Hésiod., Théog
colère de Zeus et de le tromper pour être agréable aux hommes. Un jour, dit la légende, les dieux et les hommes se réunirent à Mécone. L'objet de la réunion était de décider quelle part des victimes reviendrait aux dieux dans les sacrifices. Prométhée divisa en deux parts un grand bœuf égorgé ; Tune se composait des meilleurs morceaux qu'il avait enveloppés de la peau et des entrailles de l'animal ; l'autre ne renfermait que les os très adroitement recouverts de graisse. Zeus fut invité à faire son choix ; il prit la graisse et ne trouva sous elle que des os. — La fable d'un choix primitif où Tune des parties se laisse ainsi duper par l'autre a cours également en Afrique et dans l'Amérique du Nord. Les tribus indigènes s'en servent pour expliquer la différence qui existe entre leur vie et celle des hommes blancs.
Pour se venger de ce trait au dire d'Hésiode, ou bien encore d'après d'autres versions, afin d'exterminer les débris de l'humanité échappés au déluge de Deucalion, Zeus ne donna jamais aux hommes le présent du feu,, ou s'il l'avait déjà donné, il le leur retira. Par amour pour l'humanité, Prométhée déroba le feu en le cachant dans une tige creuse de férule * ; la tige de férule est encore employée dans les îles grecques comme moyen de transporter
1. [Hésiod., Tkéog., 566, xXé^a; àxa|xàxoto rcvpoç ttqXIctxouov cwyyJv èv xoîXfa> vapÔrpa.]
la lumière 1 . Le texte hésiodique ne nous indique pas comment le vol fut exéculé. Une tradition rapportait que le titan avait allumé sa torche à la roue du soleil *. Sans doute la tige creuse de férule qui lui sert à cacher le feu et à le transporter est entrée dans le mythe à cause de l'usage auquel elle servait réellement.
D'après celte légende, Prométhée nous apparaît comme le donateur ou le ravisseur du feu et il se rattache à un cycle de bienfaiteurs mythiques que Ton retrouve dans les pays les plus divers 3 . Ainsi, pour commencer par les races barbares, lesMurris du Gippsland * attribuent le vol du feu à un homme qui devint ensuite un oiseau. Tow-e-ra, ou le feu, était en la possession de deux femmes qui haïssaient les noirs. Un homme qui aimait beaucoup ses semblables fit la cour aux deux femmes et déroba le feu dès qu'elles eurent le dos tourné. Il fut métamorphosé en « un petit oiseau qui porte sur la queue une tache rouge, marque du feu. » Avant
1. Cf. Plin., Hist. NaL, XIII, 22. Th. Bent {The Cyclades, Londres, ^885) l'a constaté encore tout récemment.
2. Serv. ad Virg., Eclog., VI. 42. Dans l'Australie du Sud on trouve un mythe analogue : Un homme dressa une perche jusqu'aux nuages, et, s'aidant d'une corde qu'il avait attachée à l'extrémité, il parvint jusqu'au soleil et lui déroba le feu qu'il apporta à la terre.
3. [Cf. sur les mythes du feu, une série d'articles très intéresrants par M. Goblet d'Alviella, professeur à l'Université de Bruxelles, sur Y Histoire religieuse du feu. — Revue de Belgique, oct. et déc. 1885, février 1886.]