‹ La mythologieChapitre 121 sur 138 · Journal of the Anthrop. Institute, X, III · texte numérisé non relu

Journal of the Anthrop. Institute, X, III

2. Erskine, [4 Cruise among the Islands of the Western Pacific, Londres, 1853.]

3. Africana, or the Heart of Heathen Africa, Londres, 1883. 2 vol.

4. Taies and traditions of the Esquimo, Londres, 1875, p. 42.

rée primitivement comme due à la même cause. » Il n'est guère nécessaire de montrer que ces idées ont survécu dans nos civilisations. L'évêque Jewell dénonçant les sorcières à la reine Elisabeth est en cela au niveau mental des Esquimaux et des Australiens. Les actes bien connus des procès de sorcellerie prouvent que toutes les morts ou les maladies anormales étaient expliquées par nos ancêtres comme provenant de maléfices 1 .

Les sauvages donc ne regardent pas la mort comme la loi de Dieu, universelle, inévitable et naturelle. Mais curieux comme ils le sont, ils se sont demandés : Comment ce terrible conquérant est-il entré la première fois dans le monde qu'il visite maintenant si fréquemment? C'est là une question scientifique, le sauvage n'y a répondu qu'en inventant des mythes. Aussi avons-nous un grand nombre d'histoires provenant de l'imagination primitive, et racontant l'origine de la mort. Elles se ressemblent toutes, car elles proviennent de gens dont la condition mentale est presqu'identique : aussi ne devons-nous pas conclure qu'elles dérivent d'une source unique, ou qu'on se les soit transmises par voie d'emprunt. Ces histoires sont

\ . [Voir sur ces procès de sorcellerie. Rhamm, Hexenglaube und Hexenprocesse, Wolfenbuttel, 1882; Lempens, Geschicfite der Hexen und Hexenprocesse , Saint-Gall, 1880 ; Sharpe, A historical account of the Belief of Witchcraft in Scotland, nouvelle édit. Londres, 1884, et en général Graesse, Bibliotheca magica et pneumatka, Leipzig, 1843.]

trop simples pour cela et elles ont pu parfaitement êtres inventées séparément par des hommes ignorants qui cherchaient une réponse au même redoutable problème.

On peut classer en quelques catégories les mythes de l'origine de la mort. D'après un grand nombre de légendes qu'on trouve chez les races inférieures, les hommes auraient été soumis à la mort pour avoir violé quelque prohibition mystique, un tabou, comme on le rencontre à cet étage inférieur de la civilisation ! . Dans d'autres cas, la mort est considérée comme la punition d'une omission. Les peuples primitifs ont en effet souvent des rites extrêmement minutieux, et ils croient que la mort a fait apparition quand on a manqué à quelquesunes de ses* mille prescriptions. Quelquefois, on dit que la mort a réclamé ses premières victimes par suite d'une erreur dans la remise d'un message favorable provenant d'un être surnaturel puissant, ou parce qu'une entreprise qui devait vaincre la mort a échoué, ou encore en vertu d'un pacte intervenu entre la mort et les dieux. Dans certains cas, la mort est le résultat d'un simple accident. Quelqu'un est tué par hasard et la mort a barre ainsi

1. Les sauvages de la Polynésie, de l'Australie ou de l'Afrique qui paraissent absolument libres, sont en réalité les esclaves de traditions sans nombre qui leur défendent de manger de tel objet, de toucher tel autre, de parler à telle ou telle personne, de prononcer tel ou tel mot. C'est là la loi du Tabou. [Cf. A. Réville, Religions des peuples non civilisés, II, pp. 55-67.]

sur l'humanité, à laquelle elle ne pouvait toucher jusque-là. Ici, il faut remarquer que le premier homme qui meurt est alors considéré comme le découvreur d'une contrée inconnue, la terre au delà du tombeau, où tous les hommes doivent le suivre. En Australie, Bin dir Wour est le premier homme qui fut soumis à la mort, et comme Yama, dans le mythe Védique, il est devenu le Christophe Colomb d'un nouveau royaume des morls.

La légende racontée par les Australiens est sujette à caution, elle pourrait bien être une déformation du récit de la Genèse. Elle a été racontée à M. Bulwçr * par « un nègre peu intelligent », mais ce nègre pourrait bien avoir faussé le récit que sa tribu aurait appris d'un missionnaire. Ce serait là un fait assez ordinaire. Quoi qu'il en soit, voici le mythe tel qu'il est. Le premier homme et la première femme reçurent l'ordre (on ne dit pas de qui) de ne pas s'approcher d'un certain arbre où habitait une chauve-souris. Un jour, la femme allant chercher du bois, s'approcha de l'arbre, fit fuir ranimai, et la mort arriva. Dans une autre légende qui paraît plus authentique, les Australiens racontent que l'enfant du premier homme avait été blessé. Si ses parents pouvaient le guérir, la mort n'entrerait pas dans le monde. Ils ne purent y parvenir et la mort arriva. La blessure avait été

i. Brough Smyth, Aborigines of Victoria, I, p. 429.

faite par un dieu. Ici la mort agissait en vertu du principe : // n'y a que le premier pas qui coûte, et le premier pas lui avait été facile.

Les Ningphos du Bengale 1 disent qu'à l'origine ils étaient immortels et qu'il leur était défendu de se baigner dans une certaine mare. Un jour, un homme très audacieux s'y baigna, et depuis ce ce temps les Ningphos ont été soumis à la mort. Un des nombreux mythes mélanésiens de ce genre nous représente la mort comme causée par la violation non d'un tabou, mais d'une coutume. Les hommes et les femmes étaient parvenus à se soustraire à la mort, parce qu'à certains moments ils se dépouillaient de leur ancienne peau. Mais une grand'mère qui n'avait pu se faire reconnaître de son petit-fils qu'elle chérissait, quand elle lui était apparue sous la forme d'une jeune femme, voulut reprendre son ancienne figure. Cette condescendance lui fut fatale : depuis, les hommes perdirent le pouvoir de changer de peau et la mort finit par les saisir *.

Le mythe grec touchant l'origine de la mort est un des plus importants de la catégorie qui nous occupe, mais malheureusement les diverses formes poétiques qui sont parvenues jusqu'à nous, ont altéré sensiblement le thème primitif. Autant qu'on peut l'établir, un ancien mythe grec faisait de la

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