‹ La mythologie comparée avec l'histoire;Chapitre 144 sur 151 · DE LA GRANDE-BRETAGNE · texte numérisé non relu

DE LA GRANDE-BRETAGNE

Pendant l'enfance des états comme pendant celle des hommes , les actions éclatantes sont rares , les arts et les sciences ne naissent qu'à la suite des siècles. Il en est de même des historiens , ils n'existent que parmi les nations déjà civilisées ; et si quelques faits des premiers âges nous parviennent , ils sont exagérés ou altérés par des traditions incertaines.

Nous avons déjà fait remarquer que toutes les nations se donnent pour fondateurs des dieux ou des héros imaginaires : nous avons montré les Grecs faisant des efforts pour voiler leur origine ; mais leurs fables mêmes ( ce mélange bizarre de leurs souvenirs et des écarts de leur imagination ) deviennent des monumens qui déposent en faveur de la vérité. Le nom d un dieu , celui d'un sage in-

connu jusqu'alors , et qu'il a fallu désigner par un mot pris dans une langue étrangère , sont les traces que la vérité laisse derrière elle , et que tous les efforts de l'amour-propre ne peuvent effacer.

Dans le tableau général que nous avons essayé de tracer pour faire connaître l'origine de l'idolâtrie et l'ensemLle de la mythologie, on a pu reconnaître que c'est vers les contrées orientales qu'il faut porter ses regards , si l'on veut apercevoir le véritable berceau du genre humain. Plus on approfondit l'histoire , plus elle apprend que ces riches et belles contrées furent la terre natale de nos premiers pères , et qu'elles furent aussi le centre brillant d'où les arts et les sciences se répanthrent sur le reste de l'univers.

Il serait beaucoup plus difficile , peut-être même impossible , d'indiquer comment et dans quel temps les îles Britanniques furent habitées. L'étude de l'histoire naturelle porte à croire qu'elles faisaient autrefois partie du continent de l'Europe ; mais ni la mémoire ni les monumens des hommes n'ont rien conservé qui puisse indiquer l'instant de cette séparation. C'est bien assez de porter ces observations sur les siècles qui ont laissé quelques vestiges , sans se perdre avec une inutile audace dans les époques imaginaires. La vanité

ZbL\ LA MYTHOLOGIE COMPAREE

humaine veut en vain reculer le temps ; ses plus longues périodes ne seront jamais qu'un point imperceptible au milieu de l'éternité qui les précède et les suit.

Sans prétendre indicpier le temps où l'Angleterre se peupla , il est probable que les Gaules furent habitées avant elle. Il est naturel de penser cjue les hommes ne se hasardèrent à travers les mers et à se fixer dans les îles , que lorsqu ils y furent forcés par une surabondance de population.

Nous savons que les Celtes étaient les maîtres de lEurope depuis l'embouchure de rOby, en Russie , juscfu'au caj) Finistère. La même langue adoptée chez des nations séparées les unes des autres par des pays immenses , est le seul monument cpii nous reste ; mais il ne jette aucune lumière sur les commencemens de leiu' histoire.

Les plus renommés de tous les Celtes sont ceux qui habitaient les Gaules , et c'est aux histoi"iens des nations contre lesquelles ils ont eu des guerres fréquentes cpi'ils doivent leur célébrité. Jules César et Tacite disent que la Grande-Bretagne fut le premier pftys (rue peuplèrent les Celtes des Gaules.

La situation respective des lieux rend cette opinion probable , et la conformité de langage et de coutumes qui existait entre les Bre-

AVEC l'histoikl. 2C5

Ions el les Gaulois ne laisse aucun douîe sur cette origine. 11 paraît que la colonie cauloîse s'établit d'aLord dans la portion de l'île qui est vis-à-vis des Gaules ; elle s'étendit ensuite vers le nord , et peupla par degrés l'île entière.

Quelle que soit l'origine des Labitans de la Grande-Bretagne , ils furent asssez>ombreux et surtout assez courageux pour résister aux Romains , maîtres du reste du monde connu .

Leur gouvernement alors était un mélange de monarchie et d'aristocratie. Les chefs veillaient à l'exécution des lois; mais le pouvoir législatif était entre les mains des druides. Les peuples regardaient comme les organes infaillibles delà divinité ces pontifes si célèbres par leur divination et celle de leurs femmes , par leur prétendu commerce avec le ciel , et par leur manière de vivre qui était aussi austère que retirée. C'était d'après les ordres de ces pontifes suprêmes que la nation se réunissait sous un seul chef, dont la magistrature, semblable à la dictature romaine, ne devait durer que le temps nécessaire pour écarter les dangers ou terminer les guerres.

Les druides conservèrent pendant longtemps^ette grande autorité chez les Celtes ,

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