‹ La mythologieChapitre 79 sur 138 · De Iside et Osiride · texte numérisé non relu

De Iside et Osiride

3. Démosthèoe, De Corona, § 313 [p. 165, édit. Didot] %ol\ xaôaiptov touç TeXou(iivou; %ol\ oLTzop.avztùv tû m)X<5 xa\ tôt; rcmîpoiç. Cf. Custom and Myth., 2« édit., p. 40.

consiste à enduire d'argile les initiés. Cette coutume prévaut dans les mystères africains, en Guinée, chez les Australiens, les Papous et les Insulaires andamans. L'autre coutume est l'usage, bien connu en Australie, d'une petite pièce de bois en forme de poisson attachée à une corde et agitée de façon à produire un bruit retentissant pour éloigner les profanes et spécialement les femmes. On le trouve au Nouveau-Mexique, dans le sud de l'Afrique, dans la Nouvelle-Zélande et en Australie l . Le même instrument, sous le nom de xSvoç, était aussi employé dans les mystères grecs 2 . On ne peut expliquer ni l'usage du x&voç, ni celui de l'argile, comme des pratiques d'époque civilisée qui se seraient conservées chez les sauvages. L'hypothèse que ces rites sont des inventions sauvages, qui survivent dans la religion civilisée, semble mieux résoudre la difficulté. Pareillement, il est permis de croire que le mythe d'Osiris témoigne d'un état d'imagination analogue à celui qui, chez les Takuliens, a donné naissance à l'histoire du Castor mutilé dont le corps a servi à former toutes les choses. La dernière course de Typhon et ses crimes affreux commis sans motif et sans

1. [Voir tout un chapitre consacré à cet instrument dans Custom and Myth., 2« édit.^ p. 29-44. The Bull-Roarer].

2. Kcovoç SuXapiov ou êÇrjicTai to OTrapxfov xaJ êv tcciç xeXeraïç eôoveïto ?va poiÇ9j. Bastius, ad Gregor., 241, cité par Lobeck (Aglaophamus, i.' 700). Cf. Arnobe, v, 49, le mot latin est turbines.

haine rappellent la conduite d'un grand nombre de dieux malfaisants. C'est peut-être un ancien mythe dualiste.

Parmi les autres figure» mythiques de l'Egypte 1 , nous mentionnerons encore Ra qui, dans sa colère, fait périr un jour les hommes dans un déluge accompagné des circonstances ordinaires, Kfinum, un démiurge, qui est représenté à Philae comme faisant un homme d'argile à la roue d'un potier. Ici la roue est ajoutée à la conception maoriste de la création de l'homme. Khnum passe pour avoir réparé les membres d'Osiris mulilé. Ptah est l'Héphsestos égyptien ; il est représenté comme un nain; les hommes sont sortis de ses yeux , et les dieux de sa bouche; cette histoire est semblable à celle de Purusha dans le Rig-Véda. Comme créateur de l'homme, Plah a la forme d'une grenouille.

1. Birch, dans Wilkinson, op. cit., III, p. 62 [Les principaux ouvrages sur la mythologie égyptienne, sont Tiele, Histoire comparée des anciennes religions de l'Egypte et des peuples sémitiques, trad. franc, par Collins, Paris, 1882; Le Page Renouf, The Oriyin and Growlh of Religion, as illustrated by the Religion ùf ancient Egypt. (Hibbert Lectures, 1879), Londres; 1880, H. Brugsch, Religion und Mythologie der Allen JEgypler, vol. I, Leipzig, 1884. Les histoires de l'Orieut de Maspéro (4 e édit., 1886) et de E. Meyer (Stuttgart, 1884) contiennent aussi d'excellents chapitres sur ce sujet.] Voir aussi Pietschmaun, Der JEgyptische Fetischdienst, dans Zeits hrift fur Ethnologie, 1878; Perrot et Chipiez, Histoire de l'Art dans V Antiquité. I, V Egypte (Paris, 1882), pp. 44-70; Naville, Le Mythe d'Horus, Genève, 1870; Lefebure, Études Egypto logique s IV yOstris, Les Yeux d'Horu/j, et les Bulletins de M. Maspéro dans la Revue de VHist. des Religions.

LE SYSTÈME ANTHROPOLOGIQIE 129

Bubastis se transforme en chat pour éviter la colère de Typhon. Ra, le soleil, combat le grand serpent Apap comme Indra combat Vritra. Seb est une oie, on l'appelle « le grand Babillard; » c'est lui qui pond l'œuf créateur.

§ 3. — "Mythes hindous.

Les dieux des Védas et des Brâhmanas l sont en général du type polythéiste ordinaire. Plus que bien d'autres dieux, ils gardent dans leurs titres et leurs attributs, le caractère de phénomènes naturels et d'éléments personnifiés. Cette personnification est anthropomorphique en général, mais des traces de personnification thériomorphique sont encore très apparentes.

Les idées que Ton peut rassembler sur les dieux des hymnes sont sans concordance entre elles, comme il arrive fréquemment dans les religions païennes. Il n'y a pas de stricte orthodoxie. Le barde de chaque famille célèbre son dieu favori, il est enclin naturellement à le proclamer supérieur à tous les autres. Cette façon de se représenter les dieux conduit à un monothéisme panthéiste 2 dans lequel chacun d'eux peut être regardé comme une manifestation de l'essence divine. Sans aucun doute, c'est là une théorie à laquelle arrivèrent, dans des siècles extrêmement éloignés, les sages du monde védique civilisé. Il est aisé cependant de

1. Les hymnes anciens et les livres liturgiques de l'Inde aryenne.

2. [C'est ce que M. Max Mûller a appelé l'hénothéisine du Véda.]

découvrir certains caractères particuliers à chaque dieu. Comme chez les races beaucoup moins avancées eg, civilisation que les Hindous védiques, les grandes puissances célestes ont leur sphère propre et bien délimitée; cependant, beaucoup de leurs adorateurs peuvent être portés à regarder chacune d'entre elles comme un être suprême absolu, possédant une liberté d'action indiscutée.

Indra s'occupe principalement du tonnerre et des autres phénomènes atmosphériques. Vayu est le vent, les Marais sont les dieux du vent, Agni est le feu ou le dieu du feu et se rattache ainsi à l'éclair. De même qu'Indra est tout puissant dans le monde céleste, Mitra et Varuna président à la nuit et au jour. Ushas est l'aurore, et Tvashtri est l'artisan des dieux correspondant au Ptah égyptien et à l'Héphaestos grec.

Les hymnes védiques attribuent aux dieux de hautes qualités morales et une grande part d'intervention dans les affaires humaines ; cependant ils ont souvent l'air, et c'est un trait mieux marqué encore dans les livres liturgiques, d'être une Chronique scandaleuse divine. Dans cette chronique, les dieux, comme partout ailleurs, sont des aventuriers belliqueux, adultères, incestueux, homicides, capables de se transformer en animaux, poltrons, chargés de tousf les vices des hommes et doués de pouvoirs magiques. Au contraire, on ne pourrait assez vanter l'élévation morale d'un grand nombre

d'hymnes védiques l . La « faim et la soif de la justice » des poètes sacrés rappellent les plus nobles aspirations et les regrets du Psalmiste hébreu. Mais cet aspect des divinités intéresse bien plus particulièrement la science de la religion que la mythologie elle-même, qui s'occupe des histoires racontées au sujet des dieux. La religion oublie toujours ces histoires ou s'efforce de les expliquer et de les justifier. Or les divinités védiques, si imposantes qu'elles nous apparaissent en personnifiant les grandes forces de la nature, si bienfaisante que soit leur action quand elles remettent les péchés des hommes, n'en ont pas moins, elles aussi, leur aspect mythologique. Sous cet aspect, elles sont encore des phénomènes naturels, mais des phénomènes tels qu'ils sont conçus et personnifiés à l'origine par l'imagination du sauvage ; elles ont alors, comme les dieux du Maori et de l'Australien, toutes sortes de caprices, d'aventures et de déguisements.

Le Véda, il est vrai, est la plupart du temps muet sur les pires de ces aventures. Il ne contient que des hymnes de dévotion ; nous ne pouvons pas

i. Voir pour des exemples, M. Max Millier, Origine et développement de ta religion, étudiés à la lumière des religions de Vlnde, trad. franc, par Darmesteter, Paris, 4879, p. 250: Rig-Veda, h, 28, iv, 124, vu, 93, 7; Muir, Origwd Sanskrit Texts, V, 218. [Cf. A. Bergaigne, La religion védique, III, pp. 150 et suiv. (Paris, 1883). J

plus nous attendre ici à des récits que dans les Psaumes de David. De plus, le sentiment religieux qui y règne est, avec plus ou moins de conscience, hostile à ces histoires. Comme le dit M. Barth 1 , « le sentiment religieux a écarté la plupart de ces mythes, mais il ne les a pas écartés tous. » En revanche, les Brâhmanas, compilation tardive, livres canoniques servant au rituel et au sacrifice, sont riches en fables absurdes et irrationnelles. Quelquefois elles sont probablement plus récentes que le Véda ; ce sont de pures explications de particularités rituelles imaginées par les prêtres. Quelquefois un mythe, sans doute plus ancien que les Védas et maintenu dans la tradition populaire, est rapporté dans les Brâhmanas.

Les dieux védiques ne sont pas toujours regardés comme égaux en suprématie ; il y en a des grands et des petits, des nouveaux et des anciens *. Ailleurs cela est formellement nié : « Nul de vous, 6 dieux ! n'est petit, ni jeune, vous êtes tous grands 3 . »

Sur l'immortalité et sur l'origine des dieux, il n'y a pas d'opinion orthodoxe dans le Véda. Beaucoup de mythes relatifs à l'origine des êtres divins sont au niveau de la théorie des Maoris d'après laquelle le Ciel et la Terre les ont engendrés de la façon ordinaire. Les dieux sont aussi représentés

i. Les Religions de VIndc, Paris, 1879.

Page 1