‹ La mythologie comparée avec l'histoire;Chapitre 146 sur 151 · IDEES RELIGIEUSES DES PREMIERS HABITAIS DE LA GRANDE-BRE- TAGNE · texte numérisé non relu

IDEES RELIGIEUSES DES PREMIERS HABITAIS DE LA GRANDE-BRE- TAGNE

Il paraît certain que les premiers Bretons n élevaient aucun temple à la divinité. On trouve même dans les poésies d'Ossian, que ce barde sublime témoigne du mépris pour les temples et le culte à'Oclin , dieu des Scandinaves, qu'il appelle Loda. Ossian représente ces peuples invoquant leur dieu, autour d'une statue qu'il appelle la pierre du pouiH)ir. Il blâme ce culte, et le reearde comme impie. Les druides, les bardes et les peuples qu'ils instruisaient, regardaient la nature entière comme le temple de la divinité. On ne peut douter qu'ils avaient des notions sur l'existence d'un Etre suprême , puisqu'ils croyaient à l'immortalité de l'âme, aux peines et aux récompenses dans l'autre vie.

Suivant leur opinion, les nuages étaient le séjour des âmes après le trépas; les hom-

mes vaillans et vertueux étuient reçus avec joie dans les palais aériens de leurs pères , tandis que les médians , les lâches et les barbares étaient exclus de la deineure des héros, et condamnés à errer sur les vents. Il y avait différentes places dans les palais des nuages. Le mérite et la bravoure obtenaient la première , et cette idée servait à redoubler l'émulation des guerriers. Lame conservait les mêmes goûts que pendant la vie. Les palais aériens n'otïraient que les mêmes honneurs que l'on avait toujours préférés.

On croyait que les âmes commandaient aux vents, aux tempêtes : mais leur pouvoir ne s'étendait j)as jusque sur les hommes. Jajnais un héros ne pouvait entrer dans le palais do ses pères, si les bardes n'avaient pas chanté sur lui l'hymne funèbre : cet hymne parait avoir été la seule cérémonie essentielle de leurs funérailles. On étendait le corps sur une couche d'argile , au fond dune fosse de six ou huit pieds de profondeur. On plaçait à côté d'un guerrier son épée et douze flèches. On recouvrait son corps d'une seconde couche d'argde, sur laquelle on mettait un bois de cerf ou de quelque autre bête fauve; quelquefois on tuait son dogue favori pour le ])lacer sur cette couche d'argile. On recouvrait le tout d'une terre choisie, et quatre

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pierres rangées aux quatre côtés marquaient l'étendue de la tombe.

Un barde seul pouvait ouvrir les portes du palais aérien, en chantant l'hymne funèbre. L'oubli de cette cérémonie laissait l'âme dans les brouillards du lac Légo ou de quelques autres , et l'on attribuait aux âmes oubliées et malheureuses les maladies fréquentes , et quelquefois mortelles, que causent les vapeurs des lacs et des marais. On prévoit avec quel soin les bardes entretenaient les opinions qiu rendaient leur ministère si consolant et si nécessaire.

On ne croyait point que la mort put rompre les liens du sang et de l'amitié. Les ombres s'intéressaient à tous les événemens heureux ou malheureux de leurs amis. Aucune nation dans le monde n'a donné plus de croyance aux apparitions. Les montagnards , surtout, semblant se plaire dans les plus sombres idées , allaient souvent passer des nuits au milieu des bruyères; le sifflement des vents et le bruit des torrens leur faisaient croire cju'ils entendaient la voix des morts; et lorsque le sommeil venait les surprendre au milieu de leurs rêveries, ils regardaient leurs songes comme des présages certains de l'avenir.

Les bons ou les mauvais esprits n'apparaissaient pas de la m-êîîie manière : les 1 ons se

montraient à leurs amis pendant le jour et dans les vallées riantes et solitaires ; les mauvais ne se montraient jamais que pendant la jiuit , au milieu des orages et des vents.

La mort ne détruisait pas le charme des belles ; leurs ombres conservaient les traits et les formes de leur beauté ; la terreur ne les environnait jamais; et, lorsqu'elles traversaient les airs , leurs mouvemens étaient eracieux,etle bruit léger qu'on entendait avait quelque chose de doux et de rassurant. Au moment d'exécuter une grande entreprise, on croyait que les âmes des pères descendaient fie leurs nuages et venaient prédire le bon ou le mauvais succès : elles avertissaient du moins par quelques présages lorsqu'elles ne se laissaient pas apercevoir.

Chaque homme croyait avoir son ombre tutélaire qui le suivait sans cesse ; lorsque sa mort approchait, l'esprit protecteur se montrait à lui dans la situation où il devait mourir, et il poussait des cris plaintifs. A la mort des grands personnages , on était persuadé que les âmes des bardes morts chantaient pendant trois nuits autour de son fantôme.

On croyait généralement que , dès qu un guerrier cessait d exister, les armes quil avait dims la maison paraissaient teintes de sang ; que son ombre allait visiter le lieu de

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sa naissance , et qu'elle apparaissait à ses dogues , qui poussaient à son aspect des hurlemens lugubres.

C'était aux esprits que l'on attribuait la plupart des eliets naturels. L'écho venait-il frapper les oreilles, c'était l'esprit de la montagne que l'on entendait. Le bruit sourd qui précède les tempêtes était le rugissement de l'esprit de la colline. Si le vent faisait résonner les harpes des bardes , c'étaient les ombres qui, par ce tact léger, prédisaient la mort d'un grand personnage. Un chef ou un roi ne perdait jamais la vie sans que les harpes des bardes attachés à sa famille ne rendissent ce son prophétique.

Ou sent combien il paraissait consolant de peupler toute la nature des ombres de ses ancêtres et de ses amis , dont on se croyait sans cesse environné. Malgré toute la mélancolie qu'inspiraient ces idées, on sent combien elles avaient d'intérêt et de charmes : elles suffisaient pour attacher et remplir l'imagination. C'est à cette cause, sans doute, qu'il faut attribuer le petit nombre des divinités que l'on honorait en Angleterre; il parait même certain qu'Êsus , Dis , Ptuton , Samothès , Teutatès et quelques autres dieux, n'étaient parvenus à leur cormaissance que par leur communication avec les étrangers. Les Pictcs

et les Saxons leur firent connaître leur .^ndaie , déesse delà victoire : les Romains leur apportèrent aussi quelques-uns de leurs dieux. Tacite et Dion Gassius assurent que ce furent les Gaulois qui apportèrent en Angleterre l'horriLle coutume d'immoler des victimes humaines. En étendant plus loin ces recherches, on retrouverait aussi des vesti£;es du culte des Phéniciens ; car tout sert à prouver que, dès les temps les plus reculés, ces prejniers navigateurs du monde venaient apporter leurs marchandises dans la Grande-Bretagne , et les changeaient contre de l'étain ; mais nous n'entrerons pas dans de plus grands détails sur ces cultes venus des étrangers, puisque toutes les histoires , toutes les traditions et toutes les coutumes prouvent jusqu'à révidence que la religion des druides était la seule qui fût généralement adoptée.

Nous allons nous occuper du soin de faire connaître ce que l'histoire et les traditions ont conservé de plus certain sur ces hommes ?i célèbres.

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