‹ La mythologie comparée avec l'histoire;Chapitre 118 sur 151 · ARRIVÉE DES ARGONAUTES DANS LA COLCHIDE · texte numérisé non relu

ARRIVÉE DES ARGONAUTES DANS LA COLCHIDE

Éétès, averti de 1 arrivée de Jason et des motifs de son voyage, ne songea quau moyen de le faire périr, ou du moins de 1 engager à renoncer au dessein de lui redemander les trésors de Phryxus. Il lui prescrivit des conditions qui paraissaient impossibles à remj^lir. Avant de rapporter ces conditions et toute cette fabuleuse relation , il est nécessaire d'observer

([iielle était écrite en langue phénicienne. Cette langue, apportée dans la Grèce par Catlmus, avait infiniment de mots équivoques, et dont le sens n'était plus connu. Il n'est doncpoint surprenant que l'imagination des poètes ait mêlé tant de fables et de merveilleux aux vérités de 1 histoire.

Cette conquête célèbre donna lieu à plusieurs poëmes et à plusieurs tragédies dans lesquels les événemens furent altérés. On trouve même avec regret la preuve que le fameux tragique Euripide se laissa gagner par l'argent des Corinthiens , pour flétrir la mémoire de Médée. Nous donnerons ces détails à l'histoire de cette princesse , et nous allons poursuivre les récits mêlés de fables qu il est indispensable de connaître.

Apollonius de Rhodes et Onomacrite racontent que Junon et Minerve , chérissant écaleraent Jason , convinrent ensemble qu'il fallait inspirer à Médée une grande passion pour ce héros , parce qu'elle connaissait l'art des enchantemens , et pourrait le garantir de tous les périls. Médée , déjà prévenue par sa sœur Chalciope en faveur de Jason , le rencontra dans le temple d Hécate , où un et l'autre allaient im]>lorer le secours de la déesse. Jason , charmé à la vue de Médée , lui demanda son secours: elle le promit, à condi-

lion qu'il lui donnerait sa foi. Après des sermens mutuels , ils se séparèrent , et Médée cherclia tous les moyens de sauver son époux.

Pour conquérir la Toison d'Or, il fallait d'abord mettre sous le joug^deux taureaux, présent deVulcain, qui avaient des pieds et des cornes d'airain : ils vomissaient des toFrens de flammes. Après les avoir soumis , on devait les attacher à une charrue de diamant , et les employer à défricher quatre arpens d'un champ consacré au dieu INIars, et qui n'avait jamais été labouré. Après ce travail , il était ordonné de semer dans cette terre des dents de dragon ; elles devaient sur-lechamp produire des hommes armés, et Jason était forcé de les exterminer sans qu'il en restât un seul. Après ces obstacles , il fallait encore combattre et détruire le dragon qui veillait à la conservation de la Toison-d Or. Ces travaux prodigieux devaient tous être exécutés pendant la durée d'un seul jour.

Jason, fort de son courage et certain des secours de Médée, accepta toutes les conditions ; le champ de Mars fut ouvert. Le roi de Colchos se rangea d'un côté, et les Argonautes de l'autre. Les deux taureaux s élancèrent dans larène ; Jason leur présenta les câteaux composés par Médée , avec du miel et de la farine. Aussitôt leur fureur s apaisa ;

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ils présentèrent d'eux-mêmes leurs têtes pour recevoir le joug. Le champ fut labouré , les dents de dragon furent semées , les hommes armés parurent; Jason jeta une pierre au milieu d'eux, et, dans cet instant, leur fureur devint si grande qu'ils s'entre-tuèrent. Jason marcha ensuite vers le dragon qui veillait à la garde de la Toison-d Or. Il l'assoupit en lui présentant un breuvage préparé par Médée, et la fameuse Toison-dOr devint sa conquête. {Fig. 74.)

Le jour même de ses victoires, Jason ne songea qu'à fuir Eétès , dont il craignait la perfidie. Il retourna dans son vaisseau; Médée le rejoignit, et ion mit à la voile pour fuir les côtes de la Colchide.

Ce récit paraît n'être qu'un jeu de l'imagination ; mais le célèbre Bochard , qui connaissait parfaitement le génie des langues orientales et leurs véritables significations , trouve dans les mots phéniciens l'explication de ces fables. Après avoir fait les rapprochemens de ces mots , il parvient à prouver que les Arûonautes livrèrent un combat sandant dont ils sortirent victorieux.

On variait beaucoup sur l'idée qu'il fallait attacher à la Toison-d Or. Quelques auteurs croient que , dans la Colchide, plusieurs ruisseaux rouL'iient des paillettes d'or avec leurs Tome ii. {>

sables. On tendait au fond de ces eaux des peaux de moutons garnies de leurs laines , elles arrêtaient les paillettes , et Éétès s'éLiit servi de ce moyen pour augmenter ses richesses. Les alchimistes et les faiseursd'or prétendaent que cette toison était un livre dans lequel était écrit le secret nécessaire pour convertir tous les métaux en or ; mais cette dernière idée ne mérite aucune croyance.

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