‹ La mythologie comparée avec l'histoire;Chapitre 14 sur 151 · LES JEUX OLYMPIQUES · texte numérisé non relu

LES JEUX OLYMPIQUES

On ne convient pas trop du temps où les jeux olympiques furent institués. Leur origine est très-obscure. Diodore de Sicile dit seulement que ce fut Hercule de Crète qui les institua , sans nous apprendre ni en quel temps , ni à quelle occasion. L'opinion la plus commune parmi les savans est que Pélops en fut l'auteur, et que la première célébration en fut faite dans TÉlide, la viui^t-neuvième année du règne d'Acrise , la trente-quatrième du règne de Sicyon , dix-neuvième roi de Sicyone ; et , pour concilier les époques profanes avec l'Ecriture Sainte , ce fut pendant la vinet-troisième année de la iudicature de Débora.

Atrée , fils de Pélops , les renouvela et en ordonna la seconde célébration , quatorze cent dix-buit ans avant Jésus-Cbrist. Enfin Hercule , au retour de la conquête de la toison d'or, assembla les Aigonautes dans l'Elide, pour y célébrer ces mêmes jeux en action de grâce de Ibeureux succès de leur voyage , et l'on promit de s'y rassembler tous les quatre ans pour cet objet

Ces jeux cependant furent discoutinuésjus-

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qu'au règne d'Iphitus dans l'Élide, c'esl-à<lire quatre cent quarante-deux ans après ; ce fut alors que la Grèce en fit son époque principale. On ne compta plus que par olympiades , et c'est depuis ce temps qu'on ne trouve plus autant de fables dans l'histoire des Grecs.

Cette division des temps , il faut bien le remarquer , nous vient des Grecs et des Romains , qui ne connaissaient pas l'antiquité. Quoi qu'il en soit , ce sont les olympiades qui ont répandu le plus grand jour sur le chaos de l'histoire.

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EFFETS QUE PRODUISIT DANS LA GRÈCE ET DANS L OCCIDENT L'ARRIVÉE DES COLONIES ORIEN- TALES.

Lorsque les Phéniciens ou les Egyptiens vinrent s'établir dans la Grèce, ils furent forcés d'apprendre la langue générale du pays ; mais ils durent conserver beaucoup de mots de leur langue , surtout ceux qui désignaient les lois nouvelles , les coutumes et le culte qu'ils apportaient aux Grecs. Ces derniers, en les adoptant, s'approprièrent ces mots, et bientôt il se fit un mélange des deux langues.

62 LA MYTHOLOGIE COMPAUKE

Lorsque, par la suite des temps, les Grecs voulurent lire leur ancienne histoire, ils la trouvèrent remplie de mots phéniciens , cfu'ils ne manquèrent pas d'expliquer d'après leur goùt pour les fictions et les fables ; et souvent ils abusèrent des équivoques que l'on trouve fréquemment dans la langue phénicienne.

Par exemple , le mot alpha ou ilplia signifiait également un taureau ou un navire. De là les Grecs publièrent que Jupiter changé en taureau avait enlevé la jeune Europe, au lieu de dire qu'il l'avait transportée sur un vaisseau dans l'île de Crète où il régnait.

La fable de la fontaine Aréthuse et du fleuve Alphée est également fondée sur une équivoque. Les Phéniciens étant arrivés en Sicile, trouvèrent une fontaine environnée de saules , qu'ils nommèrent Alpha ga , c'est-à-dire fontaine des saules. Par la suite des temps, les Grecs , se souvenant de leur fleuve Alphée qui coule dans l'Elide, dirent que les eaux du fleuve passaient sous la mer pour se rejoindre à la fontaine Aréthuse. De même le mot draJio^ qui signifie à la fois clain'OY^fit et dragoJi^ a fait imaginer la fable du dragon qui gardait le jardin des Hespérides. L'architecte du temple de Delphes se nommait Ptera ; ce nom signifie une plume. Les Grecs dirent que ce temple avait été bâti avec de la

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Cire et les ailes des abeilles qu'Apollon avait fait venir des pays hyperboréens. Plus on étudie les origines , plus on est forcé de reconnaître que la plupart des fables grecques étaient une imitation de celles des colonies orientales.

Les arts et la politesse régnaient en Egypte , dans le temps que les peuples de l'Occident vivaient encore dans la barbarie. Ce furent les Égyptiens et les Pbéniciens qui leur apprirent à bâtir des villes, h s'babiller , à vivre en société ; c'est d'eux qu'ils reçurent les cérémonies de la religion , le culte des dieux , les sacrifices; et les Grecs, en adoptant leur religion, s'approprièrent leurs fables. Le culte de Bacchus fut formé sur celui d'Osiris. La fable de Vénus et d'Adonis était originaire de Syrie ; le culte de cette déesse était arrivé à Cliypre, h. Cytbère , et dans les îles de la Grèce, par des vaisseaux étrangers : on publia que Vénus était sortie de l'écume de la mer. La nympbe lo , changée en vache , est la même qu'Isis adorée par les Égyptiens sous cette forme. Tout le système d'Orphée sur les enfers venait de l'Egypte ; c'était là que Pythagore avait puisé son idée de la métempsycose. »

Ces preuves sont plus que suffisantes pour démontrer que les fables grecques et romaines

devaient leur origine à l'Egypte et à la Phénicie; si on y trouve des cliangemens , c'est que les Grecs joignaient à leur goût pour les fictions le désir de passer pour très-anciens. Ils cherchaient à voiler à la fois leur ignorance et leur nouveauté. Ils rougissaient de tout devoir à des peuples étrangers; et l'espoir de faire croire que tout avait commencé *par eux leur faisait changer les noms , les aventures et jusqu'aux cérémonies de la religion. Voilà pourquoi leurs poctes ont tellement défiguré les fables égyptiennes, qu on ne peut plus les reconnaître sans le secours des langues orientales. Voilà pourquoi le langage de leurs poètes , en parlant d lo , de Bacchus, de Diane, etc., est si différent de celui de leurs historiens , tels que Plutarque et Diodore de Sicile. L'Egypte et la Phcnicie doivent donc être regardées comme le premier théâtre des fables.

DHESIODE ET D'HOMERE.

Le nom d Homère ne s ofire jamais à la pensée sans que ladmiration ne lui paie un tribut.

« Quel est donc cet homme étonnant (dit

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» rauteur du Voyage du jeune Anacharsis) » dont la gloire est telle , que les siècles , en » se succédant, ne font que l'augmenter, et » dont l'esprit humain n'imagine pas plus » d'être jaloux, qu'on ne l'est de la lumière » du soleil?»

Hésiode et Homère ne sont point les inventeurs des fiibles grecques ; ils n'ont fait que les embellir; l'idolâtrie avait précédé le siècle pendant lequel ils écrivaient. Il est probable que des poëtes plus anciens leur avaient laissé des modèles qu'ils ont surpassés ; car il serait difticile de croire que la poésie grecque eût commencé par des chefsd'œuvre. Avant Homère, la prise de Troie était généralement chantée, et les dieux de la Grèce étaient honorés avant Thistoire de ces poëmes. Hésiode et Homère s'étaient bornés à suivre les princi])es de la théologie de leur pays, dont le système avait été apporté par Cécrops, Cadmus et les autres chefs de colonies. En remontant plus haut, on peut aller jusqu'à croire que la jjoésie orientale ressemblait à celle dont Moïse s'est servi dans les cantiques, où il célèbre avec tant de majesté les victoires du dieu des armées sur les enneïiiis de son peuple.

Homère n'a donc été c[ue le chantre et non pas l'inventeur de ses dieux; il se sou-

meta la théologie de son temps; et, comme il veut à la fois n'être point obscur et plaire, il ne sort point du système de religion que son pays adoptait. 11 ne faut donc point le regarder comme l'inventeur et le père de tant de dieux et d'usages bizarres.

DES DIEUX DES GRECS, DES RO- MAINS , ET DES AUTRES PEUPLES DE L'OCCIDENT.

Les réflexions précédentes suffisent pour démontrer que lorigine de lidolàtrie se trouve parmi les Orientaux ; voilà ce qui a fait distinguer les divinités du paganisme en deux classes : les dieux de l'Orient et les dieux de l'Occident.

Nous n'étendrons pas plus loin nos recherches sur les d.eux de l'Orient , quoique cette partie de la mythologie soit très-intéressante, nécessaire même à connaître pour faire apercevoir l'origine de 1 idolâtrie et des fables. Le principal but de notre ouvrage étant de mettre nos lecteurs en état de voyager avec fruit, et d apprécier les chcls-d œuvre des poètes et des arts, nous allons princijialement

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iaire connaître les détails qui tiennent à la mythologie des Grecs et des Romains; le reste de cet ouvrage y sera consacré; mais nous aurons soin de faire tous les rapprochemens historiques , et de donner toutes les explications utiles pour lier cette seconde partie avec la première. Ce que nous avons dit précédemment suffit pour indiquer les sources où Ton pourra puiser, lorsque l'on voudra Taire une étude approfondie de Ihistoire générale des dieux du paganisme.

Jamais religion ne fut chargée d'un plus grand nombre de dieux que celle des Grecs et des Romains, puisque, outre ceux des Orientaux, ils en adoptèrent une infinité d'autres. Nous allons nous etïbrcer de débrouiller ce chaos le plus brièvement possible, et nous chercherons surtout à être clairs.

11 n'est pas douteux que l'Asie mineure , les îles de l'Archipel et la Grèce , ont d'abord été peuplées par les descendans de Japhet. Mais en quel temps y arrivèrent-ils, et quelle fut la religion qu'ils y établirent? Ce sont des questions impossibles à décider aujourd hui.

On sait, par Diodore de Sicile, que les premiers Grecs étaient très-grossiers, qu'ils vivaient sans religion. Ces premiers habitans ne connaissaient point le grand nombre de

dieux que leurs clescendans adorèrent par la suite, et tous les auteurs profanes anciens s'accordent entre eux pour assurer que les premiers habitans de la Grèce et des îles voisines n'avaient qu'une religion très-peu chaigée de cérémonies.

Hérodote est le seul historien qui entre dans quelques détails : « Les Pélasges , dit-il , peu- » pie le plus ancien de la Grèce , honoraient » leurs dieux sans les connaître et sans leur » donner de noms. Il les appelaient les » dieux ^ et les regardaient comme les maîtres » de toutes choses. Ce ne fut que dans un » temps très-éloigné de leur origine , qu'ils » surent que les noms des dieux étaient venus » d'Egypte-, ils allèrent alors consulter To- » racle de Dodone , le plus ancien de la Grèce, » et lui demandèrent s'ils recevraient les » noms des dieux qui leur venaient des 1» barbares. Sur la réponse de l'oracle qu'ils » devaient les recevoir, ils sacrifièrent en » invoquant les dieux par leurs noms, et ce )i fut des Pélasges que les Grecs reçurent ces » mêmes noms. On ignore jusquà présent » d'où chaque dieu est venu , s'il existe de » tout temps , quelle est sa forme ; pour moi , » (poursuit cet historien) , je crois qu'ils sont » venus d'Egypte ; et si l'on me dit que les » Egyptiens ne connaissaient point Neptune,

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)•) Castor , Vesta , Thémis , les Grâces , les » Néréides, je répondrai que les Pélasges » avaient appris ces noms des Samothraces , » parmi lesquels ils avaient vécu. Quant ^ tous « les autres dieux , leurs noms étaient venus » de l'Egypte. »

Le même auteur nous apprend c|ue le culte de Bacchus ou Dionysius lut introduit dans la Grèce par Mélampus et par Cadmus.

D'autres auteurs se réunissent pour assurer que Cécrops , en venant s'établir à Athènes , y porta le culte de Minerve, qui était honorée à Sais , sa patrie. Ce fut le même prince , selon Paus.inias , qui régla le culte des dieux et les cérémonies de la religion avec beaucoup de sagesse. Il fut le premier qui appela Jupiter, le dieu suprcine , le très-haut. Il défendit qu'on sacriûàt aux dieux rien qui fût animé , et il régla les lois et les cérémonies du ma-

On n'a rien d'aussi positif sur les changemens que firent dans la religion les autres chefs des colonies; mais il n'est pas douteux qu'Inachus , qui fut le premier de tous , Danaiis , et ceux qui sont venus par la suite , n'aient apporté avec eux et la connaissance et le culte de leurs dieux. En efïét , des chefs de colonies ne changent point de religion parce qu'ils changent de pays ; et lorsqu'ils devien-

7ô LA MYTHOLOGIE COMPAREE

nent les maîtres des contrées où ils veulent s'établir, il est probable que leur premier soin est d'y faire adopter leur culte. Souvent ils y trouvent de la résistance. Gadmus, ayant essayé d introduire le culte de Bacchus dans la Béolie , fit naître la guerre qui coûta la vie à Pentbée ; il fut même obligé de se retirer dans rillyrie ; mais , s étant enfin rendu maître du pays, il y établit sa religion.

Il est faciie de concevoir tous les cbansfe-

mens que l'arrivée des colonies égyptiennes et pbéniciennes dut causer dans la religion de la Grèce. 11 faut observer en outre que les Grecs , en recevant des dieux étrangers , changeaient leurs noms. Nous savons , par Hérodote, que l'Apollon des Grecs était lO/u^ des Egyptiens ) Bacchus ou Dionvsius , leur Osi^ ris ; Hermès ou Mercure, leur Thaut ou Thot; Pan, leur Meiidcs ; Diane, leur Bubaste; Démétcr, leur Isis ; Zeus ou Jupiter, leur Am" mon; Vénus ou Aphrodite , \e\.\v Astartê. Ces changemens furent très-ordinaires dans les apothéoses qui donnèrent tant de nouveaux dieux aux Grecs et aux Romains.

Hérodote nous apprend que Ion changeait aussi les fonctions et les généalogies des dieux. Par exemjde ;, Vulcain tenait le prenier rang parmi les dieux d Egypte. Les Grecs en firent un fils de Jupilcr et de Junon,qui, chassé

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du ciel à cause de sa difFormité , se cassa la jambe en tombant sur la terre , et gagna sa vie en exerçant le métier de forgeron dans lîle de Lemnos. Les Grecs , en général , ont mêlé tant de fables dans l'histoire de leurs dieux , ils ont tellement défiguré les traditions orientales, qu'il faut une attention extrême pour découvrir la vérité.

Nous allons faire nos efforts pour répandre quelque lumière sur une matière aussi obscure, et nous allons nous servir des divisions qui paraissent les plus naturelles.

Les dieux du paganisme peuvent se diviser en dieux du ciel , dieux de la mer, dieux de la terre, et dieux des enfers. Nous viendrons ensuite aux dieux subalternes ^ sur le séjour desquels on n'avait pas didéebien positive.

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