‹ La mythologieChapitre 53 sur 138 · Dalton. Ethnology of Bengal. Calcutta, 1872, p · texte numérisé non relu

Dalton. Ethnology of Bengal. Calcutta, 1872, p

moins susceptible. Le ciel, qui nous semble encore moins personnel, a été regardé comme une personne par les Samoyèdes, les Peaux-Rouges et les Zoulous 1 . Des traces de cette croyance survivent dans les religions de la Chine, de la Grèce et de Rome.

Ainsi l'esprit sauvage regarde même les phénomènes les plus abstraits comme des personnes ayant les membres et les passions humaines. Cette idée seule expliquera bien des côtés étranges de la mythologie.

Mais nous devons aussi nous rappeler que pour le sauvage le ciel, le soleil, la mer, le vent ne sont pas seulement des personnes, mais qu'ils sont des personnes sauvages. Leur conduite n'est pas celle que des hommes civilisés attribueraient à des êtres aussi augustes ; elle est celle que des hommes incultes considèrent comme naturelle et convenable chez des êtres semblables à eux. Or l'idée que se fait le sauvage de sa place et de son influence dans le monde diffère tellement de notre cpnception moderne qu'elle exige un examen séparé.

i. Tylor. Civilisation primitive, II, pp. 332-334.

§ 3. — Idées des sauvages sur les rapports de f homme avec le monde.

On a déjà montré que le sauvage regarde même les phénomènes les plus abstraits, le ciel, la terre, le vent, etc., comme animés et personnels. Il faut ajouter qu'il attribue la -même personnalité et le même caractère humain à tous les animaux. « Ils tiennent les poissons raisonnables comme aussi les cerfs », dit un Père jésuite en parlant des Indiens de l'Amérique du Nord \ En Australie, les naturels croient que le chien sauvage a le pouvoir de la parole tout comme le chat de la sorcière de Coverley, dans le Spectator. Les paysans bretons, selon M. Sébillot, pensent que tous les oiseaux ont un langage, et ils ont essayé de l'interpréter. Les anciennes superstitions anglaises et arabes sur le langages des bêtes sont des exemples de la persistance de celte opinion dans des races civilisées.

L'ours en Norwège est presque regardé comme un homme ; les Samoyèdes et les Peaux-Rouges s'adressent à son cadavre et cherchent à détourner sa colère. « En Australie, Tours indigène Kur-boroo est le sage conseiller des naturels dans toutes les difficultés. Quand ils partent pour une expédi-

i. Relations, loc. cit.

tiou dangereuse, les hommes implorent le secours de cette grossière créature. Comment leur fait-elle connaître ses opinions? C'est ce qu'on ne nous dit nulle part 1 . » Schoolcraft 1 mentionne une histoire où les Peaux-Rouges expliquent comment « Tours ne meurt pas ; » mais, imitant les scrupules d'Hérodote pour TÉgypte, M. Schoolcraft « ne peut se décider à nous communiquer cette fable 3 . » Il nous donne aussi des exemples de conversations de Iowas 4 avec des serpents. Ils peuvent servir à prouver la croyance des sauvages à l'intelligence des bêtes. L'homme est sur le même pied que l'animal et peut échanger ses idées avec lui.

Les sauvages portent cette opinion beaucoup plus loin que nous ne pensons. L'homme à leur point de vue est réellement et, non dans un sens figuré, apparenté aux animaux. Certaines tribus de Java croient que les femmes qui mettent au monde un enfant accouchent souvent en même temps d'un jeune crocodile 3 . L'histoire, bien commune en Europe, d'une reine accusée de mettre au monde de petits chiens montre que la croyance à la possibilité de telles naissances a survécu parmi

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