HISTOIRE DE CASTOR ET POLLUX
Castor etPollux se signalèrent par tant de belles actions , qu'ils méritèrent de passer pour les fils de Jupiter. Ils eurent pour sœurs Hélène et Clytemnestre.
La fable dit c[ue Jupiter s'étant métamorpliosé en cygne , Vénus prit la forme d'un aigle et se mit à sa poursuite ; il vint se réfugier auprès de Léda , et quelque temps après on publia que Pollux et Hélène , Castor et Clytemnestre, étaient nés de deux œufs. Pollux et Hélène furent regardés comme appartenant à Jupiter; Castor et Clytemnestre passèrent pour être les enfans de Tyndare.
Pour expliquer cette fable, il faut ol)server que, dans ce temps, on trouvait dans les palais des cbambres qui avaient la forme d'un ceuf. La forme de ces appartemens a ])eut-
être suffi pour donner lieu à la fable que nous venons de citer.
Ces princes et princesses naquirent dans la Laconie, près de Sparte , sur les Lords du fleuve Eurotas. On rencontrait toujours une grande c[uantité de cygnes sur ce fleuve, et les poètes eurent l'idée de faire entrer un cygne dans leur fable. La beauté de Léda , la blancheur et la belle forme de son cou, la firent comparer à un cygne ; et ces diverses circonstances embellies par les poètes, produisirent la fable de Jupiter et de Léda.
Quoi qu'il en soit , l'héroïsme de Castor et de Pollux les fit croire enfans de Jupiter , et leur mérita le nom de Dioscures , qu'ils portèrent dans la suite , et sous lequel ils furent honorés.
Ce fut dans le voyage de la Colchide que ces deux héros se distinguèrent le plus. Pendant la tempête qui pensa causer la perte du navire Argo,ils firent, avec Orphée, les vœux de s'initier aux mystères de Samothrace. Les dieux qu'on adorait dans ce pays se nommaient Cabires , et passaient pour être les fils du Vulcain Egyptien , adoré dans l'Egypte comme le plus puissant et le premier des dieux.
Rien n'était plus célèbre et plus sacré que ces mystères de Samothrace. On leur croyait
'^Uete de la ToUV^^
AVEC l'histoire. 135'
surtout le pouvoir de rendre les dieux propices pendant les grandes navigations- Dans ce voyage , Pollux tua le fameux Amycus , qui défiait tout le monde au combat du ceste. Cette victoire , et celle qu'il remporta aux jeux olympiques qu'Hercule fît célébrer en Elide , le firent rei^arder comme le patron des athlètes. Pendant ces mêmes jeux, Castor, son frère, se distinguait à la course et dans l'art de dompter les chevaux.
Après le voyage de la Colchide , ces deux héros se rendirent très -redoutables sur la mer , et purgèrent l'Archipel des corsaires qui linfestaient. Ce service les fit placer, après leur mort^ parmi les divinités favorables aux uautoniers. On crut leur devoir cet honneur, parce c[ue , pendant la tempête qui menaça le navire Argo, on aperçut des feux voltiger autour delà tête des Tyndarides, et l'instant d'après l'orage cessa. Depuis ce temps, les feux que l'on voit souvent sur la terre se nommaient les feux de Castor et Pollux. Lorsqu'on en voyait deux à la fois, ils annonçaient le retour du calme ; un seul faisait présager une horrible tempête. Les matelots voyaient souvent de ces sortes de feux , et les nomment aujourd'hui le feu saint Elme et le feu saint Antoine.
Ces deux princes prirent la ville d'Aphidnes, pour venger une injure faite à leur sœur. Ils se contentèrent de punir les coupables. Les Athéniens , charmés de cette modération, instituèrent des fêtes en leur honneur , sous le nom ^Anacèes , qui vient de roi.
Bientôt après ils furent moins sages et nioins modérés. Ayant été invités , comme parens , aux noces d Idas et de Lyncée , ils enlevèrent Phœbé et Hilaïre , filles de Leucip pus. Idas et Lyncée , à qui elles étaient promises , poursuivirent les ravisseurs. Castor tua d'abord Lyncée; mais Idas vengea son frère, et tua Castor. Pollux, accouru trop tard, vengea Castor en tuant Idas.
Pollux j dit la fable, était immortel en sa qualité de fils de Jupiter; il pria son père de le faire mourir, ou de lui permettre de partager son iinmortalité avec son frère. Jupiter exauça la prière de Pollux. Ils se succédaient alternativement sur la terre et dans le royaume des morts. Cette fable est fondée sur ce qu'après leur mort on les représenta par le signe des Gémeaux; et comme l'une des deux étoiles de ce signe se cache sous Ihorizon, tanJis que l'autre paraît , ou imagina le prétendu ])artage de l'immortalilé.
L'histoire dit que l'un et l'autre furent enterrés près de Scyades , bourg de Laconie;
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et par une bizarrerie ordinaire à ces temps, leur temple se trouvait à côté de leur tombeau. On les honora d'abord comme des héros ; la Grèce finit par les admettre au nombre de ses grands dieux ;. et les Romains , imitateurs des Grecs , les honorèrent de même.
On croyait qu'ils apparaissaient souvent aux hommes; on les représentait ordinairement à cheval, ou sous la figure de deux jeunes hommes , avec un bonnet surmonté d'une étoile. [Fig.lb.) Cette manière de les représenter prouve que l'art de l'équitation était antérieur au siège de Troie.
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HISTOIRE DORPHEE.
Quelques savans, d'après un passage de Cicéron , ont douté de l'existence d'Orphée j mais cette opinion ne peut prévaloir contre celle de toute l'antiquité et des historiens les plus graves : on le trouve sur toutes les listes des Argonautes qui ont été conservées. Quelques savans comptent même cinq Orphée , dont ils racontent les aventures particulières ; ce qui les porte à croire qu'il en a été de ce personnage célèbre comme d'Hercule , et
(£ue l'on a rassemblé dans l'histoire d'un seul homme les actions de plusieurs.
Orphée était fils dOEa^re, roi de Thrace , et de la muse Calliope L'éclat de ses talens le fit regarder comme fils d'Apollon. Musée était son lîls. L'application d'Orphée aux matières de religion, ses divers voyages pour s'y perfectionner , lui obtinrent de joindre la f£ualité de pontife à celle de roi. Ou le regardait comme le ministre et l'interprète des dieux. Avant lui, la flûte était presque le seul instrument en usnge ; il inventa la cythare, et l'on publia qu'Apollon et Mercure lui en avaient fait présent. Il ajouta deux nouvelles cordes à la lyre. Orphée eut souvent des imitateurs , mais jamais de modèle ; c'est à lui qu on attribue linvenlion des vers hexamètres. Il fut à la fois grand théologien , grand philosophe et grand musicien. Il peignait l'origine du monde en disiint qu'un grand œuf avait produit l'amour, et que l'amour était le principe de tous le^s êtres. Cette définition , qui nous a été laissée par l'un des plus grands hommes de l'antiquité ;, prouve combien le génie luimême , abandonné à ses seules forces et h ses seules combinaisons , est incapable de s'élever jusqu'à l'idée d'un seul Dieu créateur et tout-puissant.
AVEC l'histoire. 139
OEa£^Te, son père, lui donna les premières idées de religion, en 1 instruisant des mystè res de Bacclius , tels qu'on les pratiquait alors dans la Tlirace. Il devint ensuite disciple des Dactyles Idéens. Ce fut surtout pendant son voyage dans I Egypte qu'Orphée apprit à connaître les mystères d Osiris ou Bacclius, et ceux d'Isis ou Cérès. 11 acquit sur les initiations , sur les funérailles et sur d'autres points du culte religieux , des lumières fort supérieures à celles qu'il avait eues jusqu'alors. Ce fut de là qu'il rapporta la fable des enfers, les orgies et les autres cérémonies que la Grèce adopta par la suite. Musée, son fils, Mélampus et plusieurs autres Grecs après lui, firent ce même voyage.
Orphée , de retour dans la Grèce , s'y rerrdit respectahle , en persuadant qu'il connaissait les moyens d'expier les crimes , de purifier les coupables , de guérir les maladies inconnues et de fléchir la colère des dieux. Les cérémonies funèbres des Egyptiens lui fournirent les images avec lesquelles il peienit l'enfer. Ce arand homme re2;arda ce moyen comme le frein le plus puissant que l'on put opposer au crime. Chez les Eginètes, il institua les mystères d'Hécate, et ceux de Gérés à Sparte. Il fit des changemens si avantageux dans la religion des Grecs , qu'on
doit le regarder comme le plus grand et le premier de leurs réformateurs. Il perfectionna aussi la manière de vivre de son temps. Ses talens, et les grands biens qu'il fit à la société, le rendirent l'un des hommes les plus justement célèbres.
Ayant eu la douleur de perdre sa femme Eurydice , qu'il aimait beaucoup , il alla dans un lieu de la Thesprotie, nommé Pornos. Un ancien oracle y rendait ses réponses , et prétendait avoir la puissance d'évoquer les morts. Orphée crut effectivement revoir Eurydice, et l'avoir retrouvée; mais l'illusion ne dura qu'un instant : elle disparut à ses yeux; il se retourna vainement pour la revoir ; le désesjooir s'empara alors de son cœur , et la mort le rejoignit bientôt à son épouse.
D'autres auteurs content différemment sa mort. Ils disent que les femmes de Thrace, outrées de voir leurs maris les abandonner pour suivre Orphée , lui tendirent des embuscades et le déchirèrent, après s'être emparées de lui. Plutarque assure ce fait, et dit que les hommes le vengèrent en maltraitant leurs femmes.
Quelques auteurs, d'accord avec Plutarque sur le genre de sa mort , prétendent cju'il fut massacré en Macédoine ; Ion voyait effective-
AVEC l'histoire. 141
ment son tombeau auprès de la ville de Dion. Il consistait en une simple colonne qui portait une urne de marbre.
Le voyage d'Orphée dans la Thesprotie donna lieu à la fable de sa descente aux Enfers. Orphée , dit Virgile , par le charme de ses chants , suspendit les tourmens des coupables dans les Enfers. Pluton lui-même ne put lui résister , et lui permit d'emmener Eurydice , mais à la condition qu'il ne regarderait point derrière lui. Sa tendresse inquiète ne put se contenir ; il oublia sa promesse , et perdit une seconde fois Eurydice.
Du temps d Orphée , la magie et l'évocation des morts étaient fort en usage; telle fut sans doute l'origine de la fable d Orphée retrouvant Eurydice. Quelques auteurs lexpliquent différemment , et disent qu'Eurydice fut effectivement mordue par un serpent. Orphée Li guérit ; mais une seconde maladie , qui survint peu de temps après , lui donna la mort , et fit imaginer la fable d'une rechute dans les Enfers.
Les poésies d'Orphée étaient en petit nombre et très-courtes. Les Lycomides ( famille athénienne) les savaient par cœur , et les chantaient en célébrant leurs mystères. Ces hymnes n'avaient point l'élégance des vers d'Homère : cependant la religion les avait adop-
142 LA. MYTHOLOGIE COJîPARÉE
tés et n'avait point fait cet honneur airx poé<? sies d'Homère.
Il ne reste aucun des ouvrages d'Orphée.
Les ylrgonautiques et les Orphiques sont d'Onomacrite , contemporain de Pisislrate , ou de quelqu'autre auteur inconnu. La fable qui peint Orphée attirant à sa suite les animaux les plus féroces et les rochers ( Fig. 76.), est une allégorie pour peindre combien il excellait dans la musique ; ejle exprimait en même temps qu'il employait ses talens à polir les mœurs farouches de son temps.
Orphée était contemporain des Argonautes. Le charme et les illusions attachés à son souvenir faisaient dire , et persuadaient même , c[ue les rossignols qui habitaient autour de son tomlieau surpassaient tous ceux cUi reste du monde par la force et la beauté de' leur chant. On ne se promenait point sous les ombres du bois sacré qui environnait son urne sans éprouver un respect religieux ; et liraagination , entraînée par une douce et tendre mélancolie, croyait, au moindre bruit, entendre encore les soupirs d'Orphée , ou revoir l'ombre errante d'Eurydice.
AVIC L HISTOIRE. 143
CHASSE DE CALYDON ; MÉLÉAGRE , ATALA?sTE.
L'histoire de cette cliasse se trouve dan^ Homère ; nous allons donner son récit , auquel il ne mêle d autre fiction que lintervention de la déesse Diane. Nous rapporterons ensuite ce que les autres poètes ont ajouté.
« Les Curetés et les belliqueux Etoliens se >) faisaient une ffuerre cruelle sous les murs de » Calydon. Les Etoliens défendaient la ville , » et les Curetés 1 attaquaient avec toutes leurs » forces. Diane avait suscité cette guerre pour » se veriser d'OEnée , qui l'avait oubliée dans » ses sacrifices. La déesse , indignée de voir » ses autels délaissés , envoya un sanglier » monstrueux qui bouleversa les terres , dé- » racina les arbres et ravagea les campagnes. f< Le brave Méléagre , fils d OEnée, rassembla )) une armée de chasseurs pour attaquer et » détruire cet animal terrible, dont les car- » naines couvraient déjà l'Etolie de bûchers et » de deuil. Le sanglier fut tué par les coups » de Méléagre. Mais Diane n'était pas satis- » faite. Les Etoliens et les Curetés, excités par » la déesse, se disputent entre eux la dépouille » du monstre ; rien ne peut terminer ce violent
» différent ; la guerre s'allume , et les combats » commencent.
» L'illustre Méléagre, à la tête des Etoliens, » ne se laisse point efirayer parle grand nom- » bre des Curetés ; et , lorsc[u'il fait des sorties » pour repousser leurs attaques , rien ne les » met à l'abri de ses coups. Ce fut dans l'un de « ces combats sanglans qu il mit à mort les » deux frères de sa mère Althée. Cette reine, » désespérée de cette perte , s'abandonne à la » colère qui s'allume au fond de son cœur ; et , » prononçant les plus horribles imprécations, » elle conjure Proserpine et Pluton d'envoyer » la Mort pour la venger de son propre fils. » La Discorde féroce et sanguinaire planait » alors au milieu des airs ; elle écoute les cris » d' Althée , elle se plaît aies répéter ; le bouil- » lant Méléagre les entend , son cœur s'en » indigne , et la Furie saisit ce moment pour » lui inspirer la volonté d'abandonner les » Etoliens aux attaques de leurs ennemis. Il » s'enferme avec sa femme Cleopâtre , et ne » veut plus même conjiaître cruelle est lissue » des combats qui se donnent. Son absence » rend tout le courage aux Curetés ; ils re- » doublent leurs attaques et leurs assauts ; les » Etoliens sont prêts à succomber. Les plus » sages vieillards alors, et les prêtres les plus » vénérables , sont députés vers Méléagre ,
AVEC l'histoire. 145
r> pour lui demander de sauvei' Galydon . OEnée, » consterné du danger qui menace ses sujets » et sa ville , se jette aux genoux de son fils. » Les frères de Méléagre joignent leurs sup- » pîications à celles du roi ; sa m^re elle-même^ » touchée de repentir, répand des larmes de- » vaut lui : rien ne peut le toucher; il de- » meure inflexihle. Cependant les Curetés, » déjà maîtres des tours de la ville , se pré- » sentent aux avenues du palais ; déjà leurs » mains sont armées de torches pour l'embra- » ser : ce fut alors que la belle Cléopâtre , >^ se jetant à ses pieds ;, le conjura de la sau- » v-er des dangers affreux qui la menaçaient. » Méléagre , attendri par tant de soumission » et de larmes , reprend enfin ses armes ; on » voit ses yeux étinceler de fureur ; il s'é- )^ lance au plus fort du combat; rien re peut » résiste^" à la force de ses coups; partout il » porte la mort et l'effroi; les Curetés ne son- » gent plus C£u'àla fuite, et Calydon est sauvé » par son bras invincible. »
Dans ce récit d Homère , 1 intervention de Diane tient seule à la fable. Le reste des événemens est conforme à 1 histoire. Ce poëte nomme les principaux chasseurs , parmi lesquels on remai'que Thésée et la belle Atalante , si célèbre par sa légèreté à la course. Ce fut à ses pieds que Méléagre apporta la Tome h. 7
146 LA M-i'TIJOLOGIE COMPARÉE
dépouille du sanglier de Calydon , cause fatale de la mort de ses deux oncles Plexippe et Toxée.
Ovide et les poètes postérieurs à Homère ont ajouté beaucoup à cette histoire. Ce sont eux qui ont imaginé la fable du tison fatal auquel était attaché le sort de Méléagre. Ils disent qu'à l'instant où ce héros vint au inonde, les Parques mirent dans le feu un tison, et prédirent que ce prince mourrait aussitôt que le tison serait réduit en cendres. Les Parques ensuite commencèrent à filer ses jours, et le tison s'enflammait déjà lors- <|u'elles s'éloignèrent de l'appartement d'Alihée. Cette princesse aussitôt s'élança vers le feu , s'empara du tison , et le conserva soigneusement , pour prolonger les jours de son fils ; mais lorsque Méléagre eut tué ses deux oncles qui lui disputaient la dépouille du sanglier, Althée rencontra les corps de S€s deux frères , dans l'instant où elle allait remercier les dieux de la victoire de son fils. N'écoutant plus alors que sa bouillante fureur , elle jeta dans le feu le tison auquel tenaient les jours de Méléagre ; et ce prince périt en peu d'instans , comme s'il eût été consumé par le feu. La cruelle Althée , revenue de ses transports , ne put soutenir cet horrible spectacle : elle se donna la mort ,
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et les deux sœurs de IMéléagre moururent aussi de regret. On publia qu'elles avaient été chanfrées en oiseaux , que l'on nomma Méléagrides. OEnée, après la mort d'xllthée , épousa Péiibée , dont il eut Tydée , père de Diomède.
Pausanias rapporte que l'on voj^ait à Rome l'une des défenses du sanglier de Caly.don : elle était d'une grandeur énorme. Auguste l'avait fait enlever de la ville de Té^ée , ainsi que la statue de Minerve, pour punir les Arcadiens d'avoir pris le parti d'Antoine contre lui.
Cléopâtre , femme de Méléagre , était fille d'Idas , frère de Lyncée et de Marpesse. Polydora, fdle de Méléagre et de Cléopâtre, épousa Protésilas , qui sauta le premier sur le rivage de Troie , quoique l'oracle eût prédit la mort de celui c[ui descendrait le premier sur ce rivage. Polydora ne put survivre à la perle de son é2>oux.
Nous croyons devoir aussi conserver la fable d'Ovide sur Atalante. Elle s'était vouée à Diane : sa grande beauté la faisait recliercher de toutes parts. Elle voulut se délivrer de tant d'importunités , et promit d'épouser celui qui pourrait la devancer à la course ;, mais à la condition que ses prétendans seraient sans armes , qu'elle serait armée d'uri
javelot, et qu'elle aurait le droit d en percer ceux qui seraient vaincus. Les conditions furent acceptées. Déjà plusieurs concurrcns avaient perdu la vie, lorsque Hippomène se présenta; Vénus, qu'il avait invoquée , le favorisait : la déesse lui donna trois pommes du jardin des Hespérides.
Hippomène descend dans l'arène, les conditions portaient que le prétendant courrait le premier. Hippomène, d'après le conseil de V^énus, laisse tomber une pomme, la légère Atalante se plut à la ramasser. Hippomène laissa tomber successivement les deux autres, elles furent de même ramassées, et la vitesse d'Atalante ne put suflire pour réparer le temps qu'elle avait j)erdu. Hippomène fut vainqueur et l'épousa.
Par la suite, 1 un et 1 autre ayant profané un temple de Cybèle, ou un bois qui lui était consacré , Hippomène fut changé en lion , et Atalante en lionne.
Le peu d'occasions qui se présenteront de parler de la ville de Calydon nous engage à placer ici l'histoire de Corésus.
Ce grand-prêtre de Bacchus ne put voir Callirlioé , princesse du sang royal , sans éprouver pour elle la passion la plus vive. Vainement il chercha les moyens de lui plaire , il ne put la toucher. 11 invoqua Bacchus -, le
dieu, protégeant son ministre, inspira aux Calydoniens une ivresse furieuse qui les portait à s'entre-tuer. L'oracle, interrogé, réjjondit que ce fléau ne cesserait qu'en immolant Callirhoé, ou celui qui se dévouerait pour elle. Déjà l'autel attendait la victime ; le peuple de Calydon demandait à grands cris ce sacrifice horrible, dont il espérait son salut. Corésus s'avance , armé du couteau sacré ; on conduit à ses pieds la malheureuse Callirhoé ; les bandelettes qui la lient de toutes parts ne lui laissent d'autre possibilité que celle de présenter son sein pour recevoir le coup mortel. Corésus jette sur elle un dernier regard; sa main semble hésiter; les murmures des Calydoniens se font entendre ; il enfonce le glaive dans son propre sein , et tombe mort au pied de l'autel. Callyrhoé , reconnaissant à ce trait l'héroïque et généreuse tendresse de Corésus, ne voulut point lui survivre ; elle se donna la mort auprès de la fontaine de Calydon, et , depuis ce temps, son nom fut donné à cette fontaine.