‹ La mythologieChapitre 12 sur 138 · XVIII PREFACE · texte numérisé non relu

XVIII PREFACE

chaque acte, qu'il soit transitoire ou permanent, est limité, dans sa durée, par le temps où nous mettons le verbe.. Nous sommes habitués à redresser en nous-mêmes les effets de cette sorte de réfraction : mais combien a dû être grand l'empire du langage dans un temps où chaque mot était une image, chaque substantif un être animé, chaque verbe un acte physique ! Il était impossible que les idées les plus simples, exprimées par des mots aussi significatifs, ne prissent pas aussitôt un éclat extraordinaire : les phénomènes de la nature, reflétés par la langue, prenaient l'aspect de scènes dramatiques. Rapportés à des êtres qu'on supposait doués d'une vie analogue à celle de Thomme, traduits dans un idiome où chaque mot parlait aux yeux, ces spectacles de la nature paraissaient être les actes d'un drame immense dont les personnages, divins par l'origine, étaient semblables à nous par le coeur.

« Ceux qui virent les mythes se former de la sorte ne furent pas les dupes de celte illusion du langage : ne soupçonnant pas la force mystérieuse qui changeait toutes leurs pensées en images, ils se complurent à ces enchantements sans y croire. Nous voyons clairement par les Védas que les poètes savaient la signification des

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fables qu'ils répétaient. Mais il n'en fut pas de même pour l'époque suivante. A mesure que certains termes vieillissaient, que le sens étymologique des mots s'oblitérait, la langue perdait de sa transparence; les noms des forces de la nature devenaient des noms propres, et dès lors les personnages mythiques commencèrent à paraître. » Ce langage brillant, cette parole convaincue et entraînante gagnèrent à l'école philologique bien des adeptes. Ce furent entre autres, en France, Baudry qui vulgarisa les travaux de Kuhn, et M. J. Darmesteler qui appliqua la méthode aux origines du zoroastrisme, et qui retrouva, dans les mythes d'Ormuzd et d'Ahriman, comme dans les mythes secondaires de cette religion, les phénomènes de l'orage et de l'aurore. En Italie, M. Kerbaker, dans son essai sur le mythe d'Hercule 1 , et M. A. de Gubernatis* suivirent la même voie. La Mythologie zoologique de M. de Gubernatis n'est qu'une exagération de ce système, M. Cox, en Angleterre, pour ne citer que le principal représentant de l'école philologique dans ce pays, systématisa les résultats acquis, avec un grand talent ;

i. Hermès, Saggio mitologico. Naplcs, 1877.

2. Voir la curieuse brochure du P. de Cara. Etrori mitologici del Prof. A. de Gubernatis. Proto, 1883. . . '

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