges vêtus de robes blanches. Entrés dans ce lieu, ils voient une lumière immense, et entendent des voix qui chantent en chœur : Saint, saint, saint. Au milieu est assis un vieillard d'une apparence jeune encore, et dont les cheveux sont blancs comme la neige. Ses pieds sont couverts; vingt-quatre vieillards se tiennent à ses côtés, et beaucoup d'autres derrière lui. Remplis d'admiration, les saints martyrs attendent au pied du trône. Les quatre anges les soulèvent; ils baisent le vieillard, et les autres leur disent : Attendez. Puis ils leur donnent le baiser de paix, et leur disent : Allez jouer maintenant. Satur dit alors à Perpétue : Tu as ce que tu désires. Elle lui répond : Dieu soit béni. Lorsque j'étais enfant, dans la chair, j'étais heureuse; je le suis bien davantage maintenant. L'événement justifia ces visions. Satur fut renversé dans l'arène par un léopard, dès la pemière morsure. Une vache furieuse enleva Perpétue sur ses cornes, et la brisa contre terre. Puis ils furent tous emportés et achevés par l'épée des gladiateurs.

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