EXPLICATION DES FABLES QUI TIEN- NENT A L'HISTOIRE DE PERSÉE
Persée , de retour dans la Grèce , remercia les dieux de son heureux voyage. Il consacra la proue de son vaisseau, et la plaça dans.le temple de Jupiter sur le mont Olympe. La proue de ce vaisseau représentait un cheval, et le vaisseau se nommait Pégase; 10lympe passait pour être le séjour des dieux. Les poètes erahellirent ces deux circonstances en disant c[ue Pégase ne resta c[u'un instant sur la terre, et dirigea son vol vers le séjour des dieux.
Persée consacra quelques autres parties de son vaisseau dans le temple d'xVpollon, sur le mont Parnasse. Les poëtes peignirent ce temple comme le séjour ordinaire d'Apollon et des Muses. Ils représentèrent le génie de la poésie sous la forme d'un cheval ailé qui franchit tous les ohstacles ; et la fontaine Hij>pocxène , q ue Pégase fait jaillir en frappant la terre de son pied, désigne que les productions du génie ne portent jamais l'empreinte servile du travail, mais ressemhlent aux flots purs et brillans d'une source ahondante.
Les savans étaient fort partagés sur l'opinion que l'on devait avoir des Gorgones, Dio-
AVEC l'histoire. 43
dore prétend qu'elles étaient des femmes guerrières , habitant la Libye , près du lac Tritonide. Elles furent souvent en guerre avec les Amazones , leurs voisines. Du temps de Persée, elles étaient gouvernées par Méduse, leur reine. Ce héros les combattit , tua leur reine ; mais Hercule put seul parvenir à les détruire entièrement.
Quelques anciens peignent les Gorgones comme des femmes guerrières d'une grande beauté : l'admiration que produisait leur vue faisait perdre l'idée de se défendre; elles profitaient de cet avantage pour attaquer leurs ennemis et les vaincre. Les poëtcs peignirent ce fatal effet de leur beauté , en disant que leurs regards changeaient en pierre et rendaient immobile.
Pline le Naturaliste les peint comme des femmes sauvages très-redoutables. « Près du » Cap occidental, dit-il, sont les Goj-gates , y> ancienne demeure des Gorgones. Hannon , » général des Carthaginois , pénétra jusque » dans leur pays; il y trouva des femmes dont » la course égalait en vitesse celle des chen vaux , et même le vol des oiseaux. Il en prit » deux dont le corps était hérissé de crins. » Leurs peaux furent attachées dans le temple » de Jupiter à Carthage, et y restèrent sus- » pendues jusqu'à la ruine de cette ville. »
44 LA iMYTHOLOGir, COMPAREE
P.'uisanias cite un liistorien dont le rapport ressemble à celui de Pline. Il croit (|ue Méduse fut une femme sauvage d'une force surprenante, et qu'elle fut vaincue par Persée.
M. Fourmont , ayant recours aux langues orientales , trouve dans les noms des trois Gorgones ceux de trois vaisseaux qui faisaient le commerce sur la côte d'Afrique,, où l'on trouvait de l'or, des dents d'éléphant, des cornes de divers animaux et des pierres précieuses. Ces marchandises étaient ensuite apportées dans les ports de la Phénicie. Telle est, dit-il, l'explication de la dent, de la corne et de l'oeil r|ue les Gorgones se prêtaient mutuellement. Ces vaisseaux avaient des proues qui représentaient des monstres. Persée les rencontra dans ses voyages , les combattit et s'en empara ; le vaisseau qu'il montait se nommait Pégase; la proue représentait un cheval ailé. Aussitôt que ce prince lut de retour dans la Grèce avec des richesses immenses, on célébra son retour, et les poètes imaginèrent la fable des Gorgones et de Méduse.
Ces explications suffisent pour laisser apercevoir combien les petites ont donné carrière à leur imagination , lorsqu'ils ont voulu peindre les grandes actions des héros (|ui s'étaient
AVEC L BISTOIF.E. 45
toujoiirô moDlrés leurs proleclturs et leurs