PRÉFACE DE L'AUTEUR
A l'édition française
En lisant la préface de M. Ch. Michel, je me suis pris à souhaiter qu'il eût écrit lui-même le livre au lieu d'ajouter des notes et de corriger les citations. J'ai senti que mes connaissances, surtout pour ce qui concerne les théories mythologiques modernes, sont bien inférieures aux siennes. Mais l'ouvrage est fait maintenant et il faut le livrer au public avec toutes ses imperfections. Peut-être d'ailleurs celles-ci paraîtront- elles plus excusables chez un simple dilettante dont le temps est absorbé par les labeurs fastidieux de la profession de journaliste.
Le système d'interprétation mythologique que je défends dans ce livre s'expliquera mieux, je l'espère, quand j'aurai raconté comment je me suis fait mes opinions actuelles. Né dans un district rural de l'Ecosse, w milieu de ces contrées
XXXVI PRÉFACE DE l'àUTEUR
que tout le monde connaît par les romans de Walter Scott, j'ai entendu, dès mon enfance, un grand nombre de contes populaires. Les soirs d'été, quand la tombée de la nuit venait arrêter nos parties de cricket, nous aimions à nous rassembler près des granges et à nous raconter des histoires. Un de nous en avait une collection extraordinaire, et je suis certain qu'elle provenait toute entière de la tradition orale. Quelques vieilles dames de ma famille nous amusaient par d'anciens récits au nombre desquels se trouvait le conte de Nicht, Noughl, Nothing que j'ai publié depuis, dans Custom and Myth. À cette époque aussi, nous dévorions avec passion de petites brochures à deux sous contenant chacune un conte et une grossière gravure sur bois. Aujourd'hui, je ne revois plus ces livres qui réjouissaient mon enfance.
Familier depuis mes premières années avec les contes pupulaires, je devins tout naturellement curieux plus tard de leur origine et de la manière dont ils s'étaient répandus. Les Contes traduits du Norrois } par M. J. Dasent *, me firent voir que non seulement les peuples de race aryenne, mais les Nègres et les Béchuanas racontaient très souvent
1. Taies from the Norse, translatée! by sir George Dasent (2« édition. Edimbourg, 1859).