‹ La mythologie comparée avec l'histoire;Chapitre 117 sur 151 · VOYAGE DES ARGONAUTES ; HIS- TOIHE DE JASON ET DE MÉDÉE · texte numérisé non relu

VOYAGE DES ARGONAUTES ; HIS- TOIHE DE JASON ET DE MÉDÉE

L'histoire de la Grèce n'a pas d'événement plus célèbre et plus rempli de fictions c[ue la conquête de la Toison d Or. 11 y a peu d'auteurs qui n'en parlent ; et, quoique beaucoup de leurs ouATages aient été perdus , il reste encore trois poëmes sur cette expédition : celui d'Onoraacrite , composé environ cinq cent cinquante ans avant l'ère cbrélienne ; celui d'Apollonius de Rhodes , qui vivait du temps des Ptolémées ; et celui de Yalérius Flaccus , qui l'écrivit sous Yespasien.

Pour avoir une idée juste de ce voyage , il faut le regarder comme une expédition militaire, entreprise par les plus illustres guerriers de la Grèce , pour recouvrer les trésors que Pbryxus avait emportés dans la Colchide , et en même temps pour établir le commerce maritime, et former de nouveaux établissemens ou denouvelles colonies dans les pays que Ion découvrirait. Pour réussir, il fallait plusieurs vaisseaux et beaucouji de monde. Les compagnons de Castor et PoUux fondèrent la colonie des Tyudaridcs et celle des Hénochiens. Le vaisseau l'Argo a seul de la célébrité ; mais il paraît qu'il servait de vaisseau

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amiral à la flotte , et qu'il portait tous les chefs derexpéclition.

Toute la Grèce ayant pris part à cet événement, et les fables en parlant sans cesse , nous allons donner les détails les plus essentiels sur son oriirine,

Athamas, fils d'Eolus , et arrière-petit-fils de Deucalion, était roi de Thèbes. Il épousa d'abord Ino , fille de Cadmus , qu'il répudia quelque temps après pour épouser Néphélé , dont il eut Pbryxus et Hellé. Néphélé ayant eu quelques accès de folie, Athamas se réconcilia avec Ino, qui haïssait mortellement les enfans de sa rivale , héritiers du royaume par leur droit d'aînesse. Ino reprit assez d empire pour persuader à l'inconstant et faible Athamas que Néphélé avait empoisonné les grains de la terre , et qu'elle causait la famine qui désolait la ville de Thèbes. Elle fit appuyer sa calomnie par des prêtres ; ils déclarèrent , au nom de l'oracle , que le fléau ne cesserait qu'en immolant les deux enfans de Néphélé. Phryxus , averti par un des prêtres de loracle, du funeste projet d'Ino , fit équiper secrètement un vaisseau. Il trouva moyen d'enlever une partie des trésors de son père ; il se fit accompagner par sa sœur Hellé, et s'embarqua pour aller chercher un asile chez son parent Eétès , roi de la Colchide. Pendant le vovage ,

la jeune Hellé tomba du vaisseau dans la mer, et périt dans les flots. La partie de la mer où elle se noya fut depuis ce temps appelée YHellespont.

Telle est l'histoire dont les poètes ont tiré la fable du bélier à la toison d'or. Ils racontèrent que Phryxus et Hellé montèrent sur ce helier pour fuir leur criminelle marâtre, et qu Hellé , effrayée par les flots de la mer , se laissa tomber et périt. Le vaisseau fut désigné par un bélier, parce que la figure de cet animal ornait la proue; on voulut même lui composer une généalogie. L'histoire poursuit son récit , et dit que Phryxus arriva heureusement chez Eétès , où il fit inhumer le corps de sa sœur ; et il consacra la proue de son vaisseau à Jupiter Phryxus, ou le Co?iser~s-'ateuv.

Chalciope , fille d'Eétès, épousa Phrvxus. Les premières années de leur mariage furent heureuses : ils eurent quatre enfans ; mais Eétès , envieux des richesses de son gendre , le fit mourir; et Chalciope, pour dérober ses enfans à la barbare et criminelle avarice de son père , les fit embarquer secrètement et les envoya dans la Grèce. Elle avait appris la mort d'Ino; elle espéra qu'Athamas se l'essouviendrait de son fils, et recevrait bien ses pctitsenfans. Un naufrage les jeta dans une île, où

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ils demeurèrent jusqu'à l'arrivée de Jason. Ce héros se chargea de les ramener à leur mère , et Chalciope, par reconnaissance, favorisa la passion que Jason conçut pour Médée sa sœur.

Dans le même temps, Pélias, parent d'Athamas , gouvernait une partie de la Thessalie ; il avait usurpé la couronne sur Eson, à qui elle appartenait légitimement , et une longue tyrannie l'avait rendu Ihorreur de son peuple. Ayant appris cju'Alcimède , femme d Eson , venait d'avoir un fils , il chercha tous les moyens de le faire périr , parce que l'oracle avait prédit quil serait détrôné par un prince de la race des Eolides. Eson et Alcimède , prévenus contre les mauvais desseins de Pélias , firent courir le hruit que le jeune Diomède ( c'était le premier nom de Jason ) était dangereusement malade ; ensuite ils publièrent sa mort , on fit même la cérémonie de ses funérailles. Alcimède porta son fils sur le mont Pélion , et le remit entre les mains de Ch'iron , Ihomme le plus sage et le plus instruit de son temps. Ce fut sous cet habile maître cpie Jason apprit tout ce qu'il devait savoir pour s'illustrer.

Ce jeune prince, parvenu à l'âge de vingt ans , alla consulter l'oracle. Il en reçut l'ordre de se vêtir à la manière des Magnésiens , d'y

joindre une peau de léopard semblable à celle '.[ue portait Cbiron , de se munir de deux lances , et d'aller dans cet état à la cour d'Iolcbos. Jason remplit fidèlement l'oracle; nfiais, pour aller du mont Pélion à cette ville , il fallait traverser le fleuve Anaure qui était déborde. Junon , dit la fable , déguisée en vieille femme, lui offrit de le porter à l'autre bord. Dans le trajet, le jeune prince perdit un de ses souliers ; l'oracle avait averti Pélias de craindre celui qui paraîtrait devant lui avec un pied nu et l'autre chaussé. Jason cependant arrive dans la place d'Iolcbos. Sa beauté , sa jeunesse et son habillement singulier attirèrent l'attention générale. Pélias voulut recevoir lui-même cet étranger, et, voyant son pied déchaussé , il ne douta point qu il ne fût riiomme dont l'oracle l'avait menacé. 11 prit le parti de dissimuler, et pria l'étranger de lui dire son nom. Jason répondit avec une noble assurance qu'il était le fils d'Eson. Il raconta comment il avait été élevé dans l'antre du centaure Cbiron ; s'adressant ensuite aux principaux de l'assemblée , il s'inforaia de la demeure de son père , se fit conduire auprès de lui , et fut reconnu , sans que le tyran , qui avait remarqué tout l'intérêt qu'inspirait déjà le jeune prince, osât rien entreprendre contre lui.

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Phérès , roi d'une partie de la Tbessaîie , sachant l'arrivée de son neveu , vint à lolchos , accompagné de son fils Admète ; il envoya chercher ses deux autres fils , Nélée et xA.niithaon, qui s'étaient établis dans la Messéuie. Lorsque ces princes furent rassemblés , ils célébrèrent des fêtes pendant cinq jours. Pendant le sixième, Jason prit, avec son père et ses oncles , des mesures pour détrôner l'usurpateur. Accompagné de sa famille, il vint au palais du roi, demanda la couronne qui lui appartenait légitimement , et dit à Pélias qu'il lui abandonnait tous les trésors, et n'avait d'autre ambition que celle de la gloire.

Pélias, haï de son peuple, étonné d'un discours si hardi , n'osa refuser Jason , dont la bonne mine et le courage séduisaient tous ceux qui le voyaient. S'apercevant aussi combien ce jeune prince était avide de grandes actions , il lui dit que le malheureux Phryxus , leur parent, et descendant comme eux d'Éolus , avait été massacré dans la Colchide ; qu'il lui était apparu en songe , lui avait demandé de le venger et de sauver ses enfans , exposés sans cesse à la cruauté d'un t3a'an avide et barbare. Sa vieillesse, ajouta-t-il , ne lui permettait pas défaire ce voyage ; mais il le priait de satisfaire aux mânes de Phryxus , et lui promit de lui remettre la couronne à son re-

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tour. Il raconta ensuite que Phr^^xus, en fuyant Tlièbes , avait emporté une toison précieuse ; qu'il se couvrirait de gloire et serait comblé de richesses s'il en faisait la conquête. Il ne lui dissimula pas la grandeur des dangers qu'il aurait à courir. Le rusé vieillard .savait très-bien que de pareils avis ne feraient qu'exciter l'héroïsme de Jason. Ce jeune prince, en effet , accepta sur-le-champ la proposition ; et, pour donner plus d'éclat à cette expédition , il fit inviter tous les princes grecs à se réunir à lui.

Pendant c|ue l'on se rassemblait autour de Jason , dans la Thessalie , on fit construire un vaisseau propre à un voyage d'aussi long cours , et ce fut le célèbre navire Argo , sur lequel on a conté tant de merveilles.

On varie beaucoup sur l'origine de son nom. Les uns disent c[u'Argus en fit le dessin , et lui donna son nom. D'autres l'attribuent au mot grec argos , vite, léger. Quelques-uns croient qu'il fut construit à Argos; d'autres enfin le font venir du mot argwos , parce qui portait les Grecs.

On varie de même sur les qualités des bois qu'on employa pour le construire ; mais il suffit de remarquer que le màt du vaisseau était un arbre de la foret de Dodone^ ce qui donna lieu à la fable qu'il rendait des oracles.

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La forme de ce vaisseau était longue comme celle des galères de guerre : les vaisseaux marchands avaient ordinairement uneforme ronde.

On porte à cinquante-deux le nombre de ceux qui s'embarquèrent pour cette expédition. On voulut d'abord déférer l'honneur du commandement à Hercule ; mais il désigna lui-même Jason pour chef, comme étant la cause première de l'entreprise. Typhis, habile marin , qui passait en conséquence pour fils de Neptune, fut choisi pour pilote; Lyncée, dont les yeux étaient très-perçans , découvrait les écueils ; et Orphée , par son chant et les accords de sa lyre , charmait les ennuis de la navigation.

Nous ne donnerons pas l'histoire particulière de tous les Argonautes; nous observerons seulement que tout ce que la Grèce possédait alors de plus distingué par la naissance et la valeur, voulut assister à cette expédition.

L'art de la navigation était alors si peu connu, que Ion s^écartait rarement delà vue des côtes. On consulta le célèbre centaure Chiron sur la marche à tenir; on le pria de faire un nouveau calendrier et de réformer Tancien; il l'apporta dans le moment où l'on venait d'achever les sacrifices. Il donna ses conseils , et ses vœux accompagnèrent les

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adieux rju'il fît à son élève Jason, qu'il chérissait beaucoup. L'histoire assure que Chiron était alors chargé de l'éducation d'Achille, preuve certaine que l'expédition des Argonautes eut lieu peu de temps avant la guerre de Troie, dont Achille fut le héros le plus illustre.

La navigation des Argonautes fut d'abord heureuse. Bientôt une tempête les força de relâcher dans l'île de Lemnos. Les femmes de cette île , dit la fable, ayant manqué deres- ])ect à Vénus, cette déesse les en punit en inspirant à leurs maris de les abandonner pour des esclaves de Thrace. Les Lemniennes , outrées de ce mépris , profitèrent d une absence du plus grand nombre de leurs époux pour égorger les hommes qui restaient. La seule Hypsipyle sauva la vie à son père Thoas , roi de l'île. Cet événement est rapporté par tous les auteurs anciens. Les Argonautes arrivèrent dans ces circonstances. Les Lemniennes, croyant que c'étaient leurs maris, se ^préparèrent à les combattre; mais ayant connu que c'étaient les Argonautes , elles les reçurent favorablement.

De Lemnos on fit voile pour la Samothrace, afin d'accomplir un vœu d Orphée , formé pejfidant la tempête, lis allèrent d'abord au pays des Tyrrhcniens , qui leur livrèrent un

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combat sanglant, où tous les héros furent blessés, à l'exception de Glaucus, qui disparut et donna lieu à la fable que nous avons déjà citée , et qui le place au nombre des dieux de la mer. De là les Argonautes entrèrent dans l'Hellespont, tournèrent du côte de l'xAsie , et abordèrent au-dessus de la Troade. Ce fut là qu'Hercule, Hylas et Télamon les abandonnèrent. On ne regretta point Hercule , parce c|U il consommait à lui seul une grande partie des vivres.

Les Argonautes abordèrent à Cysique, ville située au pied du mont Dindyme, et dont Cysicus était roi. Ils y trouvèrent des géans à six bras et à six jambes ( c'est-à-dire des vaisseaux et des galères). Le roi les reçut favorablement, et leur donna des vivres. Ils partirent de Cysique; mais un vent contraire les ayant forcés de rentrer pendant la nuit , Cysicus , qui les "croyait déjà fort éloignés , les prit pour les Pélasges , ses ennemis naturels ; il voulut les comliattre, et fut U.ié par Jason lui-même.

Ce prince, pour expier son crime involontaire , fit de magnifiques funérailles à Cysicus ; ensuite il offrit un sacrifice solennel à la mère des dieux , et lui fit bâtir un temple sur le mont Dindyme. Clité, fem.me de Cysicus, ne put survivre à la mort de son époux ,.

«die mourut de douleur et de regret très-peu de temps après lui.

De Cysique les Argonautes allèrent dans la Bébricie, premier nom de la Bitliynie. Amicus y régnait. Ce prince excellait au combat du ceste. Il fit un défi que Pollux accepta ; mais , Amicus ayant tendu des embûches , Pollux et ses compagnons tuèrent ce roi perfide. En sortant de ses états , un coup de vent les jeta sur les côtes de Tlirace , où régnait Phinée, prince vieux et aveugle, que les Harpies tourmentaient sans cesse. Ici la fable se mêle continuellement avec 1 histoire ; mais il sera facile de ne pas les confondre ensemble.

Phinée avait eu deux fils d une première femme. Idéa, fille de Dardanus, sa seconde femme , peignit ces deux enfiins sous les couleurs les pkis noires ; elle parvint à persuader au faible et crédule Phinée qu'il pourrait se Garantir des danners dont ses enfans le menaçaient , en leur faisant crever les yeux. Cette exécution barbare eut lieu. Borée, leur oncle , accourut de la Thrace , où il régnait , pour venger ses neveux ; il vainquit Phinée , et lui fit aussi crever les yeux.

Les Argonautes arrivèrent depuis cette punition ; Phinée les reçut favorablement, et leur donna même un pilote pour les conduire \

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à travers les roches Cyanées et Symplégades, qui étaient très-dangereuses. Ce bon service excita la reconnaissance des Argonautes : ils déterminèrent Calais et Zéthès , fils de Borée, qui avaient des ailes ( c'est-à-dire des vaisseaux à voiles) , à poursuivre les Harpies ( c'est-à-dire les corsaires qui désolaient le pays). Ils les chassèrent efïectivement jusqu'aux îles Strophades, où il les perdirent de vue.

Ce fut alors que Phinée , reconnaissant , leur donna des pilotes pour les conduire au travers des Cyanées, que 1 on nommait Symplégades, parce que les rochers semblaient s'entrechoquer. Les Argonautes , effrayés à la vue de ce détroit , lâchèrent une colombe qui le traversa heureusement et leur servit de guide. Cette colombe, dont parle la fable , était le bâtiment léger que Phinée avait donné pour indiquer la route qu'il fallait suivre.

Cet essai des Argonautes fit connaître ce nouveau passage, et les Grecs s'en servirent depuis pour établir leur commerce le lonc; des côtes du Pont-Euxin.

Au sortir de ce passage , les voyageurs tournèrent du côté de l'Asie , et abordèrent au pays des Mariandyniens , où Lycus , leur roi , les reçut très-bien. Ce fut là que mou-

rut le pilote Typliis; il fut remplacé par Ancée. Une tempête les força d aborder à l'île d'Arécie , où ils trouvèrent les enfans de Phryxus , qu'Eétès , leur aïeul, envoyait recueillir la succession de leur père. Les Atç^onautes les emmenèrent avec eux dans la Colchide ; mais, en quittant cette île^ ils eurent à soutenir un rude combat contre ses habitans. La fable peignit ce combat en disant qu'ils y trouvèrent des oiseaux qui leur lançaient des plumes meurtrières. C est ^ainsi qu'elle désigna les flèches qu'on leur décocha pendant le combat. Les xVrgojiautes arrivèrent enfin jusqu'au port de la ville d'.Ea, capitale de la Colchide, théâtre de leurs grandes aventures.

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