IDEE GENERALE DE L'ANCIENNE RELIGION DES PEUPLES DU NORD
Les auteurs grecs et latins eurent pendant long-temps peu de communications avec les peuples du Nord, qu'ils nommaient barbares. Ils ignoraient leur langue, et les Celtes se faisaient un scrupule de développer aux étrangers le fond de leur doctrine. Ceux-ci , réduits à demeurer simples spectateurs de leur culte, ne pouvaient en saisir l'esprit qu avec peine., Cependant , en rassemblant les traits conservés par ces différens écrivains , et en les comparant avec les chroniques du Nord , on peut
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espérer de parvenir à distinguer les objets les plus importai! s.
La religion des Scythes paraît avoir été simple dans les premiers temps. Elle n'enseignait qu'un petit nombre de dogmes, qui ont été probablement la seule religion des premiers habitans de l'Europe. On remarque généralement que, sous les climats méridionaux, les hommes naissent avec des imacinations vives, fécondes et inc£uiètes; avides du merveilleux , leurs passions ardentes leur permettent rarement de garder un juste équilibre. Dès qu'ils ont eu altéré et ensuite perdu le souvenir des premières traditions , ils ont dû s'égarer avec une vitesse efïrayante. De là les délires des Egyptiens , des Syriens , des Grecs après eux, et ce chaos connu sous le nom de mythologie. Dans le Nord, au contraire , les opinions eurent moins d'inconstance ; la rig'ueur du climat enchaîne les esprits, ralentit l'imagination, réduit les passions ; et l'homme , ne pouvant rien obtenir que par un travail pénible , détourne sur des objets de première nécessité cette activité qui produit sous les zones brûlantes tant d inquiétude et de légèreté. Cependant, à la longue , les Scythes laissèrent corrompre leur culte par un mélange de cérémonies , les unes ridicules et les autres cruelles. Il faudra donc
distinguer deux âges dans la religion de ces peuples , et ne point confondre les fictions de leurs poètes avec la croyance de leurs sages. Cette religion des sages enseignait qu'il y avait un Dieu suprême maître de l'uniwers , auquel tout était soumis et obéissant. Tel était le dieu des Germains , selon le rapport de Tacite. L'ancienne mythologie islandaise appelait Dieu l auteur de tout ce qui existe , l'éternel ., l'ancien., l'être uii^ant et terrible., le scrutateur des choses cachées, l'immuable. Elle attribuait à ce dieu ufie puissance infinie, une science sans bornes , une justice incorruptible- Il était défendu de représenter la divinité sous une forme corporelle : elle ne permettait pas même qu'on la renfermât dans une enceinte de murailles. On ne pouvait la servir dignement que dans le fond des retraites ou dans des forêts consacrées. Là elle régnait dans le silence , et se rendait sensible dans le respect qu'elle inspirait. La représenter sous une figure humaine, lui supposer un sexe, lui ériger des statues , paraissaient une extravagance impie. De cette divinité supiême émanait une infinité de génies subalternes, dont chaque ]>artie du monde visible était le siège et le temple ; ces intelligences en diriecaient lés opérations ; la terre , l'eau , le feu , l'air, le soleil, la lune, les astres, les arbres, les
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forêts, les fleuves, les montagnes, les vents ^ la foudre , les tempêtes , obtenaient un culte religieux, mais qui , dans les commencemens, ne se dirigeait que vers l'intelligence qui les animait. Le motif de ce culte était la crainte d'un dieu irrité par les péchés des hommes , mais clément , exorable aux prières et au repentir. On s'élevait à lui comme au principe actif qui a tout produit, et comme à l'unique agent qui conservait les êtres et dispensait les événemens. Sentir lu dwinité par les sacrifices et les prières ; ne faire aucun tort aux autres; être brasse et intrépide ^ telles étaient toutes les conséquences morales que l'on tirait de ces dogmes. Enfin la cro^^ance d'une vie à venir cimentait cet édifice religieux ; des sup^ plices cruels étaient réservés à ceux qui auraient méprisé ces trois préceptes fondamentaux, tandis que des délices sans nombre et sans fin devaient récompenser les hommes justes , religieux et vaillans.
Tels sont les principaux traits de cette religion , qui fut probablement pendant plusieurs siècles celle de la plupart des peuples du nord de l'Europe , et sans doute aussi celle de plusieurs nations de l'Asie. Elle conservait encore une assez grande pureté vers la fin de la république romaine. Le témoignage de quelques auteurs prouve que les
Germains en avaient retenu les dogmes principaux , tandis que les autres peuples , vaincus par les armes et le luxe des Romains , adoptaient leurs dieux et se soumettaient à leur joug. Il est donc probable que ce fut au temps de l'arrivée d'Odin que cette religion perdit sa première pureté; il paraît que ce conquérant , en se donnant aux peuples du Nord j>our une divinité redoutable, n'eut d'autre but que d'assurer sa domination .
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