Cf. Kuhn, op. cit., pp
Prométhée. En opposition avec ces étymologies très naturelles, les philologues prétendent que Prométhée dérive d'un mot sanscrit pramantha, qui désigne le bâton dont les Hindous se servent pour produire le feu. Le mouvement imprimé au bâton est désigné en sanscrit par le mot manthana qui vient de la racine math « frotter, agiter ». Pramantha vient de la même racine et de la préposition pra. Mais Mâtariçvan passait en même temps pour avoir apporté Agni, le feu, et l'action d'aller chercher le dieu était désignée par le verbe mathnâmi qui exprimait aussi le frottement terrestre des deux bâtons. Or ce verbe particulièrement en composition avec la préposition pra, acquiert le sens de « arracher, tirer à soi, dérober. » Ainsi l'acte d'amener Agni devint un vol du feu et le pramantha, un voleur. Les dieux, pour Tune ou l'autre raison, veulent priver les hommes du feu; un bienfaiteur de l'humanité le dérobe aux dieux. IlpoiJLYjOéuç, le nom de Fauteur du vol, serait l'équivalent grec d'une forme sanscrite prâmathyus, dérivée du mot pramantha, et signifiant « celui qui se plaît au frottement » ou bien aussi celui qui se plaît au vol, le frotteur, ou le voleur.
Je doute que les philologues nous aient jamais offert rien de plus ingénieux. Remarquez combien « l'oubli de la signification des termes », entre en ligne de compte pour expliquer la croyance des Grecs à l'enlèvement du feu. En résumé, voici
toute la théorie : les hommes ont dit primitivement, soit en sanscrit, soit dans une langue plus ancienne : « le feu est obtenu par le frottement. » On ne peut s'exprimer d'une façon plus scientifique. Ils ont dit aussi : « Le feu est apporté par Mâtariçvan. » Aucune conception ne peut être mieux en harmonie avec la forme de la pensée à l'époque mythopœique. Puis le mot qui signifie « amené » fut confondu avec le mot qui signifie « frotté » et acquit le sens de « dérobé ». A la suite de cette erreur, le feu passa pour avoir été volé et le terme qui désigne l'instrument vulgaire avec lequel les sauvages le produisent, finit de confusion en confusion par signifier non plus un bâton, mais une personne, Prométhée, le voleur du feu. Voilà comment les philologues expliquent le mythe de l'enlèvement du feu , convaincus sans doute qu'il n'aurait pu se répandre d'une autre façon chez les Grecs.
Nous n'avons pas à décider si les Grecs eurent raison de penser que Prométhée signifie simplement « l'homme prévoyant », ou si les Allemands sont mieux instruits et attribuent avec plus de justesse à ce nom le sens de « bâton servant à faire du feu ». Nous pouvons du moins montrer que le mythe du vol du feu et de son ravisseur a cours parmi des races anaryennes et qui n'ont jamais entendu le mot pramantha. Nous avons montré que les Thlinkits, les Ahts, les insulaires andamans,
les Australiens, les Maoris, les habitants du Pacifique, les Cahrocs et autres peuples croient tous au vol primitif du feu. Est-il admissible que dans les langues de toutes ces races le nom du bâton qui produit le feu a donné lieu à la même confusion ? Cette confusion peut-elle avoir eu pour dernier résultat de faire croire que le feu fût acquis primitivement par un vol? Si une telle coïncidence paraît impossible, il est permis de douter qu'une croyance commune aux Grecs, aux Cahrocs et aux Ahts soit née d'une confusion étymologique en Grèce, tandis qu'elle aurait eu une autre cause en Australie, en Amérique et ailleurs.
Quelle est donc l'origine du mythe si universellement répandu de l'enlèvement du feu? Nous offrons une explication, sans lui attribuer nousmêmes d'autre valeur que celle d'une simple conjecture. On ne trouve aucun peuple qui ne possède pas le feu, mais certaines races 1 nous sont décrites comme ne connaissant pas le moyen de reproduire le feu d'une façon artificielle. Que ce fait soit vrai ou non, il est certain, en tout état de cause, que des races, même civilisées, ont considéré comme très pénible la reproduction artificielle du feu. Ainsi nous lisons dans Homère s : « De même qu'un homme enterre un tison dans la cendre
! . Tylor, Early history of man.