Essais y p
[Dans un article intitulé : Mythsand Mythologists, qu'il a publié tout récemment dans la X/X lh Century (janvier, 1886, p.. 50-65), M. Lang énumère quelques-uns des personnages de la mythologie grecque auxquels M. Max Mûller a successivement appliqué son système du soleil et de l'aurore, cesont:Eos, Herse, Endymion,Tithonos, Cephalos, Procris, Héraclès, Déjanire, Daphné, Apollon, Hermès, Athéné, Eurydice (et tous les noms de femme commençant par Eury), le taureau d'Europe, Achille, Méléagre,
Le résultat de cet état particulier du langage est évident ; les arrière-petits-fils des hommes de l'âge védique ne sauront pas toujours distinguer si leurs expressions traditionnelles se rapportent à la terre, à l'aurore, au ciel, à l'air ou à la parole; il devra naître des confusions et de ces confusions des mythes. M. Muller termine par l'analyse et l'explication des fables grecques.
Orphée, Eros, les Charités, Erinys, Aphrodite (dans laquelle M. 1. Taylor voit une divinité lunaire sémôtique), OEdipe, Persée, Bellérophon, Hélène.]
§ 2. — Critique de la théorie de M. Max Mùller.
Nous avons exposé le système de mythologie de M. Mûller avec autant de clarté et de netteté que le permettaient les limites de cet ouvrage. L'interprétation que nous venons de voir appliquée aux peuples parlant des langues indo-européennes se fonde sur l'opinion que leur histoire primitive a été élucidée par la philologie. Au fond, elle se résume simplement en ceci : La mythologie est « une maladie du langage », c'est le résultat de phrases mal comprises et des terminaisons génériques des mots.
Nous abordons maintenant la critique du système de M. Mûller, et cette critique nous conduira à un nouvel examen du problème de la mythologie.
1. L'élément irrationnel des mythes. — M. Millier veut expliquer comment les poètes grecs, avec leur aversion pour tout ce qui est excessif ou monstrueux, en arrivèrent à attribuer les plus abominables méfaits à leurs propres dieux. Les dieux sont incestueux, commettent des crimes sans nom. Ils se déguisent sous des formes d'animaux, ils mangent de la chair humaine, ils s'amusent à des plaisanteries obscènes, ils meurent et sont enterrés, ils sont nés comme les hommes et leurs lieux de naissance sont connus.
La première objection à faire au système de M. Millier est qu'il n'explique pas, mais qu'il laisse d'ordinaire tout à fait de côté les horreurs qui ont véritablement besoin d'explication. Sans doute il montre aisément que le soleil peut être regardé tantôt comme le fils, tantôt comme le mari de l'aurore et qu'ainsi a pu se former une histoire d'inceste. La moisson naissante, pour prendre un autre exemple, familier aux anciens apologistes païens, peut être regardée comme la fille du ciel pluvieux et aussi comme son épouse; de là une histoire indécente comme celle des amours de Zeus et de Perséphone peut très bien s'être accréditée. De même encore, Zeus peut-être considéré comme le père de tous les hommes ; cela servira à expliquer l'origine des mythes divers de ses amours physiques d'où proviennent les familles royales de l'Hellade.
Mais, si même nous acceptons toutes ces explications, nous devons encore poser à M. Millier les questions que les premiers chrétiens adressaient aux historiens et aux apologistes païens des mythes. Comment faut-il expliquer les détails dégoûtants, les détails « sauvages, ridicules et absurdes? » Zeus est le ciel et aime la terre ou l'air inférieur, mais pourquoi prend-il la forme d'un taureau ou d'un coucou? Pourquoi trompe-t-il Héra en célébrant un prétendu mariage avec un morceau de bois ? Pourquoi essaye t-il d'expier son amour avec Dé-
méter par le truc du bélier mutilé? Pourquoi, quand il devient le père de nobles maisons, prend-il la forme d'une fourmi, d'un cygne, d'un aigle, d'un taureau, d'un serpent? Que signifient les amours et les métamorphoses animales des autres dieux?
Accordons que Procris est la rosée, comme le prétend M. Millier ; comment expliquer les services inexprimables qu'elle rend au roi Minos? Accordons que Cronion signifie simplement « l'Ancien des jours » et que son nom. entendu à tort dans le sens de « fils de Cronos, » ait donné naissance au mythe de Cronos ; comment expliquer la mutilation que le dieu fait subir à son père et son habitude d'avaler tout vivant chacun de ses propres enfants, et de les vomir ensuite? Accordons que Dionysos désigne simplement le vin et son influence ; comment expliquer ses actions incroyables telles qu'on les célébrait dans les mystères d'Halimos en Attique? Comment, en un mot, ainsi qu'Arnobe le demandait aux païens, comment, si les mythes représentent des faits et des phénomènes purement naturels, en sont-ils venus à être surchargés de détails obscènes au point de dégoûter les philosophes six cents ans avant le Christ? A quelle époque de la société « cette façon impure d'exposer des faits purs » trouva-t-elle faveur?
M. Mûller doit fixer la période pendant laquelle de tels détails furent inventés quelque temps entre son âge mythopœique et l'âge de Xénophane et de
Théagène. Jusque-là son système n'explique rien et touche à peine aux faits réels qui demandent le plus une explication. Pourquoi les poètes grecs rapportent-ils des mythes divins dont nous trouvons les parallèles « chez les tribus les plus sauvages de l'Afrique et de l'Amérique? »
2. L'analyse philologique. — Le système de M. Mûller est un résultat des découvertes philologiques qui établissent l'unité linguistique des peuples indo-européens et il est fondé sur l'analyse de leur langage. Mais des mythes très semblables à ceux des races aryennes par leur caractère irrationnel et repoussant existent chez les Australiens, les insulaires de la mer du Sud, les Esquimaux, les Boschismans en Afrique, chez les habitants des îles Salomon, les Iroquois, etc. Les faits étant identiques, on doit leur chercher une explication identique, et, comme les langues dans lesquelles les mythes existent sont essentiellement différentes, une explication fondée sur la langue aryenne sera évidemment trop étroite.
M. Mûller cependant s'est aventuré dans la philologie et la mythologie finnoise, mais il est nécessaire de procéder à une enquête plus vaste. D'ailleurs, même si nous découvrons le sens primitif du nom d'un dieu, il n'en résulte pas que nous pouvons expliquer, à l'aide de la signification de ce nom, les mythes relatifs à ce dieu. Rien n'est plus commun que Tinlroduction d'une vieille histoire dans la
légende d'un dieu ou d'un héros récent. Des mythes d'une antiquité inconnue ont été attirés dans la légende de Charlemagne, tout comme des facéties anciennes sont attribuées aux beaux esprits de nos jours. En vain pouvons-nous établir que Zeus signifie ciel et Agni, feu, nous ne pouvons affirmer, avec M. Millier, que tous les mythes concernant Agni et Zeus étaient originairement racontés du ciel et du feu. Quançl ces dieux devinrent populaires, ils durent hériter d'exploits attribués jadis à des héros ou à des dieux plus anciens. Ce serait donner de ces exploits une explication erronée que de les regarder comme des mythes appartenant primitivement au ciel ou au feu. Nous ne pouvons convertir la proposition de M. Mûller : « On ne racontait rien du ciel qui ne pût, dans l'une ou l'autre forme, être attribué à Zeus » en la proposition correspondante : « Il n'y avait rien d'attribué à Zeus qui n'ait été à l'une ou l'autre époque raconté du ciel. »
C'est aussi peut-être le lieu d'observer que les noms désignant les phénomènes naturels — ciel, nuage, aurore et soleil — sont ordinairement donnés chez les Brésiliens, les Ojibways, les Australiens et autres sauvages, à des hommes et à des femmes vivants. Ainsi l'histoire racontée primitivement d'un homme ou d'une femme portant le nom de Soleil, Aurore ou Nuage, peut se mêler par la suite à des mythes relatifs à l'aurore, au nuage
ou au soleil véritables 1 . Pour toules ces raisons, les résultats obtenus par l'analyse philologique des noms doivent être repoussés.
Nous devons aussi faire attention à un point capital : les hommes primitifs, quand ils se représentent le soleil, la lune, le vent, la terre, le ciel, etc., et aujourd'hui encore les sauvages en pareil cas, n'ont pas dans leur esprit les mêmes idées que celles que nous attachons à ces noms. Ils se représentent le soleil, la lune, le vent, la terre et le ciel comme des êtres humains, vivants, ayant des membres et des passions corporelles. Aussi, lors même que nous découvrons une signification d'élément au nom d'un dieu, cette signification peut être toute différente de celle que le mot suggère aux hommes civilisés.
Une dernière objection est que les philologues diffèrent beaucoup quant à la véritable analyse et au sens réel des noms divins. M. Mûller, par exemple, rattache Kpévoç à xpovoç, temps ; Preller à xpa(v<i>, j'accomplis, etc. 2 .
3. Lâge mythopœiqae. — M. Millier prétend que la période rhématique et la période dialecticale du langage portent naturellement à la mythologie. En disant cela, il suppose que l'homme n'avait pas
i . [Cf. A. Lang. art. Names, au tome XVII de VEncyclopaedia Britannica , 9° édit.]
2. [Voir toute une série d'exemples dans l'article : Myths and Mythologists, cité plus haut.J
de mythe dans ces périodes, ou bien il ne tient pas compte de ceux qu'il pouvait avoir. Cependant, il est certain, puisqu'il l'admet lui-même, que nous trouvons des mythes dans les langues de toutes les espèces connues. Si l'homme, quand il était en train de devenir aryen ou sémite, à l'époque Thématique et à l'époque dialecticale, ne possédait pas de mythe, il doit avoir différé de tous les hommes dont nous connaissons quelque chose. S'il possédait des mythes, ceux-ci ne peuvent s'être produits dans les conditions* de l'âge mythopœique de M. Max Muller, puisqbe alors cet âge n'avait pas encore été atteint. Si l'homme, dans la période Thématique et dans la période dialecticale a des mythes, et si ceux-ci survivent dans l'âge mythopœique et dans les âges suivants, ils ne peuvent s'expliquer par la théorie mythopœique de M. Muller.
De plus, ces vieux mythes ont pu se cristalliser autour d'un dieu ou d'un héros de date postérieure ; dans ce cas, les efforts faits pour expliquer ces vieilles histoires par l'analyse de noms plus récents seront absolument sans succès. Quant à la période mythopœique elle-même que nous décrit M. Muller, c'est plutôt un âge où s'accumulent des matériaux pour les mythes qu'un âge où les mythes eux-mêmes acquièrent leur développement.
4. Le langage primitif. — M. Muller essaye de montrer comment la conversation des hommes
dans l'âge mythopœique devint la source de mythes. Ici il s'efforce réellement de rendre raison de cette attribution universelle de vie, de sexe, d'action et de pensée à tous les phénomènes, qui est la condition essentielle de la mythologie. Il explique cet « animisme » comme une erreur de jugement que commettent des hommes essentiellement civilisés à cause de la nature même du langage. Dans le langage, tous les mots marquent le genre; de là, pense M. Mûller, les hommes furent conduits à supposer que le genre et le sexe avec tout ce qui les accompagne étaient les attributs de tous les objets. 11 est à peine nécessaire d'indiquer Terreur de ce raisonnement. L'explication vraie apparaît d'elle-même : les terminaisons génériques des mots nous représentent une période do l'intelligence humaine dans laquelle toutes les choses étaient regardées comme des personnes. C'est même ainsi que l'on doit expliquer l'origine de ces terminaisons. Les hommes civilisés de l'âge mythopœique ne furent pas forcés, comme le pense M. Mûller, de croire que tous les phénomènes étaient des personnes, parce que les mots qui désignaient les phénomènes avaient des terminaisons génériques. Tout au contraire, les terminaisons génériques étaient les restes d'un état primitif de la pensée qui attribuait les caractères des personnes, y compris celui du sexe, à tous les phénomènes.
Cette condition de la pensée existe encore universellement chez les sauvages et on peut facilement l'observer chez les enfants. M. Millier l'explique comme le résultat de l'influence des terminaisons génériques ; mais comment expliquet-il ces terminaisons elles-mêmes? D'après sa théorie, semble-t-il, les terminaisons génériques apparurent un jour, on ne sait comment, dans la langue primitive. Puis, lorsqu'elles furent devenues une tradition du langage, elles « réagirent sur la pensée avec une irrésistible puissance, » et les hommes, qui étaient précédemment aussi raisonnables que nous-mêmes, se sentirent obligés d'animer et de personnifier tous les phénomènes. M. Mûller remarque : « Il y a quelque [vérité en cela (c'est-à-dire dans l'opinion que la croyance au caractère personnel des phénomènes se reflète dans les terminaisons génériques) ; mais cela ne sert qu'à confirmer la réalité de l'influence du langage sur la pensée ; cette influence est réfléchie à l'origine et a sa cause dans la pensée elle-même ; mais elle devient bientôt une pure règle de tradition et alors elle réagit sur la pensée avec une irrésistible puissance. »
M. Millier prétend que primitivement les hommes considéraient la nature comme animée et personnelle. Cette croyance se reflétait dans le langage, mais apparemment ne produisait pas de mythes. Dans un âge postérieur et civilisé, le langage ra-
mena l'intelligence à son état ancien et les mythes se produisirent. Cette hypothèse devient tout à fait superflue ; l'état primitif de l'intelligence suffisait pour expliquer la naissance des mythes, sans qu'il fût besoin de conjecturer une réaction du langage sur la pensée 1 .
5. La maladie du langage. — La savante théorie de la persistance de phrases sans signification dans le langage est en désaccord avec tout ce que M. Miiller nous a dit sur la civilisation de l'homme mythopœique. Il appartenait à. une société constituée, ayant sa littérature propre. Il n'y a pas d'exemple que des hommes aussi avancés en civilisation oublient la signification de phrases ordinaires et néanmoins conservent ces phrases dans leur langage. Comment une société ayant une langue tellement changeante pourrait-elle « par l'usure littéraire » développer un système d'arithmétique décimale ? Or M. Miiller dit que le procédé rapide d'oubli qui produit les mythes peut s'accomplir en quatre générations.
6. Les exemples. — Enfin on ne nous donne aucune preuve de l'existence des procédés appelés homonymie et polyonymie. M. Miiller, en guise de preuve, allègue les Védas, poèmes artificiels,
1 . [M. Lan g {Myths and Mythologists, p. 56) ne nie pas que l'oubli du sens de certains mots ait pu donner naissance à des mythes. M. Max Millier a donné de ce fait des exemples incontestables. Voir, par exemple : Nouv~ Leçons, II, pp. 284 et suiv.]
écrits dans une langue qui n'existait même pas dans l'âge qu'il appelle mythopœique. Un Anglais peut tout aussi bien expliquer la conversation de ses ancêtres par des exemples tirés des Hymnes anciens et modernes. M. Millier cite des exemples d'homonymie et de polyonymie dans les Védas, mais il ne montre pas que ces procédés aient rendu impossible pour les descendants des poètes védiques l'intelligence du contenu de ces poèmes. Il dit que les descendants des hommes mythopœiques ne comprenaient pas la signification de leurs phrases traditionnelles, mais il ne fournit pas de preuve que les hommes mythopœiques employaient les procédés appelés homonymie et polyonymie. Enfin, quand il cherche des exemples, il les trouve non dans la période mythopœique, mais dans les langues nationales et définitivement constituées des Grecs et des Aryens de l'Inde. Et dans ces exemples, bien loin d'éclaircir les points qui demandent le plus une explication, « les détails stupides, absurdes et sauvages, » il ne les aborde presque jamais.
Ainsi la théorie de M. Mûller, qui explique les mythes comme « une maladie de langage, » paraît dénuée d'évidence et en désaccord avec tout ce qui est historiquement connu sur les rapports entre le langage et la condition sociale, politique et littéraire des hommes.
§3. — La théorie de M. Herbert Spencer.
Le système de M. Herbert Spencer * tel qu'il est exposé dans les Principes de sociologie a beaucoup de points communs avec celui de M. Millier. M. Spencer essaye d'analyser l'état d'esprit dans lequel on personnifie et on anime tous les phénomènes. Selon sa théorie, cette habitude peut être regardée comme le résultat d'un abaissement de l'intelligence, car pour lui, comme pour M. Millier, elle n'est pas primaire, elle est la conséquence d'erreurs de jugement. Mais le langage est la cause principale de ces erreurs dans la théorie de M. Max Millier ; aux yeux de M. Spencer, il n'est qu'une des causes diverses qui toutes contribuent au même résultat. Des rapports qui originairement ont une signification différente sont, pense- t-il, mal interprétés, des noms d'êtres humains sont également mal interprétés de telle sorte que les races primitives en arrivent graduellement à personnifier les phénomènes. Il signale aussi « l'imperfection de la langue primitive, » c'est-à-dire « le manque de mots n'impliquant pas la vitalité »
1. [Cf. ha nouvelle théorie évhémériste, M. Herbert Spencer, par Réville, dans la Revue de l Histoire des religions, 1881.)
comme une des causes qui « favorisent la personnification. »
Ici, naturellement, nous avons à demander à M. Spencer comme nous l'avons demandé à M, Millier, pourquoi les mots dans les langues primitives « impliquent vitalité. » Ces mots doivent refléter la pensée des hommes qui les emploient avant de réagir sur cette pensée et de la confirmer dans ses fausses conceptions.
Jusqu'ici, M. Spencer semble d'accord avec l'école philologique de mythologie, mais il nous prévient que les mauvaises interprétations dans le langage sont, suivant son système, « de différentes espèces, et que la marche des erreurs de la pensée est diverse en ses directions ».
Selon M. Spencer, dont les prémisses au moins sont ici très correctes, les noms des êtres humains, dans un état primitif de société, dérivent d'incidents du moment et sont souvent relatifs à quelque partie de la journée ou à la nature du temps. Nous trouvons chez les naturels d'Australie, chez les Abipons de l'Amérique du Sud et chez les Ojibwais de l'Amérique du Nord des personnes nommées actuellement Aurore, Fleur d'or du jour, Nuage obscur, Soleil, ^tc. Or, voici le raisonnement de M. Spencer: Supposez qu'il existe une histoire concernant des personnes réelles portant de tels noms ; avec le temps et l'oubli qui l'accompagne, l'anecdote qui fut un jour racontée d'un homme
nommé Orage et d'une femme nommée Clarté du soleil, sera transportée aux phénomènes météorologiques du soleil et de la tempête. Ainsi ces agents simplement naturels en viendront à être personnifiés 1 , et on considérera comme purement humaines leur origine et leurs aventures.
Il se produira une erreur analogue si la tradition d'un peuple rapporte qu'il est venu à son séjour actuel en partant de telle montagne, de tel lac ou de telle rivière, ou de pays au delà de la mer. Les hommes de ce peuple prendront la tradition de leur origine locale pour une tradition de parenté réelle, et finiront par croire, comme Certains héros d'Homère, qu'ils sont les fils d'une rivière, dès lors personnifiée, ou d'une montagne ou, comme une tribu mentionnée dans Garcilasso de la Véga*, qu'ils descendent de la mer. Enfin, si leurs anciennes légendes racontent qu'ils viennent du soleil levant, ils prétendront, comme bien des races, qu'ils sont réellement les enfants du soleil. A la suite de ces oublis et de ces fausses interprétations, montagnes, rivières, lacs, soleil et mer recevront les attributs humains, et les hommes qui auparavant avaient uue conception plus juste des choses, descendront jusqu'à croire à la personnalité et à la vitalité d'objets inanimés.
1 . Herbert Spencer. Principes de Sociologie, trad. par Cazelles. Paris, 1880, ï, p. 501.