DES DEUX GUERRES DE THÈBES
Pour achever de donner l'histoire des temps héroïques, il nous reste à parler des deux guerres de Thèhes. Eschyle, Sophocle et Euripide, en ont fait le sujet de plusieurs tragédies, et Stace celui d'un ])oënie épique. Les chefs-d'œuvre de ces poètes illustres sont trop célèbres et trop connus, pour ne pas engager nos lecteurs à les lire. Nous ne pourrions que les mutiler en donnant des extraits toujours insuffisans. Nous nous bornerons donc à l'abrégé de cette histoire, et nous croyons plaire à nos lecteurs en préférant à tout ce <[ue nous pourrions écrire, les détails que l'on trouve dans le Voyage du jeune Anacharsis.
« La colère des dieux s'appesantissait de- » puis long-temps sur le royaume de Thèbes. » Cadrans, chassé du trône qu'il avait éle- » vé ; Polydorc, déchiré par des bacchantes ; » Labdacus , enlevé par une mort prématu- » réc, ne laissant qu'un fils au berceau et en- » touré d'ennemis; tel avait été depuis son » origine , le sort de la famille royale , lors- » que Laïus , fils et successeur de Labdacus , » après avoir perdu et recouvré deux fois la I) couronne, épousa Epicastc ou Jocaste, fille
AVEC L HISTOIRE. I 0 î
» de Ménœcée. C'est à cet hymen qu'étaient » réservées les plus affreuses calamités. L'en- » fant qui en naîtra , disait un oracle, sera le » meurtrier de son père et l'époux de sa » mère. Ce fils naquit , et les auteurs de ses )) jours le condamnèrent à devenir la proie des >) bêtes féroces. Ses cris, ou le hasard ,1e firent » découvrir dans un endroit solitaire. Il fut » présenté à la reine de Gorinthe, qui l'éleva » dans sa cour sous le nom d'OEdipe et comme » son fils adoptif.
» Au sortir de l'enfance , instruit des dan- » cers qu'il avait courus , il consulta les » dieux ; et leurs ministres ayant confirmé >> par leur réponse l'oracle qui avait précédé j> sa naissance, il fut entraîné dans le mal- » heur qu'il voulait éviter. Résolu de ne plus » retourner à Gorinthe , qu'il regardait comme » sa patrie , il prit le chemin de la Phocide , » et rencontra dans un sentier un vieillard » qui lui prescrivit avec hauteur de laisser » le passage libre, et voulut l'y contraindre » par la force. G'était Laïus ; OEdipe se » précipita sur lui , et le fit périr sous ses » coups.
» Après ce funeste accident , le royaume » de Thèbes et la main de Jocaste furent » promis à celui qui délivrerait les Thébains » des maux dont ils étaient affligés. Sphinge ,
152 LA iMV rii()i.()c;ii; comI'ahke
» fille .n;iliii(II<- de L.jïus , s'étant associée à » elfes briyiiiids , rav.'ii^eail: la plaine, arrêtait » les voyai^eiirs |)ar(l('s ([iieslioiis caplieiises, » et les éi^arail, dans les détours du mont Phi- » née, j)Our l<;s livrer ;i ses perfides conipa- » jouons. ()l']di|)(; démêla ses j)iéi^es , <lissij)a » les complices de ses crimes ; et , en recucil- » lant le l'ruit de sa victoire, il remplit l'o- » racl(! dans toute son ét(Midue.
)/ li'inccsl(; triompliait sur la terre; mais » le ci(d se h.Ua d Cn aiiéler le cours. Des )' lumières odieuses vinrent ellraycr les deux » é|)()ii\. .locaslr tciinina ses iulortuncs par » une moit violcnle. (lildipe, à ce que rapn |)ortent (|ncl(|ues auteurs , s'arracha les n yeux et moiniit dans rAtli<|ue, où Thé- » sé<; lui avait accordé un asile. IMais , suivant » d'autres tradilions, il fut condanuié à sup- » |)orl(r la luniiére du jour, ])Our voir en- » coi'e des lieux (énioius de s{!S lorlaits, et la )) vi(! pour la doinui- il des enlans plus cou- » pahles ci aussi malheureux (jue lui. C'é- )) taieut l'Jéocle, Polynict;, Antigone et Is- » nicne, tiu'il eut <l'Kuri!;anée, sa seconde » feunne.
» Les t\vu\ princes ne lurent pas |)lus tût » en Ai^e de réi;uer, (|u'ils rcléi;uèrent OKdipe » au IoikI de son p.dais , «1 convinrent en- » semhle de Iciiii', chacun à son toin-, les ré-
AVFX l'iHSTOIRK. 1 j,$
» ncs du fi^ouvernemcnt pendant une année « entière. Etéocle monta le ]M-eniier sur ce » trône, sous lequel laLîme restait toujours » ouvert, et refusa d'en descendre. Polyniee » se rendit auprès d Adrastc, roi d'Argos, » qui lui donna sa fille en mariage et lui » promit de puissans secours.
» Telle fut l'occasion de la première expé- » dition où les Grecs montrèrent quelques » connaissances de 1 art militaire. Jusqu'alors » on avait vu des troupes sans soldats inon- » der tout à coup un pays voisin, et se retirer » après des hostilités et des cruautés passa- » firères. Dans la guerre de Tlièbes, on vit » des projets concertés avec prudence et sui- » vis avec ferjucté; des peuples difVérens , » renfermés dans un mémo camp , et soumis » à la nicjuc autorité , opposant uji courage » égal aux rigueurs des saisons , aux lenteurs » d'un siéirc, et aux danirers des combats » journaliers.
» Adraste partagea le commandement de » l'armée avec Polyniee, qu'il voulait établir » sur le trône de Tlièbes; le brave Tydée , o filsdOEnée, roidEtolie, l'impétueux Ca- » panée, le divin Ampbiaraûs, llippomédon » et Partliénopée. A la suite de ces guerriers, » tous distingués par leur naissance et par » leur valeur, parurent dans un ordre infé-
154 LA MYTHOLOGIE COilPARhE
» rieur de mérite et de dignité les princi- » paux babitans de JaMessénie, de l'Arcadie » et de l'Argcbde.
» L'armée, s'étant mise en ïiiarche , entra » dans la forêt de Némée , où ses généraux » instituèrent des jeux qu'on célèbre encore » aujourd hui avec la plus grande solennité. » Aj^rès avoir passé l'istbme de Corinthe , » elle se rendit en Béotie, et força les troupes » d'Etéocle de se renfermer dans les murs de » Tbèbes.
)i Les Grecs ne connaissaient pas encore » l'art de s'emparer d'une place défendue par » une forte garnison. Tous les eflbrts des as- » siégeans se dirigeaient vers les portes , » toute l'espérance des assiégés consistait » dans leurs fréquentes sorties. Les actions « qu'elles occasionaient avaient déjà fait pé- » rir beaucoup de monde de part et d'autre ; » déjà le vaillant Capanée venait d'être pré- » cipité du baut d'une échelle contre le mur^ » lorscfu'Étéocle et Polj-^nice résolurent de }> terminer entre eux leurs difierens. Le jour » pris, le lieu fixé, les peuples en pleurs, les » armées en silence , les deux princes fon- » dirent l'un sur l'autre ; et , après s'être » percés de couj)s , ils rendirent les derniers » soupirs, sans pouvoir assouvir leur rage. » On les porta sur le mèmcbùcber. et dans
» la vue d'expi^imer par une image effrayante » les sentimens qui les avaient aniraés pen- » dant leur vie , on supposa que la flamme , » pénétrée de leur haine, s'était divisée pour » ne pas confondre leurs cendres.
» Ci'éon, frère de Jocaste , fut chargé , pen- » dant la minorité de Laodamas , fils d'Etéo- » cle , de continuer une guerre qui devenait » de jour en jour plus funeste aux assiégeans, » et qui finit par une vigoureuse sortie que » firent les Théhains. Le comhat fut très- » meurtrier ; Tydée et la plupart des géné- » raux argiens y périrent. Adraste , contraint n de lever le siège , ne put honorer par des » funérailles ceux qui étaient restés sur le » champ de bataille ; il fallut que Thésée in- « terposât son autorité pour obliger Créon à » se soumettre au droit des gens , qui coni- )• mençait à s'introduire.
» La victoire des Théhains ne fit que sus- » pendre leur jDcrte. Les chefs des Argiens » avaient laissé des fils dignes de les vensrer. » Dès que les temps furent arrivés , ces jeunes » princes , parmi lesquels on voyait Diomède, » fils de Tydée, et Sthénélus, fils de Capanée, » entrèrent à la tête d'une armée formidable » sur les terres de leurs ennemis.
» On en vint bientôt aux mains, et les Thé- » bains , ayant perdu la bataille , abandon-
I5G LA MYTHOLOGIE COMPAUÉE
)' nèrent la ville, qui fut livrée au pillage. » ThcrsaiiJer, fils et successeur de Polynice , )i fut tué cjuelques années après , en allant » au siège de Troie. 7Vprès sa mort , deux » princes de la même famille régnèrent à » Tlièbes ; mais le second fut tout à coup N saisi d'une noire frénésie, et les Thébains, » persuadés que les Furies s'attacheraient au )i sang dOEdipc tant qu il en resterait une » goutte sur la terre, mirent une autre famille « sur le trône. Ils choisirent, trois générations » après, le gouvernement républicain, qui $ subsiste encore parmi eux. »