‹ La mythologie comparée avec l'histoire;Chapitre 120 sur 151 · SUITES DES AVENTURES DE JASON ET DE MÉDÉE · texte numérisé non relu

SUITES DES AVENTURES DE JASON ET DE MÉDÉE

L'histoire de Jason, depuis son retour de la Colchide , et celle de Médée , sont rapportées si diversement , qu'il est bien -difficile de distinguer la vérité.

Quelques historiens, les poètes surtout, peignirent Médée comme la meurtrière de son frère- Ils disent qu'elle fit égorger Pélias par ses proj^res filles , en leur donnant Ihorrible conseil de le couper en morceaux et de mettre ses jpembres dans une chaudière d'eau bouillante. Les herbes qu'elle leur avait indiquées avaient , disait-elle , la propriété de rajeunir. Ces mêmes poètes racontent qu'elle fit périr misérablement Glaucé , sa rivale , fille de Créon, et que sa jalousie furieuse lui fit immoler elle-même les deux enfans qu'elle avait eus de Jason.

D'autres auteurs lui donnent des éloges , assurent qu'elle aimait la vertu , et lui reprochent seulement d'avoir trop écouté son amour pour Jason , qui 1 abandonna lâchement , malgré les deux gages qu'il avait eus de sa tendresse. Ils se plaisent même à la

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peindre employant tous les secrets qii elle avait appris de sa mère Hécate, à soulager et guéiir ceux qui venaient la consulter. Enfin, ils rapportent que cette reine malheureuse et persécutée, après avoir eu vainement recours aux garans des promesses et des sermens de son époux, fut obligée d'errer de cour en cour pour obtenir un asile.

En lisant ceux des poëtes qui l'ont chargée de tous les crimes , on s'aperçoit qu'ils n'ont pu s'empêcher d'avouer ciu'eïle était née vertueuse, qu'elle n'avait été entraînée au vice que par une espèce de fatalité, ou par le courroux des dieux ; par celui de Vénus surtout , qui persécuta sans cesse la race du Soleil , pour avoir découvert ses liaisons avec Mars. Ces détails poétiques rapprochés avec 1 histoire , font apercevoir que les anciens tragiques , pour donner plus de pathétique à leurs pièces, ont entièrement défiguré 1 histoire de cette princesse , afin de mieux inspirer la terreur ou la pitié. Quelques historiens s'ajjpuyant sur des relations infidèles , ont fait passer jusqu'à nous Ihistoire de Médée sous les couleurs les plus odieuses, et les tragiques modernes les ont imités. Nous allons citer quelques-unes des preuves qui portent à croire que Médée n'a pas été aussi coupable qu'on l'a peinte.

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Nous avons déjà fait observer qu'Absyrthe avait péri dans un combat naval long- temps après l'instant où quelques poètes le disent assassiné par Jason et Médée. On ne peut donc accuser Médée de ce crime.

Pélias, coupé en morceaux par ses filles, d'après les conseils de Médée, est un fait entièrement dénué de vérité. Ce prince fut mis à mort par Eson qui lui fit avaler du sang de taureau : il n'existait plus lors du retour des Argonautes. Nous avons déjà vu que ces héros, d'après Ja prière d'Acaste, célébrèrent ses funérailles avec la plus grande pompe. Jason et Médée s'y trouvèrent sans aucune surprise ni réclamation de la part de ce prince , fils de Pélias.

L'histoire apprend l'origine de cette fable. Elle rajîporte qu'après la mort de Pélias et d'Eson , Acaste et Jason se disputèrent la couronne ; le parti d'Acaste fut le plus fort ; Jason et Médée furent obligés de s'éloiener; ils s'embarquèrent sur un vaisseau nommé le Dragon, et vinrent à Corinthe, où Créon, qui y régnait, n'osa leur refuser un asile, parce que Médée avait des droits à cette couronne. Ces droits paraissaient d'autant plus réels , qu'Eumélus , historien très-grave , et originaire de Corinthe , assure que Médée partagea ce trône avec Créon. Diodore de Si-

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cile dit que les Corinthiens eux-mêmes engagèrent INlédée à quitter lolcbos pour venir prendre possession d'un trône qui lui appartenait. Il ajoute que Jason et Médée vécurent pendant dix années dans cette ville de la manière la plus unie , et qu'ils y eurent deux enfans ; ce fut alors que Jason , s'abjindonnant à son infidélité, perdit le souvenir de tout ce qu'il devait à Médée. Il viola les lois sacrées du mariage , très-respectées alors, il épousa Glaucé , fdle de Créon , et répudia Médée.

Telle est l'histoire que les poètes défigurèrent dans leurs fables, leurs poèmes et leurs tragédies. Médée, selon eux , donne à sa rivale une robe empoisonnée, semblable à la tunique de INessus, qui fait mourir Glaucé dans les douleurs les plus cruelles. Elle embrase le palais de Créon ; il périt au milieu des flammes; et, ne se croyant pas encore assez vengée , elle déchire de ses propres mains ses deux fils , Phérès et Mémercus. Epouvantée de tant de crimes, et redoutant les fureurs de Jason , elle a recours à sa science magique : un char traîne par des dragons l'enlève au milieu des airs, et la transporte auprès d'Hercule, dont elle implore la vengeance; le héros la repousse avec indignation; et, devenue Ihorreur et l'eflroi du

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monde , elle vint chercher un asile dans Athènes.

Rien, dans l'histoire, ne constate l'horrible événement si connu sous le nom des Adieux de 3Iédée. Une tradition constante assurait que, soit pour venger la mort de Créon , dont Médée était soupçonnée , soit pour éviter la guerre que pouvaient exciter les droits à la couronne qu'avaient les enfans de cette princesse, les Corinthiens massacrèrent euxmêmes les deux jeunes princes. Ils s'étaient vainement réfugiés dans le temple de Junon le peuple les arracha de cet asile sacré, et les mit en pièces. Peu de temps après il survint une peste; les Corinthiens allèrent consulter l'oracle , qui leur répondit que leurs maux ne finiraient qu'après c£u'il auraient expié leur horrihle sacrilège. Ce fut à cette occasion qu'ils instituèrent une fête qui subsista très-long-temps après. Pausanias rapporte qu'ils olirirent des sacrifices en l'honneur des enfans de Médée , et leur consacrèrent une statue représentant la Peur. Elle subsistait encore de son temps. En mémoire de ce crime, et pour 1 expier, les Corinthiens faisaient porter le deuil îr leurs enfans , et leur coupaient les cheveux jusqu'à un certain âge. Ces fêtes, celte statue, ces sacrifices , ces coutumes , sont des monumcns

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])eaucoiip plus croyables que les fictions des poëtes.

Le brillant génie d'Euripide n'a pu détruire les inonuniens et les écrits de son temps , et l'on trouve dans plusieurs auteurs anciens, que les Corintbiens ayant appris qu'Euripide avait cboisi IMédée pour en faire le sujet d'une de ses tragédies, lui offrirent et lui firent accepter cinq talens , à condition que le poëte emploierait tout son art à les justifier d'un crime C[ui rendait la mémoire de leurs pères odieuse et méprisable à toute la Grèce

Long-temps après , une nouvelle fable vint encore flétrir la mémoire de Médée. On la trouve dans Ovide. Médée dit-il , après avoir massacré les enfans de Jason , vint se réfugier à Athènes, et prit assez d'empire sur Egée pour le décider à l'épouser. Dans ces entrefaites , continue-t-il , Thésée se présenta pour la première fois devant Egée. Il apportait avec lui l'épée qui devait le faire reconnaître pour le fils d'Éthra et d'Egée.

Médée, pour qui rien n'était caché , essaya de persuader au roi d'Athènes qu'il devait empoisonner ce jeune prince dans un festin. La coupe fatale fut préparée ; mais le héros s'étant fait reconnaître, comme nous l'avons déjà dit, Médée, honteuse de n'avoir pu con-

sommer ce" nouveau crime , s'envola sur le même cLar dont elle s'élait servie pour fuir la colère de Jason.

Cette fiction tombe d'elle-même, quand on se rappelle qu'Egée se précipita dans la mer qui porte son nom, lorscju'il vit revenir , couvert de deuil le vaisseau qui avait conduit Thésée à l'île de Crète , pour l'expédition contre le Minotaure. Cet événement , qui s était passé pendant la première jeunesse de Thésée, était fort antérieur à celui où Jason abandonna Médée pour la fille de Créon, et la força de se réfugier à Athènes. Thésée, d'ailleurs, était le compagnon des Argonautes. Il est étonnant cju'une aussi forte contradiction n'ait point suffi pour arrêter 1 imagination des poètes.

On n'entend plus parler de INIédéc depuis son arrivée dans Athènes. Quelques auteurs, en petit nombre, disent cependant, mais sans aucune preuve , c|u'elle traversa la mer et alla se réconcilier avec Jason; cpiils retournèrent dans la Colchide, où ils rétablirent Éétèssurle trône dont il avait été renversé par une faction : ils ajoutent que Jason s acquit une gfande gloire par ses conquêtes clans la basse Asie; c[u'on l'y honora comme un dieu, et ([u après sa morl, ÎNIédus, son fils, bâtit la ville de Médée en l'honneur de sa mère.

et transmit son nom aux Mèdes. Mais toutes les traditions de la Grèce s'accordent pour dire que Jason mourut dans la Thessalie. Elles assurent que pendant le reste de sa vie il fut toujours errant, et que se reposant un jour sur le bord de la mer , à l'abri du navire Argo, une poutre s'en détaclia et le lit périr. Ce dernier récit paraît le plus croyable.

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