‹ La mythologie comparée avec l'histoire;Chapitre 143 sur 151 · ToME U. j I · texte numérisé non relu

ToME U. j I

)> dation générale , où périrent tous les géans , >, à la réserve cVun seul, qui, s'étant sauvé ), sur une barque, échappa avec toute sa ). famille. Alors un nouveau monde se forma. ,, Les fils de Bor, ou les dieux, tramèrent » le corps du géant dans l'abîme , et en fabri- >, quèrentle globe ; de son sang ils formèrent „ la mer et les fleuves ; la terre, de sa chair ; >, les grandes montagnes , de ses os ; les ro- ,> chers , de ses dents et des fragmens de ses >, os brisés. Ils firent de son crâne la voûte du >> ciel, qui est soutenue par quatre nains, >, nommés Sud, Nord, Est et Ouest. Ils y y, placèrent des flambeaux pour l'éclairer, et >. fixèrent à d'autres feux l'espace quils de- >, vaient parcourir, les uns dans le ciel, les >, autres sous le ciel. Les jours furent distm- » gués, et les années eurent leur nombre. Ils ), firent la terre ronde, et la ceignirent du „ profond Océan, sur les rivages duquel ils „ placèrent des géans. Un jour que les fils de « Bor, ou des dieux, s'y promenaient ,- ils „ trouvèrent deux morceaux de bois flottans , , qu'ils prirent , et dont ils formèrent Ihomme >, et la femme. L'aîné des fils leur donna Tàme >, et la vie; le second, le mouvement et la >, science -, le troisième leur fit présent de la ,, parole, de l'ouïe et de la vue, à quoi il >, ajouta la beaulé et des habillemens. C c^l

» de cet homme , nommé Ashus , et de cette » femme, nommée Emhla ^ qu'est descendue » la race des hommes, qui a eu la permission » d'hahiterla terre. »

On doit reconnaître dans cette narration , les vestiges d'une tradition générale, dont chaque peuple a orné, altéré ou supprimé diverses circonstances à son gré. Que l'on compare, en effet, les divers traits que nous venons de rapporter, avec les traditions des Ghaldéens, des Syriens, des Égyptiens, avec la théogonie d'Hésiode, avec fa mythologie des Grecs et des Romains, on se convaincra bientôt que la conformité qui se trouve entre plusieurs circonstances de leurs récits et la Genèse, ne peut être un eflet du hasard.

La description du chaos, dans YEdda; ce souffle vivifiant qui produit le géant l'uiev; ce sommeil, pendant lequel une femelle et un mâle naissent de ses flancs; cette race des fils des dieux; ce déluge, dont un seul homme échappa avec sa famille , par le moyen d'une barque; ce renouvellement des mondes qui suit le déluge; ce premier homme, cette première femme, créés parles dieux, et qui en reçoivent le mouvement : tout cela ne peut être que les vestiges et les souvenirs d'une croyance générale et plus ancienne. On reconnaît dans ces altérations les mêmes allé-

gories , les mêmes fictions , le même désir d'expliquer les phénomènes de la nature, qui ont dicté des fables à tous les peuples. En considérant le style de ces fables, ces expressions, tantôt sublimes, tantôt gigantesques, entassées sans art, les petitesses placées au milieu des peintures les plus magnifiques, le désordre de la narration , le tour uniforme des phrases , on ne peut méconnaître le caractère d'une havite antiquité, et la façon de s'exprimer d'un peuple simple dont l'imagination vigoureuse, méprisant ou ne connaissant pas les règles , se déploie avec toute la liberté et toute l'énergie de la nature.

Selon les Celtes, la matière déjà existante, mais sans forme et sans vie , fut animée et disposée par les dieux dans l'ordre où nous l'admirons aujourd'hui. Nulle religion n'a plus accordé que celle des Celtes à la providence divine. Ce dogme était pour eux la clef de tous les phénomènes de la nature, sans exception. Tous les corps et tous les êtres agissaient d'après l'influence des intelligences subalternes , qui n'étaient elles-mêmes que les organes et les instrumens de la volonté divine. De Là cette erreur commune à tant de nations, qui faisait regarder le tremblement des feuilles, le petilh'ment de la flamme, la chute du tonnerre, le vol ou le chant des

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oiseaux , les mouvemens involontaires des hommes , les sonçies , les visions , comme des instructions ou des inspirations du dieu suprême. De là les oracles, les divinations, les aruspices, les sorts, les augures ^ les présages, illusions enfantées par l'inquiétude et la faiblesse humaine. En admettant cette action immédiate et continuelle de la divinité sur toutes les créatures . les Celtes reuardaient cjmme impossible à l'homme de rien changer au cours des choses et de résister aux destinées. Nous avons déjà vu qu'ils admettaient trois Vierges ou Fées, c£ui déterminaient tous les événemens. Chaque homme avait de plus ime fée qui assistait au moment de sa naissance, veillait sur lui, et marquait d avance tous les événemens de sa vie et le terme de ses jours. C'est à ce dogme de la mythologie celtique qu'il faut attribuer les fables de la féerie et le merveilleux de nos romans gothiques , comme la mythologie des Grecs et des Romains servait à l'embellissement de leurs fictions , de leurs poëmes et de leurs romans. On conçoit combien la croyance à la prédestination devait ajouter à la témérité des peuples les plus belliqueux de la terre. Les habitans du Nord joignaient à cette doctrine un préjugé plus barbare encore et plus dangereux, ils croyaient que le terme de la

vie d'un homme pouvait être reculé si quelqu'un mourait pour lui. Lorsque quelque guerrier célèbre ou quelque prince était près de périr, on croyait c[u 0dm, apaisé par le sacrifice d'une autre victime, révoquait les destins et prolongeait les jours de celui que l'on voulait sauver.

Les préceptes de la religion celte se bornaient à se montrer intrépide à la guerre , à servir les dieux , à les apaiser par des sacrifices, à n'être pas injuste, à se montrer hospitalier pour les étrangers , à être fidèle à sa parole et à la foi conjugale.

Nous allons à présent développer leurs dogmes sur l'état de l'homme après la mort , et sur les dernières destinées de ce monde.

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DOGMES DES CELTES SUR L'ÉTAT DE L'HOMME APRÈS LA MORT, ET SUR LES DERNIÈRES DESTINÉES DE CE MONDE.

« Il viendra un temps , dit \Edda, un âge » barbare, un âge d'épéc, ou le crime infes- » tera la terre, où les frères se souilleront du » sang de leurs frères, où les fils seront les » assassins de leurs pères, et les pères de » leurs enfans; où personne n'épargnera son

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» ami. Bientôt après un hiver désolant sur- )) viendra, la neige tombera des quatre coins » du monde , les vents souffleront avec fu- >» reur, la gelée durcira la terre, trois hivers )• semblables se succéderont sans c^u'aucun » été les tempère. Alors il arrivera des pro- » diges étonnans ; les monstres rompront leur » chaîne et s'échapperont, le grand dragon » se roulera dans 1 Océan , et par ses mouve- » mens la terre sera inondée , les arbres se- » ront déracinés , les rochers se heurteront ; » le loup Fenris ^ déchaîné, ouvrira sa gueule » énorme, qui touche au ciel et à la terre; » le feu sortira de ses naseaux et de ses yeux ; » il dévorera le soleil , et le grand di-agon qui M le suit vomira sur les eaux et dans les airs » des torrens de venin. Dans cette confusion » les étoiles s'enfuiront, le ciel sera fendu , » et l'armée des mauvais génies et des géans , » conduite par leurs princes, entrera pour » attaquer les dieux; mais Hieindal^ l'huis- » sier des dieux, se lève, il fait résonner sa » trompette bruyante; les dieux se réveillent » et se rassemblent; le grand frêne agite ses » branches ; le ciel et la terre sont pleins » d effroi. Les dieux s'arment, les héros se » rangent en bataille; Odin paraît revêtu de » son casque d'or et de sa cuirasse resplen- » dissante ; son larsre cimeterre est dans ses

)i mains; il attaque le loup Fenris; il en est » dévoré, et Fenris périt au même instant. » Thor est étouffé dans les torrens de venin » que le dragon exhale en mourant. Le feu » consume tout, et la flamme s'élève jusqu'au » ciel; mais bientôt une nouvelle terre sort » du sein des flots, ornée de vertes prairies; » les champs y produisent sans culture; les » calamités y sont inconnues; un palais y est » élevé, plus brillant que le soleil, et cou- >) vert d'or. C'est là que les justes habiteront » et se réjouiront pendant les siècles. Alors n \e puissant, le i->aillant^ celui qui gouverne » tout ^ sort des demeures d'en - haut pour >) rendre la justice divine; il prononce ses >> arrêts; il établit les sacrés destins qui du- » reront toujours. Il y a une demeure éloi- » gnée du soleil , dont les yiortes sont tournées » vers le nord; le poison y pleut par mille » ouvertures ; elle n'est composée que de ca- » davres de serpens ; des torrens y coulent, » dans lesquels sont les parjures, les assasins )i et ceux qui séduisent les femmes mariées ; n un dragon noir et ailé vole sans cesse au- » tour et dévore les corps des malheureux » qui y sont renfermés. »

Malgré l'obscurité qui règne dans ces descriptions, on voit (fue les Scandinaves établissaient comme un dogme consacré par la

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religion, l'imniortalité de l'âme et la punition ou la récompense des hommes, suivant quils se conduisaient Lien ou mal. Cette idée était générale parmi les Celtes, et c'était sur elle qu'était fondée l'obligation de servir les dieux et d'être brave dims les combats. Sans ce monument de la mythologie islandaise , nous ne connaîtrions cpie très-imparfaitement ce point important de la religion de nos pères. Remarquons encore que cette mythologie islandaise distingue expressément deux diflerentes demeures pour les heureux, et autant pour les coupables.

La première était le palais d'Odin, nommé P^alhalia , où ce dieu recevait tous ceux qui étaient morts d'une manière violente, depuis le commencement du monde jusqu'à ce bouleversement général de la nature, qui devait être suivi d'une seconde génération.

La seconde était le palais couvert dor, où les justes devaient se réjouir éternellement après le renouvellement de toutes choses.

Il en était de même du lieu des supplices. On en distinguait deux, dont le premier, nommé Nislheim , devait durer seulement jusqu'à la fin du monde; et le second, nommé Naslroud, devait être éternel. Les deux premières demeures semblaient plutôt destinées à récompenser le courage et la violence

que la vertu. Ceux-là seuls qui étaient morts clans les combats avaient droit au bonheur qu'Odin préparait dans le T^alhalla. Toute mort qui n'était point ensanglantée laissait la crainte d'entrer dans le Nislheim , séjour composé de neuf mondes, et réservé à tous ceux qui mouraient de maladie ou de vieillesse. Héla ^ ou la mort, y exerçait son empire; son palais était Y angoisse ; sa table, la famine ; ses serviteurs, Y attente et la lenteur ; le seuil de sa porte, le précipice] son lit, la maigreur; et ses regards glaçaient d'efiroi.

Après avoir lu ces détails, on ne doit point s'étonner si les Scandinaves et les peuples du Nord faisaient de la guerre leur principale occupation, et s'ils portaient la valeur jusqu'à l'excès du fanatisme.

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SUITE DE LA RELIGION DES PEUPLES DU NORD, ET PARTICULIÈREMENT DE LEUR CULTE.

La religion celtique enseignait généralement que c'était offenser les dieux c[ue de prétendre les renfermer dans une enceinte de murailles. On trouve encore en Danemarck, en Suède, en Norwégc , au milieu des plaines ou sur les collines, des autels autour desquels on s'as-

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semblait pour les sacrifices et pour les cérémonies religieuses. Trois longs rocliers dressés sur le sommet d'une petite colline servent de base à une grande pierre plate , sous laquelle est ordinairement une cavité , qui servait probablement à recevoir le sang des victimes. On trouvait ordinairement auprès des pierres à feu , car tout autre feu n'était pas assez pur pour un usage si saint. Quelquefois ces autels sont construits avec plus de magnificence, ou plutôt cette magnificence consistait à donner de plus grandes proportions à ces autels. On en trouve encore un en Sélande ^ dont les pierres sont d'une grosseur prodigieuse; on craindrait aujourd'hui d'entreprendre un pareil ouvrage , même avec les secours de la mécanique, qui manquaient aux hommes d'alors. Ce qui redoid)le l'étonuement, c'est que ces pierres sont très-rares dans 1 île de Sélande; il a fallu les transporter , et ces monumeus grossiers sont plus durables que ceux des arts et de l'industrie. Dans tous les temps , les hommes ont cru que y pour mieux honorer la divinité , ils devaient faire pour elle des efforts prodigieux, et lui consacrer leurs richesses. L Europe et l'Asie prodiguèrent leurs trésors pour construire le temple d'Ephèse. Les peuples du Nord, dont les forces , le courage et la patience étaient

les seules richesses, portaient de lourdes masses de rochers sur les sommets des collines. Dans quelcjues endroits de la Norwége , on trouve aussi des grottes taillées dans le roc avec une patience merveilleuse, et destinées à des usages religieux.

A mesure que les peuples du Nord formèrent de nouvelles liaisons avec les autres peuples du Nord , leur religion s'altéra par degrés, peu à peu les temples s'élevèrent, et les idoles furent adoptées. Les trois principaux peuples de la Scandinavie élevèrent des temples à l'envi ; mais aucun, dit-on, ne fut plus fameux que celui d'Upsal , en Suède. L'or y brillait de toute part, une chaîne de ce métal entourait le toit , quoique sa circonférence eût neuf cents aunes. Haquin , comte de Norwége, en avait hâti un, près de Dronteim , presque égal à celui à'Upsal. Lorsqu'0/aw5 ^ roi de Norwége, embrassa la foi chrétienne^ il fit raser ce temple et briser les idoles. On y trouva des richesses immenses , et entre autres un anneau d'or d'un très-grand prix. L'Islande avait aussi ses temples ; les chroniques en citent deux extrêmement célèbres , et situés l'un au nord, 1 autre au midi de l'île. Dans chacun de ces temples, dit un auteur de ce pays , on trouvait une chapelle particulière ou lieu sacré. C'est là que les idoles

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étaient placées sur un autel, autour duquel on rangeait les victimes qui devaient être immolées; près de la chapelle on voyait un puits profond dans lequel on précipitait les victimes.

Tous ces temples furent rasés lorsque le Danemarck embrassa le christianisme , le souvenir même des lieux qu'ils occupaient est perdu; mais des tables d'autels dispersées dans les bois et sur les montacnes , témoignent encore que les anciens Danois n étaient pas moins attachés à ce culte que les autres peuples du Nord.

Le grand temple <ï Upsal semljlait être particulièrement consacré aux trois grandes divinités. On les y voyait caractérisées par leurs symboles particuliers. Odin tenait une épée dans sa main. Thor ^ à la gauche (^Odin^ avait une couronne sur la tête , un sceptre dans une main , et une massue dans 1 autre. Quelquefois on le peignait sur un chariot traîné par deux boucs de bois , avec un frein d'argent , et la tête environnée d'étoiles. Frigga , à la gauche de Thor , était représentée avec divers attributs qui faisaient reconnaître la déesse du plaisir.

On honorait Odin comme le dieu des combats et de la victoire ; Thor ^ comme celui qui gouverne les saisons , qui dispense les pluies ,

la sécheresse et la fertilité; Frigga^ comme la déesse de l'amour et du mariage.

Il y avait trois grandes fêtes religieuses dans l'année. La première se célébrait au solstice d'Iiiver. Cette nuit s'appelait la nuit mère , comme étant celle qui produisait toutes les autres. Cette époque marquait aussi le commencement de l'année , qui , chez les peuples du Nord , se comptait d'un solstice d'hiver à l'autre.

Cette fête , la plus solennelle de toutes , se nommait Juul , et se célébrait en l'honneur de Thor ou du Soleil , pour en obtenir une année fertile. Pendant cette fête , semblable aux saturnales des Romains , les marques de la joie la plus dissolue étaient autorisées.

La seconde fête était instituée en 1 honneur de la Terre ou de la déesse Frigga. On de~ mandait les plaisirs , la fécondité, la victoire. Elle était placée dans le croissant de la seconde lune de l'année.

La troisième fête , en l'honneur d'Or/m , se célébrait avec beaucoup d'éclat , à l'entrée du printemps , et l'on demandait à ce dieu des combats et des succès heureux dans les expéditions projetées.

Dans les premiers temps , les ofirandes étaient simples , et telles que des peuples pas leurs pouvaient les présenter. Les prémices

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des récoltes et les plus beaux fruits de la terre couvraient les autels des dieux. Par la suite , on immola des animaux. On ofïrit à Thoi' des bœufs et des chevaux engraissés ; à Frigga , le pourceau le plus grand que l'on pouvait trouver ; à Odiîi , des chevaux, des chiens , des faucons, et quelquefois des coqs et un taureau gras.

Quand on eut une fois posé pour principe que l'effusion du sang des animaux apaisait la colère des dieux , et que leur justice détournait sur ces innocentes victimes les coups destinés à punir les coupables , des sacrifices si faciles se multiplièrent ; et dans les calamités publiques , ce sang paraissant trop vil , on fit couler celui des hommes. Cet usage barbare et presque universel remonte à la plus haute antiquité ; mais les nations du Nord le conservèrent jusqu'au neuvième siècle, parce qu'ils reçurent seulement alors les lumières du christianisme , et qu'ils ignoraient les arts qui avaient adouci les mœurs des Romains et des Grecs encore païens. Les peuples du Nord croyaient que le nombre trois était chéri des dieux. Chaque neuvième mois ou trois fois trois , on renouvelait les grands sacrifices ; ils duraient neuf jours , et l'on immolait neuf victimes , soit hommes , soit animaux. Mais les sacrifices les plus solennels

étaient ceux c[ui se faisaient à Upsal , à chaque neuvième année. Alors le roi , le sénat et tous les individus distingués , devaient y assister et apporter leurs offrandes qu'on plaçait dans le. grand temple. Les absens envoyaient leurs présens , et les prêtres étaient chargés de les recevoir. Xes étrangers accouraient en foule. On n'en fermait l'accès qu'à ceux dont l'honneur avait souffert quelque tache , et surtout à ceux qui avaient manqué de courage.

Dans les temps de guerre , on choisissait les victimes parmi les captifs , et , pendant la paix , parmi les criminels. Neuf personnes étaient immolées ; la volonté des assistans et le sort , combinés ensemble , réglaient ce choix. Les malheureux que désignait le sort étaient traités avec tant d'honneurs par l'assemblée , on leur prodiguait tellement des caresses et des promesses pour la vie avenir, c[u'ils se félicitaient quelquefois eux-mêmes de leur destinée. Le choix ne tombait pas toujours sur un sang vil ; plus la victime était chère, plus on croyait racheter la bienveillance divine. L'histoire du Nord est féconde en exemples de rois et de pères qui ont fait taire la nature pour obéir à cette coutume barbare.

Quand la victime était choisie, on la conduisait vers l'autel , où brûlait nuit et jour le

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feu sacré. Parmi les vases de fer et de cuivi'e, un plus graud que les autres, servait à recevoir le sang des victimes. Après avoir tué promptement les animaux , on ouvrait leurs entrailles pour y lire l'avenir ; ensuite on faisait cuire la chair cjue l'on distribuait à l'assemblée.

Lorsque l'on immolait des hommes , ceux que l'on choisissait étaient couchés sur une grande pierre, où ils étaient étouffés ou écrasés. Quelquefois on faisait couler leur sang , et l'impétuosité avec laquelle il jaillissait était l'un des présages les plus respectés ; on ouvrait aussi le corps de ces victimes pour consulter leurs entrailles , et démêler dans leurs cœurs la volonté des dieux , les biens ou les maux à venir. Les tristes restes des objets sacrifiés étaient ensuite brûlés , ou suspendus dans un bois sacré , voisin du temjjle. On répandait le sang en partie sur le peuple , en partie sur le bois sacré ; on en arrosait les images des dieux , les autels , les bancs et les murs du temple au dedans et au dehors.

Près du temple était un puits ou une source profonde ; on y précipitait quelquefois une victime dévouée à Frigga , déesse de la terre. Elle était agréable à la déesse, si elle allait promptement au fond , la déesse alors l'avait reçue. Dans le cas contraire, la déesse

258 LA MYTHOLOGIE COMPAHÉE

la refusait, et on la suspendait dans la forêt sacrée. Près du temple d'Upsal , on voyait un bois de cette espèce , dont chaque arbre et chaque feuille étaient regardés comme la chose la plus sainte. Ce bois, nommé le bois à'Odùi j était rempli des corps des hommes et des animaux que 1 on avait sacrifiés : on les enlevait quelquefois pour les brûler en l'honneur de Thor , ou le soleil; et l'on ne doutait pas que l'holocauste ne lui eût été très-agréable , lorsque la fumée s'élevait directement. Lorsque l'on immolait une victime , le prêtre disait : Je te dés^oue à Odin , je t'envoie à Odin, ou je te déuoue pour la bonne récolte , pour le retour de la bonne saison. La cérémonie se terminait par des festins où l'on déployait toute la magnificence connue dans ces temps-là. Les rois et les principaux seigneurs portaient les premiers des s<tntés ou saints en l'honneur des dieux ; chacun buvait ensuite en faisant sa prière ou son vœu.

Quelque horreur que nous ayons aujourd'hui pour les sacrifices humains , il est à remarquer, d après les rapports de Ihistoire , que cet usage barbare était presque général sur la terre. Les Gaulois ont offert lon<xtemps des hommes à leur dieu suprême , Esus ou Teutat. Les premiers habitans de

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la Sicile , de l'Italie , les Bretons , les Phéniciens ,les Carthaginois , tous les peuples connus de l'Europe et de l'Asie se sont couverts du même opprobre. Les Péruviens , les Mexicains offraient habituellement des sacrifices humains. Les derniers immolèrent une fois , dans une seule occasion , cinq mille prisonniers de guerre. Les peuples errans de lAfrique et de l'Amérique s'abandonnent encore à cette coupable démence. On cesse de s'en étonner , en songeant combien les nations ignorantes sont sujettes à tomber dans l'erreur. L'homme naît environné de dangers et de maux ; si la protection des lois et le secours des arts ne le rassurent point au sortir de l'enfance ; s ils ne l'adoucissent pas et ne répandent pas dans son âme le calme et la modération que font germer les affections paisibles et sociales , il est bientôt environné de mille noires terreurs qui le rendent féroce et défiant. Tous les êtres qui partagent ses besoins deviennent en quelque sorte ses annemis ; de là cette soif de vengeance et de destruction que les peuples ne peuvent assouvir lorsqu'ils n'ont aucun respect pour la justice et le droit sacré de la propriété ; de là cet impie préjugé qui leur fait imaginer les dieux sanguinaires comme eux ; de là ces lois de sang qui frappent avec un poignard le

260 LA ÎIYTHOLOGIÊ COMPARÉE

malheureux qui veut réclamer ses droits après qu'il a été dépouillé par le crime et la force réunis contre lui.

Le même esprit d'inquiétude qui portait les peuples de l'Asie et de la Grèce à cherclier tous les moyens de pénétrer dans l'avenir , agissait avec non moins de pouvoir sur les peuples du Nord. En étudiant avec soin les phénomènes de la nature , ou plutôt ce qu'ils regardaient comme les actions visibles de la divinité , ils espérèrent parvenir à connaître ses goûts , ses inclinations et ses volontés. Les oracles , les augures , les divinations et mille pratiques de ce genre , naquirent en foule de cette opinion. Les trois Parques^ dont nous avons déjà cité les noms , rendaient les oracles dans les temples. Celui d'Upsal était le plus célcljre par ses réponses comme par ses sacrifices.

On croyait généralement que les devins et les devineresses avaient des esprits familiers qui ne les quittaient point, et qu'ils pouvaient consulter sous la forme de petites idoles. On ci'ovait que d'autres évoquaient les mânes de leurs tombeaux , et les forçaient à raconter les destinées. Odin annonçait qu'il avait ce i)OUvoir ; une ode islandaise très-ancienne le peint descendant aux enfers, où il consulte une prophétesse célèbre.

AVEC l'histoire. 26 I

L'ignorance , qui faisait regarder la poésie comme une chose surnaturelle , persuadait aussi c[ue les lettres ou caractères riuiiques renfermaient des propriétés mystérieuses et magiques. Odin , cjue l'on regardait comme l'inventeur de ces caractères , assurait que , par leur moyen , il pouvait ressusciter les morts. Il y avait des lettres runiques pour obtenir la victoire , pour se préserver du poison , pour guérir les maux du corps , pour dissiper les chagrins. On employait les mêmes caractères dans tous les cas diftérens ; mais on variait leur combinaison , et la manière de les tracer. Tantôt c'était de la droite à la gauche , ou de Ja gauche à la droite ; quelquefois du haut en bas , ou en cercle , ou contre le cours du soleil.

Nous ne retracerons pas plus longuement le spectacle humiliant de la crédulité , de l'ignorance et de l'erreur des hommes ; ce que nous avons rapporté suffit pour faire connaître et sentir combien il était nécessaire que les hommes fussent guidés par des lumières supérieures à celles de leur raison.

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