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Tylor, Civilisation primitive, trad. franc., I

70 LA MYTIÏOLOGIE

D'où viennent les révolutions du soleil et de la lune ? Pourquoi cet arbre a-t-il une fleur rouge et et cet oiseau une tache noire sur la queue ? Quelle est l'origine des danses de la tribu ou de telle ou telle loi de la coutume ou de l'étiquette ? La mythologie sauvage, qui est en même temps la science sauvage, possède une réponse pour toutes ces questions et pour d'autres semblables, et cette réponse se présente toujours sous la forme d'une histoire. On ne peut expliquer ces réponses sans admettre l'existence préalable des questions.

Nous venons de montrer comment les sauvages arrivent à avoir une mythologie. Elle est pour eux un moyen de satisfaire la forme primitive de la curiosité scientifique , une façon d'expliquer te monde où ils se meuvent. Mais ils mettent naturellement ces histoires en harmonie avec leur théorie générale des choses, avec ce que nous pouvons appeler la métaphysique sauvage.

L'homme primitif, comme le dit M. Mu lier, « non seulement ne pensait pas comme nous pensons, mais ne pensait pas comme nous supposons qu'il doit avoir pensé. » La principale distinction entre son mode de concevoir le monde et le nôtre est la vaste extension qu'il donne à la théorie de la personnalité. Diminuer l'extension de la grande classe dans laquelle rentraient toutes choses, augmenter le nombre des attributs nécessaires à la personnalité, telle a été la marche de la pensée. Pour

l'homme civilisé, les êtres humains seuls paraissent personnels. Nous regardons à peine chacune des créatures inférieures les plus intelligentes comme formant un moi distinct, et on ne peut guère dire que nous attribuons une personnalité complète aux êtres les moins intelligents, tels que les poissons. C'est l'influence à moitié consciente de la pensée primitive qui nous fait prêter en poésie la personnalité au soleil et au vent, ou bien qui nous fait dire : « La nuit vient à grands pas. » Mais pour le sauvage, et surtout pour les hommes qui étaient plus arriérés que les races les plus inférieures que nous connaissons, la nature entière était une réunion de personnalités animées. Le sauvage n'a pas une conception raisonnée de la personnalité ; pour lui, elle est une sensibilité universellement répandue ; il attribue également à toutes choses ce sentiment d'une existence personnelle.

Un des missionnaires jésuites de l'Amérique du Nord décrit ainsi la philosophie du Peau-Rouge 1 . « Les sauvages se persuadent que non seulement les hommes et les autres animaux, mais aussi que toutes les autres choses sont animées. » Crevaux', dans les Andes, a trouvé que les Indiens croient que les bêtes ont des Piays (sorciers et docteurs) comme eux-mêmes.

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