DES AUTRES ORACLES
Nous venons de faire connaître les oracles les plus célèbres II serait impossible de les nommer tous. Dans la seule Béotie , province très-petite, on en comptait au moins vingt-cinq. 11 est vrai qu'elle était couverte de bois et de montagnes , lieux très-propres (observe M. de Fontenelle ) aux cérémonies mystérieuses des oracles. Presque tous les dieux et le plus grand nombre d.es demidieux et des béros avaient leurs oracles , aucun des dieux cependant n'en avait un aussi grand nombre qu'Apollon. Tous n'étaient 2^as de la même antiquité : cbaque jour il en paraissait de nouveaux , tandis que de plus anciens se discréditaient. Souvent on les pillait. Celui de Delpbes , entr'autres, fut dépouillé plusieurs fois : d'abord par un brigand descendu des Pblégréens , par les Phocéens, par Pyrrhus, par Néron, et enfin par les chrétiens. Lorsque la religion chrétienne eut triomphé de l'idolâtrie, les oracles tombèrent , et l'on trouva dans les antres et les cavernes les marques de limposture des ministres qui les faisaient parler.
Nous nous bornerons à citer quelques réponses singulières des oracles.
202 LA MYTHOLOGIE COMPAHÉE
Crésus , mécontent de roracle de Delpbes , quoiqu'il l'eût comblé de présens, voulut le surprendre. Il envoya demander à la Pythie ce qu'il faisait dans le temps même c[ue son envoyé la consultait. Elle répondit sur-lechamp qu'il faisait cuire alors un agneau avec une tortue. Le fait était vrai; Crésus avait imaginé ce ragoût bizarre, dans l'espérance de l'embarrasser. La réponse de la Pythie lui rendit toute sa crédulité, et les présens redoublèrent.
Un gouverneur de Cicilie , dit Plutarque, voulut envover un espion chez les dieux. Il donna à son émissaire un billet bien cacheté pour le donner à Malée , où était l'oracle de Mopsus. L'envoyé coucha dans le temple, et vit un homme qui lui dit : Noir. Il porta cette réponse , qui d'abord parut ridicule. Le gouverneur alors décacheta le billet et montra qu'il avait écrit ces mots : Timmolcrai-je un taureau blanc ou noir.
Une prêtresse de Dodone fit une réponse (jui lui devint funeste. Elle dit aux Béotiens (]ui la consultaient : Vous serez vainqueurs si vous agissez en impics. Les envoyés s'em-« parèrent de cette femme, et la firent brûler vive , disant que , si elle avait voulu les tromper, Us voulaient la punir; et que, si elle avait dit la vérité, ils voulaient par-là
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s'assurer de la victoire. On saisit les envoyés, mais on n'osa les punir sans jugement. On leur donna pour juges deux prêtresses et deux hommes. Les deux prêtresses les condamnèrent, les deux hommes furent d'un avis contraire, et ils furent ahsous.