‹ La mythologieChapitre 11 sur 138 · XVI PREFACE · texte numérisé non relu

XVI PREFACE

loré que M. Lang a dû faire dans son livre. Il s'agit de l'idée fondamentale du système, de l'influence du langage sur la pensée. Faut-il croire, se demande M. Bréal 1 , que les fables de la mythologie ont été, à leur origine, des croyances véritables? Nous répondrions oui sans hésiter, puisque nous voyons encore actuellement des peuplades barbares dont l'état intellectuel, comme l'état social doit se rapprocher singulièrement de celui des Aryas primitifs, partager ces mêmes croyances, mais l'école philologique, avec son éloquent interprète français, répond : « Assurément, non. Jamais le genre humain dans son enfance, si vifs et si poétiques qu'aient pu être les premiers élans de son imagination, n'a pu prendre la pluie qui arrose la terre pour lé lait des vaches célestes, ni le nuage dont les flancs recèlent la foudre pour un monstre vomissant des flammes , ni le soleil dardant ses rayons, pour un guerrier divin lançant des flèches sur ses ennemis, ni le grondement du tonnerre pour le bruit de l'égide secouée par Jupiter, ni les premières ardeurs du soleil du printemps pour la pluie d'or tombant sur Danaé. D'où viennent donc des images qui se retrouvent dans la poésie primi-

\. Op. ct7., pp. 8-10.

PREFACE XVn

tire de tous les peuples de race aryenne 1 ? Du langage qui les crée spontanément sans que l'homme y prenne garde. L'influence du langage sur la pensée, peu observée en général, inaperçue dans l'antiquité, n'en est pas moins considérable : on peut comparer le langage à un verre que traversent nos conceptions, mais en s'y colorant de ses nuances. Habitués à cet intermédiaire, nous y faisons si peu attention que, même avant d'exprimer une pensée, elle se teint dans notre esprit des couleurs du langage.

« Aujourd'hui même, avec nos idiomes rompus à l'abstraction, nos mots usés et nos verbes auxiliaires vides de sens, nous faisons de continuels sacriflces aux exigences de la parole. Nous n'exprimons pas une idée, quand même elle exprime une simple qualité, sans lui donner un genre, c'est-à-dire un sexe ; nous ne pouvons parler d'un objet, qu'il soit considéré d'une façon générale ou non, sans le déterminer par un article ; tout sujet dans la phrase est présenté comme un être agissant, toute idée comme une action, et

1. On voit ici la confusion qui a été souvent reprochée à cette école; Fauteur a parlé plus haut du genre humain dans son enfance ', il parle ici, comme d'un terme synonyme des Àryas primitifs. Quand nous pouvons les étudier à la lumière Aa lo linguistique, ceux-ci sont loin de l'origine de l'humanité.

de la

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