Mûller, op. cit., p
tli est un colibri. Acosta dit qu'il avait encore la tète d'un moineau sur sa statue l . Pour Mûlier, les animaux ne sont pas seulement des symboles et des attributs des divinités, leurs compagnons et leurs messagers, comme dans la période anthropomorphique de la religion ; il reconnaît ouvertement qu'ils ont été eux-mêmes des êtres divins durant les premiers âges de la pensée. Les dieux particuliers mexicains correspondent à ceux des autres polythéismes ; il y a une Cérès aztèque, une Lucina aztèque, un Vulcain aztèque, une Flora aztèque , une Vénus aztèque. Les mythes de la création du soleil sont grossiers et portent un caractère très primitif 2 .
1. Sur le caractère complexe de Quetzalcoatl, son rôle comme héros civilisateur (une version moins barbare de Qat), comme dieu naturaliste et comme dieu thériomorphique, voyez Mûlier, op. cit , p. 583-584.
2. [Cf. A. Réville. Les Religions du Mexique, de V Amérique centrale et du Pérou, Paris, Fischbacher, 1885, et surtout Bancroft, op. cit. y III.]
§2. — Mythes Égyptiens.
Avec des proportions plus vastes et une base bien plus durable, la société de l'ancienne Egypte ressemblait un peu à celle de l'ancien Mexique. Les légendes divines des deux nations ont des traits communs ; malheureusement il y a peu de sujet plus obscur que la mythologie de l'Egypte.
Les écrivains sont enclins à parler de la religion de ce pays comme si elle était un phénomène simple et comme si Ton pouvait à un moment donné l'observer sous tous ses aspects. En fait, la religion égyptienne, si conservatrice qu'on la suppose, a dû subir, pendant une durée d'environ cinq mille ans, d'innombrables influences historiques, ethnologiques et philosophiques et elle nous est diversement représentée par les différentes écoles de prêtres. Nous ne pouvons accepter les spéculations platoniciennes de Jamblique sur la nature et les manifestations de la divinité égyptienne comme des témoignages valables pour la foi des peuples qui vivaient un si grand nombre de siècles avant Iamblique et Plutarque. Les théories ésotériques et panthéistes des prêtres suivant lesquelles les divers dieux-animaux sont des manifestations sym-
boliques de l'essence divine, ne peuvent prétendre à nous donner la véritable explication historique de ces crovances.
On a déjà vu que les races les plus basses et les moins intelligentes se livrent au culte des animaux ; chaque famille a pour parent un oiseau, un animal, un poisson, ou même une plante ou un objet inanimé. On a vu aussi que les. peuples barbares placent dans une race surnaturelle d'hommes ou d'animaux leurs premiers pères, leurs héros et, dans un certain sens, leurs dieux, De telles croyances sont conformes à la façon de penser propre aux sauvages. Précisément les mêmes idées se trouvent à diverses périodes chez les anciens Egyptiens. Que Ton considère les mythes égyptiens relatifs aux dieux-animaux, aux héros surhumains, à leurs guerres et à leurs amours comme des allégories ésotériques imaginées par des prêtres civilisés ; bientôt Ton en viendra peut-être à expliquer aussi Pund-jel, Qat, Quawteaht, le dieu Mantis, l'Araignée créatrice, le Coyote et le dieu Corbeau, comme des inventions sacerdotales d'une époque savante, et Ton dira que les Australiens, les Boschismans, les Ahts, les Hottentots, les Thlinkits, les Papous les ont conservées sans garder aucun autre vestige d'une aussi haute civilisation.
Nous préférons adopter l'opinion opposée et regarder l'histoire d'Osiris et sa guerre avec Seth
qu'il finit par enfermer dans un coffre 1 , et par mutiler, comme un mythe dualiste, primitivement aussi grossier que la lutte de Gaunab et de Tsui- Goab ou de Tagar et de Suqe. Suivant notre théorie, les plantes et les animaux divinisés de l'Egypte doivent s'expliquer comme des restes de Totems et de dieux totems semblables à ceux de l'Australie, de l'Inde, de l'Amérique, de l'Afrique, delà Sibérie et d'autres contrées. Nous considérons dans cet ouvrage les animaux divinisés, les mythes dualistes et les récits de la création comme les produits de la raison et de l'imagination sauvages. Il y eut une époque grossière où de telles conceptions étaient naturelles et des vestiges de cette condition primitive de l'intelligence se retrouvent dans les croyances de l'Egypte.
Sur les monuments les plus anciens de l'Egypte, les dieux ne sont pas figurés en peinture ; on ne voit pas de description d'actes d'adoration et de sacrifice. Il existe une prière au ciel sur le cercueil du roi [Menkaura] de la IV dynastie, qui est le Mycérinus des Grecs. Le roi se déclare le fils du ciel et de la terre. Il s'identifie d'une façon un peu obscure avec Osiris 2 .
Nous rencontrons donc Osiris à peu près sur les