‹ La mythologieChapitre 49 sur 138 · Aglaophamus, I, p · texte numérisé non relu

Aglaophamus, I, p

2. E. B. Tylor. La Civilisation primitive, trad. par Mme P. Brunet. Paris, Reinwald, 1876, I, pp. 81-188.

si elle peut, non seulement de l'existence de certaines histoires dans les légendes de certaines races, mais aussi de la présence d'histoires essentiellement les mêmes chez presque toutes les races. Sans doute, dans la longue existence du genre humain, des récits peuvent s'être répandus en partant d'un centre unique et avoir passé de races telles que les In do-Européen s et les Sémites à des races aussi éloignées de celles-ci dans toutes les directions que les Zoulous, les Australiens, les Esquimaux, les naturels des îles de la mer du Sud. Mais tout en acceptant la possibilité de la diffusion des mythes par voie d'emprunt et de transmission, nous trouvons dans l'hypothèse qui place l'origine des mythes dans l'état sauvage de l'intelligence, une explication plus facile de leur vaste diffusion.

Les archéologues connaissent des objets de l'art et de l'industrie primitives, des pots d'argile grossière et des armes de pierre, que l'on ne peut classer que comme humains et qui ne portent guère l'empreinte d'un goût national et d'une habileté particulière à un peuple. Bien des mythes peuvent être appelés humains en ce sens. Ils sont les produits grossiers de l'esprit humain primitif et ils n'ont pas encore subi l'empreinte des différences de race et de civilisation ; de tels mythes peuvent naître partout chez des hommes sans culture et partout ils peuvent survivre dans la littérature civilisée. Aussi, quand on les rencontre à la

fois chez les Grecs, les Australiens, les Egyptiens, les Mangéiens et autres, il n'est pas nécessaire d'expliquer leur vaste diffusion par l'hypothèse d'un emprunt, ancien ou récent. Le modèle de clef grecque trouvée parmi d'autres objets dans des tombeaux péruviens n'était pas nécessairement emprunté à la Grèce, pas plus que les Grecs n'ont dû emprunter aux Aztèques le modèle de cymaise qui est commun aux deux peuples. La même explication s'applique au mythe grec et au mythe aztèque du déluge, au mythe australien et au mythe grec du vol primitif du feu. Ils peuvent être parfaitement des inventions indépendantes.

Quelques philologues, il est vrai, et parmi eux M. Sayce, repoussent comme antiscientifique la comparaison des mythes qui se trouvent dans les langues non parentes entre elles 1 . L'objection s'appuie sur la théorie que les mythes sont une maladie du langage, une excroissance morbide de la langue ; on doit donc maintenir la séparation entre les légendes de langues non parentes. Mais notre théorie ne fait intervenir le langage que comme une cause subordonnée dans le développement des

1. [A.-H. Sayce. Principes de philologie comparée, traduits en français par Ernest Jovy (Paiis, Delagrave, 1884), p. 223. Tout le chapitre vin, intitulé : La mythologie comparée et la science de la religion^ est d'un partisan convaincu de la théorie philologique et mérite d'être lu comme un des exposés les plus com . plets delà doctrine que combat notre auteur.]

mythes; elle cherche l'origine des mythes dans une condition particulière de la pensée par laquelle toutes les races ont passé ; aussi nous nous contenterons de mentionner l'objection de M. Sayce sans nous y arrêter.

Nous examinerons d'abord brièvement la condition intellectuelle des sauvages, c'est-à-dire de races variant de la situation des insulaires Andamans à celle des insulaires des Salomons et des rudes Peaux-Rouges du continent américain.

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