AUSTRALIE
La tribu des Boo-noo-rongs, sur la côte australienne, regarde comme le dieu créateur primitif un personnage nommé Bun-jel ou Pund-jel. Il est le chef de toute une série d'êtres surnaturels, plus anciens que les hommes, mais ayant avec eux des liens de parenté. Il a une femme, mais suivant un scrupule très répandu de l'étiquette sauvage, il n'a jamais vu son visage ; Urvaçî non plus dans le mythe védique n'a pas le droit de voir Purùravas sans ses vêtements ; « car telle est la coutume des femmes, » dit le Véda 1 . Le nom de Bun-jel est celui d'un aigle d'une espèce particulière ; cet aigle est un totem, c'est-à-dire un animal vénéré comme un ancêtre chez certaines tribus australiennes. Conçu comme un oiseau surnaturel, le dieu Pund-jel ressemble tout à fait aux oiseaux qui. se décrivent ainsi eux-mêmes dans Aristophane * :
IIoXù icpeffjïifcaTOi tcovtwv p.ax,apa>v.
i. [Çatapatha Brâhmana, XI, 5, 1. Voir plus loin, p. 222 le mystère de Purùravas et dTJrvaçî.J 2. Aves, 703.
Il appartient à l'âge des oiseaux, « bien plus sages et plus adroits en toutes choses que les hommes; il est de beaucoup le plus ancien de tous les dieux. »
Dans un mythe anthropomorphique des Kurnais, Pund-jel figure comme « un vieillard qui vit près des sources de la rivière Yarra, » et est riche en bétail. Le terme Bun-jel est aussi employé comme une sorte de titre d'honneur ; on le confère aux hommes les plus âgés des Kurnais et des Briakolungs, parmi lesquels quelques-uns ont des pouvoirs magiques. Dans les parties septentrionales de Victoria, les Aborigènes voient dans Pundjel, sous sa forme d'oiseau, Fauteur de la création. — Pund-jel ne joue pas seulement le rôle d'un créateur, il est aussi un bienfaiteur, un « héros civilisateur, » pour employer un terme à la mode. C'est lui qui instruisit la race dans dans tous les arts de la vie, qui enseigna aux hommes à percer les kangourous et aux femmes à déterrer les racines. Il disparaît du monde qu'il a créé quand une puissance rivale, le geai, ouvre de grands sacs de vent qu'il possède et, du souffle de ces vents, jette Pund-jel au haut des cieux.
Les Australiens n'établissent pas une séparation bien nette entre leurs Birraarks ou sorciers et leurs dieux. Les Kurnais donnent le nom de Brewin à un esprit tout-puissant, mais ce nom fut également décerné à un Birraark qui disparut pendant plu-
sieurs jours pour aller s'entretenir avec l'esprit invisible. L'ours indigène est un des animaux qu'ils adorent et ils ont donné son nom à un sorcier fameux. Vent-d'ouest est le nom d'un sorcier humain qui passe pour être capable de faire souffler ce vent avec violence. Il y a donc un échange et une confusion de titres, de pouvoirs et d'attributs entre les sorciers, les totems et les vagues esprits tout-puissants ; dans ce mélange de croyances, un dieu peut avoir la forme d'un oiseau, un homme, les attributs d'un dieu ; toutes les transformations les plus irrationnelles deviennent non seulement naturelles, mais encore inévitables dans un tel système. La raison de cette incohérence se trouve dans la croyance à la personnalité et à la parenté de toutes choses.
Pund-jel et ses rivaux, la Corneille et le Geai, semblent appartenir à une génération surnaturelle antérieure aux hommes, celle des Nurrumbunguttias oti « vieux esprits, » qui correspondent aux races divines des Titans et des dieux de la Grèce et aux Anciens du ciel des Californiens et des Ovahéréros.
Avant d'abandonner les légendes divines de l'Australie, nous remarquerons qu'on y trouve aussi le mythe dualiste si universellement répandu. Pourquoi les choses vont-ellesmal?demande-t-on, et la réponse en Australie comme en Perse est dans le mythe d'un pouvoir malveillant qui s'oc-
cupe à contrarier l'auteur des choses. Chez les Australiens, la Corneille est toujours en guerre avec F Aigle créateur. L'Aigle, comme les frères aînés de Zeus, fut un jour avalé par un dieu puissant qui devient plus tard la lune et qui le vomit tout vivant. Les aventures de l'Aigle en tant que créateur seront examinées plus à propos dans le chapitre des mythes cosmogoniques. Son rôle dans la dispersion de l'humanité et dans l'arrivée du déluge n'est pas sans éveiller quelques soupçons, bien qu'il n'ait que des analogies éloignées avec le récit biblique *.