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et surtout dans la Grande-Bretagne ; mais , dès le second siècle , leur crédit baissa considérablement , parce que les guerres se multiplièrent , et parce que la noblesse, entraînée par son bouillant courage , ne se pressa plus autant d'entrer dans cet ordre. Le nombre des prêtres diminua, et les préceptes de Ja religion furent bientôt altérés et presque oubliés dans le tumulte des camps.
La victoire, en favorisant ceux des chefs (^ue l'on nommait Fergobrets (titre égal à celui de rois) , rendit leur pouvoir plus indépendant des druides. Tremnor, bisaïeul du célèbre Fingal , avait été élu vergobret par les tribus victorieuses qu'il avait conduites aux combats. Les druides députèrent vers lui pour lui ordonner de se démettre de son autorité. Le refus de Tremnor fit naître une guerre civile, dans laquelle un très-grand nombre de druides périrent ; ceux qui purent échapper au carnage se cachèrent au fond des forêts et des cavernes, où ils avaient coutume de se retirer pour se livrer à leurs méditations ; et les vergobrets , ou rois , s'emparèrent seuls de toute l'autorité.
Cependant les rois et les chefs des tribus , pour aflermir leur pouvoir, pour rendre liommage à la religion, et pour avoir des (hantres de leurs exploits, rappelèrent les
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Lardes du fond des forêts. La fonction de ces druides, dun rang inférieur, était de chanter les dieux et les héros. Les vainqueurs, jaloux d'immortaliser leurs noms, éparirnèrent ces dispensateurs de la gloire ; ils les attirèrent dans leurs camps, et, la reconnaissance animant la poésie des bardes , ils peignirent leurs protecteurs comme des héros doués de toutes les vertus. Ces disciples des druides étaient admis à la science et associés aux mystères des premiers pontifes. Leur génie et leurs connaissances les élevaient au-dessus du vulgaire. Ils consacrèrent leurs chants à la peinture de toutes les vertus et de tous les sentimens héroïques. Les rois s'empressèrenf de prendre pour modèles les héros des poëmes imaginés par les bardes. Les chefs des tribus s'efforcèrent d'égaler les rois ; et cette noble émulation , se communiquant à toute la nation , forma le caractère général des habitans de la Grande- Bretagne , qui , dans tous les temps , surent unir à la valeur fière des peuples libres les plus belles vertus des nations civilisées.
La gloire d'un grand peuple éveille le génie de l'homme sensible que la nature a doué d'une belle imagination ; il brûle d'immortaliser son pays. Le langage vulgaire lui paraît au-dessous des actions qu'il veut célébrer. Il
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eait que la mesure et î'harmonie imprimeront plus facilement ses récits dans la mémoire. Telle fut sans doute l'origine de la poésie chez tous les peuples, et cet art faisait partie de la religion des druides.
L'usage constant chez toutes les nations, de répéter les poëmes historiques dans les occasions solennelles, et de les faire apprendre aux enfans , a suffi pour les conserver longtemps sans le secours de l'écriture.
Lies Germains ont transmis jusqu'au huilième siècle ces traditions poétiques; il ne faut donc pas s'étonner si les habitans de la Grande-Bretagne, toujours si attachés au souvenir de leurs ancêtres , ont transmis de génération en génération les poëmes de leurs bardes. C'est à cet usage, conservé parmi les liabitans les plus reculés des montagnes , que Macpherson a dû la possibilité de recueillir les poésies du célèbre Ossian.
Les bardes , après avoir été pendant longtemps les premiers instituteurs et les premiers historiens de leur pays , descendirent de ces hautes fonctions à celle d'être les flatteurs de ceux qui les protégeaient , ou les détracteurs de ceux qu'ils regardaient comme leurs ennemis. Les petites passions ont toujours la funeste propriété d'égarer et même d'éteindre le génie. Les bardes , en oubliant les uobles
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inspirations de leur prédécesseurs, n eurent plus d'autre pouvoir que celui d amuser ou de flatter l'amour-propre. L'orgueillui-méme se lasse des éloges dont intérieurement il se reconnaît indigne : les grands dédaignèrent Lientôt le§ basses flatteries des bardes. Ils ne lurent plus accueillis que par la multitude ; mais n'ayant plus assez de talens pour peindre la vérité sous des couleurs intéressantes , ils eurent recours aux inventions les plus puériles ; le ridicule merveilleux des châteaux enchantés, des fées, des nains, des géans , vint succéder aux tableaux les plus sublimes de la poésie; cet abus fatigua le peuple lui-même; il délaissa ces bardes , ils disparurent.
Les guerriers cependant conservèrent leur valeur, et ne voulurent point renoncer au brillant avantage d'entendre célébrer leurs exploits; le courage et le noble désir de secourir les opprimés et de redresser les torts, firent naître l'esprit de chevalerie; il produisit des prodiges d'héroïsme, et les grandes actions réveillèrent le génie de quelques hommes. Ceux-ci vinrent remplacer les bardes , sous le nom de Troubadours . Il paraît que; c'est jusque-là qu'il faut remonter pour trouver l'origine de ces romans de chevalerie , si singuliers et si beaux qu'ils causent encore
aujourd'hui notre admiration. On doit se rappeler, en les lisant, que, pour attacher, ils avaient besoin d'être vraisemblables ; car l'art ne peut se faire aimer qu'en imitant bien la nature. Quelle idée ne devons-nous pas avoir des chevaliers que l'on a voulu peindre dans les romans de la Table Ronde , du Sainl- Gréal , des Amadis ! etc. , etc.
Un esprit juste retranchera toujours de ces récils ce qui ne tient qu'au merveilleux ; mais tout cœur noble et valeureux se gardera bien de révoquer en doute les prodiges de la vaillance.
Il est à remarquer que c'est dans la Grande- Bretagne que les Troubadours et les vieux romanciers placent les héros des premiers romans de chevalerie. Il faut aussi remarquer que tous les historiens , après avoir peint les druides comme des pontifes très-supérieurs à ceux des autres nations, se réunissent tous pour placer les druides de l'Angleterre audessus des druides des autres pays. Ils vantent ceux du collège de Chartres ^ ceux de la forêt de Marseille , ceux des environs de Toulouse ; mais tous ajoutent que , lorsque dans ces collèges on trouvait un sujet qui annonçait de grandes dispositions , on l'envoyait se perfectionner à l'école des druides de la Grande-Bretagne. 11 résulte de cette suite
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d'observations que, dès les temps les plus anciens , les habitans de la Grande-Bretagne ont étonné le reste du monde par leur sagesse . leurs lumières et leur bravoure.