DE LA RELIGION DES PEUPLES DU NORD, DEPUIS ODIN
L'Edda des Islandais et leurs anciennes poésies sont les seuls monumens qui peuvent nous donner quelques lumières sur l'ancienne religion des habitans du Nord, C'est en puisant dans ces sources que nous apprenons que la plus sensible altération qu'elle éprouva concerna le nombre des dieux que l'on devait adorer. Les Scytbes adoptaient, comme le point capital de leur religion , l'adoration d'un seul être parfait , tout-puissant et supérieur à toutes les intelligences dont la nature était peuplée. Cette doctrine si raisonnable avait tant de force sur leurs esprits , qu'ils témoignèrent souvent leur haine et leur mé-
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pris pour le polythéisme de ces mêmes nations qui les traitaient de barbares ; et toutes les fois qu'ils se trouvaient les plus forts , leur premier soin était de détruire tous les objets d'un culte idolâtre. Les funestes efléts de l'exemple et du temps détruisirent la simplicité de cette religion, et les Scandinaves finirent par associer au dieu suprême les divinités subalternes. La crainte, les d>^sirs, les besoins , les passions furent l'origine de ce culte coupable, et l'on n'ignore pas que les mêmes causes ont corrompu toutes les religions imaginées par les hommes. Ces peuples dégénérés commencèrent à croire qu'un seul être ne pouvait veiller à toutes les parties de l'uDivers ; ils crurent devoir appeler à son secours des esprits, des génies, des divinités de tout genre. Mais leurs passions dominantes devinrent la mesure des honneurs qu ils rendaient ; ce fut ainsi que le dieu suprême, dont l'idée première embrassait tout ce qui existe , ne fut plus honoré par le plus grand nombre des Scandinaves , que comme le dieu de la guerre. Nul objet, suivant eux, ne pouvait être plus digne de son attention et plus propre à faire éclater son pouvoir ; de là ces peintures affreuses qui , dans la mythologie islandaise, nous montrent Odin comme le dieu terrible et le sévère , le père du carnage , le dé-
populateur, l'incendiaire , l'aigle , le bruyant, celui qui donne la uictoire , qui ranime- le coU' rage dans le combat, qui nomme ceux qui doiuent être tués. Les guerriers en allant au combat , faisaient le vœu de lui envoyer un certain nombre d'âmes ; ces âmes étaient le droit d'Odin. On croyait qu'il venait souvent dans la mêlée enflammer la fureur des combattons , frapper ceux qu'il destinait à périr, et emporter leurs âmes dans les demeures célestes.
Cependant, suivant l'ancienne mythologie islandaise , cette divinité terrible , qui se plaisait à répandre le sang des hommes , en était le créateur et le père. Dieu., dit l'Edda , iàt et goui^erne pendant les siècles , dirige tout ce qui est haut et tout ce qui est bas , ce qui est grand, ce qui est petit. Il a fait le ciel , l'air et l'homme qui doit toujours p-iV/'e; et aidant que le ciel et la terre Jlissent., ce dieu était déjà auec les géans. Il est vraisemblable que lambitieux Odin confondit et mêla ainsi ces diverses doctrines , afin de consolider l'empire qu'il avait usurpé sur les hommes et sur leurs opinions. Il reste même encore aujourd'hui quelques traces du culte qu'on lui rendait parmi les peuples du Nord. Le quatrième jour de la semaine porte presque généralement son nom. On le nomme, suivant les dif-
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férens dialectes, Odensdag , Ousdag^ TVodeîisdag et Wednesdàj^jour d'Odin. Ce dieu passait aussi pour l'inventeur de tous les arts : on crut qu'il répondait au Mercure des Grecs et des Romains , et l'on désigna le jour qui lui était consacré par celui du jour de Mercure , Mercredi.
Après Odin , la principale divinité du Nord était Frigga ou Fréa .^ sa femme. Tous les peuples Celtes , les anciens Syriens , et les premiers habitans de la Grèce croyaient que le dieu céleste s'était uni avec la terre pour produire les divinités subalternes, l'homme et toutes les créatures. C'était là-dessus qu'était fondée la vénération qu'ils avaient pour la terre. Ils l'appelaient la terre mère , la niere des dieux. Les Phéniciens adoraient ces deux principes, sous les noms de Toutes et à'y^stai'té. Quelques nations scythes les nommaient/?/^iYer et Apia ; les Thraces , Cotis et Bendis ; les Grecs et les Romains , Saturne et Ops. Les Scythes servaient la terre comme une épouse du dieu suprême ; Tacite attribue le même culte aux Germains, et surtout aux peuples du nord de la Germanie. On ne saurait douter que Hertus ^ ou la terre, dont il parle , n'ait été la même que la Fréa des Scandinaves. En tudesque , Fréa ou Frau , signifie une femme.
Dans la suite des temps , cette Fréa devint la déesse de l'amour et de la débauche , la Vénus du Nord^ sans doute parce qu'elle passait pour être le principe de toute fécondité , et la mère de tout ce qui existe. C était à elle qu'on s'adressait pour obtenir des mariages et des accouchemens heureux. Elle dispensait les plaisirs, le repos, les voluptés. L'Edda l'appelle la plus favorable des déesses. Fréa partageait avec Odin les âmes de ceux qui étaient tués à la guerre. Le sixième jour de la semaine lui était consacré , sous le nom de Frejtag. C'est ce même jour que les Latins nommaient dies Jeneris , le jour de Vénus , Vendredi.
La troisième divinité principale des Scandinaves se nommait Thor. Jules César parle expressément d'un dieu des Gaulois qui présidait aux vents, aux tempêtes. Il le désigne par le nom latin Jupiter ; mais Lucain lui donne un autre nom, qui a plus de rapport avec celui de Thor; il l'appelle Taranis ^ nom qui , chez les Gallois , signifie encore le tonnerre. L'autorité de Thor s'étendait sur les vents , les saisons et la foudre. Dans le système primitif de la religion du Nord, Thor n'était vraisemblablement qu'une divinité subalterne, née de l'union à' Odin avec la Terre. L'Edda l'appelle le plus vaillant des fils d'O-
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din ; et la massue dont il est armé , et qu'il lance dans les airs contre les géans, désigne la foudre. Il était reî^ardé comme le défenseur et le vengeur des dieux. Outre cette massue qui revenait d'elle-même dans la main qui l'avait lancée, et qu'il tenait avec des gantelets de fer, il possédait une ceinture qui renouvelait la force à mesure que l'on en avait besoin ; c'était avec ces armes redoutables qu'il combattait les ennemis des dieux.
Les trois divinités que nous venons de nommer composaient la cour ou le conseil suprême des dieux; ils étaient le principal objet du culte. Mais tous les Scandinaves n'étaient point d'accord sur celui qui devait avoir la préférence. Les Danois bonoraient2:)articulièrement Odin ; les Norwégiens croyaient être sous l'immédiate protection de Thor ^ et les Suédois avaient cboisi pour leur dieu tutélaire Freja , qui , suivant l'Edda , présidait • aux saisons de l'année , et donnait la fertilité , les richesses et la paix.
Le nombre et l'emploi des divinités du second ordre n'est pas aussi facile à déterminer ; nous ne ferons qu'indiquer les principales.
UEdda compte douze dieux et douze déesses, qui recevaient les honneurs divins; mais dont le pouvoir était subordonné à celui d'O-
din , le plus ancien des dieux , et le principe de toutes choses. Tel était i\^zorr/, le Neptune du Nord, qui régnait sur la mer et sur les vents. Les Celtes le plaçaient au rang des dieux élémentaires ; mais l'importance et l'étendue de son empire le faisaient redouter. h'Edda recommande de l'adorer dévQtement, de peur qu'il ne fasse du mal. C'est ainsi que l'on éleva des temples à la fièvre , car la crainte est la plus superstitieuse des passions. Balder était un autre dieu, fils d Odin , sage , éloquent et doué d'une si grande majesté, que ses regards étaient resplendissans. C'était le soleil des Celtes, le même que les Grecs nommaient Apollon. Tyr^ qu'il faut distinguer de Tlior^ était un dieu guerrier, protecteur des braves et des alldèLcs. Bragé était le dieu de l'éloquence et de la poésie. Sa femme Iduna avait la garde de certaines pommes dont les dieux mangeaient quand ils se sentaient vieillir, et dont le pouvoir était de. les rajeunir. Hiemdal était leur portier. L'arcen-ciel était le pont qui communiquait du ciel à la terre ; Hiemdal veillait à ses extrémités pour empêcher les géans de monter au ciel ; il dormait aussi légèrement que les oiseaux; pendant le jour et la nuit , il apercevait les objets à plus de cent lieues de distance , il entendait croître les herbes des prés et la
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laine des Lrebis; il portait d'une main une épée , et de l'autre une trompette dont le bruit se faisait entendre dans tous les mondes. Les Scandinaves donnaient le nom de Lohe au mauvais principe, et le plaçaient au nombre des dieux. C'est , dit Y Edda , le calomniateur des dieux , le grand artisan des tromperies , l'opprobre des dieux et des hommes. Il est beau de sajigure^ mais son esprit est méchant.^ et ses inclinations inconstantes ; personne ^ parmi les mortels , ne le surpasse dans l'art des perfidies et des ruses. Il a eu j)lusieurs enfans de Signie , sa femme. Trois monstres aussi lui doivent l'existence : le loup Fenris , le serpent Migdard, et Héla., ou la Mort, tous les trois sont ennemis des dieux , qui après divers efforts ont enfermé le loup Fenris .^ jusqu'à ce qu'au dernier jour il sera lâché , et dévorera le soleil. Le serpent a été jeté dans la mer, où il restera jusqu'à ce qu'il soit vaincu par le dieu Thor ; et Héla., ou la Mort, est reléguée dans les demeures inférieures , où elle a le gouvernement de neuf mondes , dont elle fait le partage entre ceux qui lui sont envoyés. Lolie, enfermé par les dieux dans une caverne fermée par trois pierres tranchantes , frémit avec tant de rage , que c'est lui qui cause des tremblemens de terre. Il v restera captif jusqu'à la fin des siècles ; mais alors il
sera tué par Hienulal ^ l'huissier des dieux.
La mythologie islandaise comptait douze déesses, à la tête desquelles était Fiéa ou Frigga^ l'épouse d'Odin. Chacune d'elles avait ses fonctions particulières. jEira était la déesse de la médecine ; Gélione , celle de la virginité ; Fulla , confidente de Fréa , prenait soin delà parure; Freya , déesse des amans, et plus fidèle que Vénus, pleure sans cesse son mari Odnis , qui est absent ; mais ses larmes sont des gouttes d'or; Lofna raccommode les époux les plus désunis; Vara reçoit leurs sermens , et punit ceux qui les violent ; Snotra est la déesse des sciences et des bonnes mœurs ; Gîia est la messagère de Fréa.
Outre ces douze déesses , il y a d'autres vierges dans le T^alhalla , ou le paradis des héros ; elles sont chargées de les servir, et se nomment Valhiries. Odin les emploie aussi dans les combats , pour choisir ceux qui doivent être tués, et pour faire pencher la victoire du côté qu'il lui plaît ; car ces peuples courageux se gardaient bien d'attribuer les défaites à leur faiblesse , ils ne les attribuaient , ainsi que la victoire , qu'à la seule volonté d'Odin.
La cour des dieux se tient ordinairement sous un grand frêne; c'est là qu'ils rendent la justice. Qc frêne est le plus grand de tous
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les arbres ; ses branches couvrent la surface du monde , son sommet touche aux cieux ; il est soutenu par trois grandes racines, dont une s'étend jusqu'au neuvième monde , ou les enfers ; un aigle , dont l'œil perçant découvre tout , repose sur ses branches , un écureuil monte et descend sans cesse pour faire ses rapports ; plusieurs serpens enchaînés sur son tronc, s'efforcent de le détruire; dans une source voisine , appelée la fontaine des choses passées ^ trois vierges puisent continuellement une eau précieuse , dont elles arrosent le frêne. Cette eau entretient la beauté de son feuillage , et, après avoir rafraîchi ses branches , elle retombe sur la terre , où elle entretient la rosée dont les abeilles composent leur miel. Les trois vierges , ou Fées , se tiennent toujours sous le frêne ; elles dispensent les jours des hommes ; chaque homme a la sienne , qui détermine la durée et les événemens de sa vie ; les trois principales se nomment le Passé , le Présent et l'Avenir.
Telles étaient les principales divinités du Nord, ou plutôt les idées que les poètes en donnaient aux peuples crédules. C était par des fictions , quelquefois ingénieuses , qu'ils cherchaient à relever la simplicité de leur religion ; mais un grand nombre de passages des anciens historiens prouvent que beaucoup de
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Guerriers ne suivaient pas cette croyance et ne reconnaissaient d'autre divinité subalternes que leur courage.
Après avoir indiqué les noms et les attrituts des principaux dieux , nous exposerons quelques autres dogmes de la religion celtique. Nous les prendrons dans YEdda , et dans le poëme nommé Volupsa. On croit que ce dernier fut composé par Sœmond ^ surnommé le Sauant. On trouve encore plu-, sieurs fragmens de cette première Edda ; le plus précieux est le poëme intitulé Volupsa , c'est-à-dire Oracle de la Prophétesse. Il contient environ quatre cents vers , et renferme un abrégé de toute la mytbologie du Nord.
Le dieu suprême était regardé comme le créateur du ciel et de la terre. Ce que la mythologie islandaise nous a conservé là-dessus mérite d'autant plus d'attention , qu'en nous découvrant les sentimens des anciens Celtes sur ce point important, elle s'exprime quelquefois avec une élévation sublime, et nos lecteurs vont jnger eux-mêmes combien il est facile d'en faire le rapprochement avec la tradition sainte.
(t Dans l'aurore des siècles , dit le poëte , y> il n'y avait ni mer, ni rivage, ni zéphyrs » rafraîchissans. On ne voyait point de terre » en bas, ni de ciel en haut; tout n'était
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») qu'un vaste abîme , sans herbe et sans se- » menée : le soleil n'avait point de palais ; les » étoiles ne connaissaient point leurs demeu- )> res ; la lune ignorait son pouvoir : alors il » y avait un monde lumineux, brûlant, en- » flammé du côté du midi , et de ce monde » s'écoulaient sans cesse dans l'abîme, qui » était au septentrion, des torrens de feu » élincelant, qui, seloignant de leurs sour- » ces, se congelaient en tombant dans l'a- » bîme , et le remplissaient de scories et de » glaces. Ainsi l'abîme se combla peu à peu ; » mais il restait au dedans un air léger et » immobile, et des vapeurs glacées s'en ex- » balaient sans cesse , jusqu'à ce qu'un souf- » fle de chaleur, étant venu du midi, fondit » ces vapeurs , et en forma des gouttes vi- « vantes, d'où naquit le géant Ymer. On ra- » conte que, pendant qu'il dormait, il se » forma de sa sueur un mâle et une femelle « desquels est descendue la race dçs géans ' )) race mauvaise et corrompue, aussi-bien » qu'Jwer, son auteur. Il en naquit une meil- « leure , qui s'allia avec celle du géant Ymer. >' On l'appelait la famille de" Bor, du » nom du premier de cette famille, qui était « père à'Odin. Les fils de Bor tuèrent le géant » Ymer, et le sang coula de ses blessures en » si grande abondance, qu'il causa une inon-