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AFRIQUE

L'Être suprême dans la mythologie boschismane est la sauterelle appelée le Mantis. Cagn ou Ikaggen, le Mantis, est regardé quelquefois avec une respect religieux comme un dieu bienfaisant. Mais ses aventures sont la plupart du temps des contes à dormir debout, inventés par une imagination enfantine. Il a une femme, une fille adoptive dont le père véritable joue le rôle de « l'avaleur d'enfants, » dans les mythes boschis-

1. Les sources principales de ce paragraphe sont les ouvrages déjà cités de Fison et Howitt. Kamilaroi and Kurnai, Brough Smyth, Aborigines of Victoria, Dawson, The présent State of Australia, et le Journal de sir G. Grey.

[Voir dans A. Réville. Religions des peuples Aon cioilisés. II, pp. 143 et suiv., un résumé de la religion des Australiens.]

LE SYSTÈME ANTHHOPOLOGIQUE 95

mans de cette espèce ; cette fille a un fils qui est richneumon. Le Mantis tire l'antilope d'Afrique de la chaussure de son gendre. Il crée également la lune au moyen de sa chaussure ; elle est rouge parce que la chaussure était couverte de la poussière rouge du pays. Le Mantis se fait battre dans une rencontre avec un chat. Semblable à Poséidon, Hadès, Métis et autres dieux grecs, il fut un jour avalé, puis vomi tout vivant. L'avaleur est le monstre Ilkhwai-Hemm. A l'exemple d'Héraclès qui saute dans le ventre du monstre en train d'avaler Hésione, le Mantis un jour bondit à la gorge d'un éléphant ennemi et lui donne la mort *.

Les corps célestes sont des dieux chez les Boschismans ; leur nature et leurs aventures seront discutées en même temps que les autres mythes du soleil, de la lune et des astres.

En sa qualité de créateur, Cagn passe quelquefois pour avoir donné les ordres qui causèrent l'apparition et l'existence de toutes choses. Il frappa les serpents de son bâton et les changea en hommes, tout comme Zeus pour les fourmis d'Égine. Mais la théorie mythique des Boschismans sur l'origine des choses doit autant que possible être séparée des fables du Mantis, de richneumon et

1 . Voir sur le Mantis et ses faits et ses gestes : Cape Monthly Magazine, juillet 1870. D» Bleek, Brie f Account of Bushman Folklore.

[F. Ratzel. Vœlkerkunde. Leipzig, iS85, I, pp. 74, 79.J

autres êtres divins. Bien qu'ils soient des animaux, ces dieux ont les passions et le caractère de rhomme ; ils possèdent les pouvoirs magiques ordinairement attribués aux sorciers.

Le dieu principal des Hottentots est un être nommé Tsuni-Goam *. Ses adorateurs le regardent généralement comme un sorcier décédé. Selon un ancien croyant, « Tsui-Goab (une leçon différente du nom du dieu) fut un grand chef puissant du Khoi-Khoi ; en fait, il fut le premier Khoi-Khoi ; c'est de lui que toutes les tribus Khoi-Khoi tirent leurs noms. » Dans la forme grossière du dualisme propre au sauvage, il est presque toujours représenté comme en guerre avec un autre chef nommé Gaunab. Les prières adressées à Tsui-Goab sont d'un caractère simple et naturel, ce sont les élans habituels de l'homme dans les moments de besoin ou de détresse. Comme d'ordinaire, la religion est plus avancée que la mythologie. On voit par certains détails que Tsui-Goab vit dans le ciel rouge et Gaunab dans le ciel obscur.

La race voisine des Namas a pour dieu un autre ancien chef, un être nommé Heitsi-Eibib. On

1. Nous possédons une grande quantité de renseignements sur la mythologie des Hottentots et des Namas, dans le livre de M. Th. Hahn : Tsuni-Goam, the Suprême Being of the Khoi-Khoi. (Londres, 1881.) L'auteur a rassemblé les anciennes observations sur les mythes hottentots et y a ajouté des matériaux que nous devons à ses recherches personnelles. [Ralzel, op cit, I, pp. 106- 109.]

montre des tombeaux de lui dans beaucoup d'endroits ; de même ceux d'Osiris, dit Plutarque, abondaient en Egypte. Les passants vont prier à ses sépulcres. Il a des relations étroites, soit de paix, soit de guerre, avec diyers animaux dont les habitudes sont quelquefois expliquées (comme celles du serpent dans la Genèse) comme le résultat de la malédiction de Heitsi-Eibib. Le dieu est né d'.une vache d'une façon mystérieuse ; de même Indra dans le Yajour-Véda Noir entre dans le ventre d'un être qui donne aussi naissance à une vache. Le Rig-Véda * dit : « Sa mère, une vache, mit au monde Indra, un veau non léché ; » c'est probablement une façon de parler métaphorique. Heitsi-Eibib, comme bien d'autres dieux et héros, passe aussi pour être le fils d'une vierge qui toucha une plante particulière et devint enceinte 2 . L'inceste est un des actes attribués à Heitsi-Eibib. Tsui-Goab dans l'opinion de ses adorateurs est, comme nous l'avons vu, un sorcier déifié après sa mort; son nom signifie Genou-Blessé; il vient de ce que le sorcier fut frappé au genou par un ennemi.

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