HISTOIRE DE CYBELE
Quoique Cybèle soit au nombre des divinités de la terre, nous allons donner son histoire, parce qu'elle était femme de Saturne et mère de Jupiter.
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Cybèle était généralement regardée comme la mère de la plupart des dieux ; ce qui lui fit donner le nom de Magna Mater, la Grande Mère.
On lui donna beaucoup de noms ; les plus connus sont DincJymèiie , Idea , Berecjîithia. Ils viennent de différentes montagnes où on lui rendait un culte particulier. On l'appelait aussi Ops et Tellus, parce qu'elle présidait à la terre, comme Saturne, son époux, présidait au ciel ; elle eut aussi le nom de Rhea , c[ui dérive du grec et signifie couler^ parce que c'est de la terre que toutes choses proviennent.
Ordinairement on représente Cybèle assise, pour montrer la stabilité de la terre. [Voyez la fig. 4.) Elle porte un tambour ou un disque, symbole des vents que la terre renferme : on lui voit sur la tète une couronne formée avec des tours. Sa figure estcelle d'une femme forte, et, pour mieux désigner la fertilité de la terre , on lui donne la grosseur d'une femme près d'accoucher. On place des clefs dans ses mains, pour exprimer que pendant l'hiver elle conserve dans son sein les semences de tous les fruits. Enfin , ses temples étaient d'une forme ronde, pour les rendre conformes à la rondeur de la terre.
Les fêtes de Cybèle se nommaient Megali-
zia , et ses prêtres se nommaient Galli, noms (ju'ils tiraient d'un fleuve de Phrygie. On prétend que , dès qu'ils avaient bu de l'eau de ce fleuve, ils entraient dans une telle fureur, qu'ils se frappaient à coups d'é2)ée : ce qui leur fît donner (à ce que prétendent quelques auteurs) le nom de Corjbantes ^ qui signifie fiuipper ; mais nous verrons qu'on peut encore lui opposer une autre origine. Ces prêtres étaient quelquefois nommés Curetés. Ce nom leur était donné à cause de l'île de Crète, où ils avaient élevé Jupiter. On les appelait aussi Dactyles ., d'un mot grec qui veut dire doigts , parce qu'ils étaient au nombre de dix comme les doigts de la main. Les fêtes de la Grande Déesse se célébraient au bruit des tambours, avec des liurlemens et des cris extraordinaires. A Rome, elle avait un temple nommé Opertum, dans lequel les hommes n'étaient jamais admis ; et la fête des îavations en l'honneur de Cybèle y avait une grande célébrité.
Pendant cette fête , on portait sur un char, et dans la plus grande pompe , la statue de la déesse. Un immense cortège laccompagnait jusqu'à l'endroit où le fleuve Almon tombe dans le Tibre. Lorsqu'on était parvenu à ce lieu, on lavait la statue de la déesse dans les eaux du fleuve. Cette solennité, qui arrivait le 25 de mars, fut instituée en mémoire du
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temps où le culte de Cybèle fut apporté de Phrygie à Rome.
Les Romains , ayant lu dans les vers des Sibylles (dont nous parlerons dans la suite de cet ouvrage), qu'ils devîiient honorer Cy- Lèle comme étant la mère des dieux , ils envoyèrent une brillante ambassade en Phrygie, pour demander la statue de la déesse, qui était d'une pierre noire. La demande ayant été accordée , on la fit transporter par mer ; mais, dès que l'on fut à l'embouchure du Tibre, le vaisseau s'arrêta sans que rien put le faire avancer. L'oracle, ou le livre des Sibylles, fut consulté de nouveau , et la réponse fut qu'une vierge aurait seule le pouvoir de le faire entrer dans le port.
Le désir de plaire est toujours dangereux , lorsqu'on s'y livre avec imprudence et sans réserve. Il avait eu jusqu'alors trop d'empire sur la jeune et belle Claudia ; des doutes injurieux commençaient à s'élever contre elle, et vainement elle versait des larmes amères en voyant sa réputation se flétrir. Instruite de la réj)onse de l'oracle, elle sollicite, comme une grâce , l'ordre d'être soumise à cette épreuve ; elle l'obtient ; et se présente au milieu du peuple romain , parée de toute sa beauté. Sa démarche , à la fois modeste et fière , annonce qu'elle est au-dessus de la
crainte ; indignée des soupçons dont elle con naît l'injustice, sûre de sa vertu, elle adresse hautement sa prière à la déesse, attache sa ceinture au vaisseau, et, dans l'instant même, on le voit avancer sans résistance.
L'histoire nous apprend que Gybèle était fille d'un roi de Phrygie ; elle quitta ce pays pour venir dans le Latium, où elle épousa Saturne. Ce fut elle qui, la première, fit fortifier les murailles des villes avec des tours ; ce qui a donné lieu à la représenter avec une couronne de tours sur la tête. Cybèle, avant d'être destinée à devenir l'épouse de Saturne, avait vu Atys , jeune Phrygien; elle désira se l'attacher ; mais il lui préféra la nymphe Sangaride , fille de Sangar, roi de Phrygie. La fable dit que la déesse se vengea d'Atys sur la personne de Sangaride : la vie de cette nymphe était attachée au sort d'un arbre ; il fut abattu à coups de cognée , et la nymphe périt. Atys, au désespoir, ne put modérer ses fureurs ; sa frénésie le conduisit dans les montagnes de Phrygie , où il se donna un coup de couteau. Il était près de perdre la vie, lorsque Cybèle, ayant pitié dun mortel qu'elle avait tant aimé, le changea en pin, arbre qui lui fut consacré depuis ce temps. Cette fable d'Atys et de Sangaride est fondée sur ce queMidas, roi de Pessinunte, promit
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sa fille en mariage au jeune Atys. Cyhèle , avertie qu'elle avait une rivale, rassembla des troupes, courut à Pessinunte , fit enfoncer les portes de la ville à coups de cognée. Atys voulut en vain résister à cette attaque; il y fut dangereusement blessé ; ce qui causa le désespoir et la mort de Sangaride.
Les seuls rcnseignemens de Ibistoire sur la naissance et le nom de Cybèle sont qu'elle fut exposée au moment de sa naissance, sans en dire la cause, ni comment elle fut reconnue par son père , roi de Pbrygie , et on l'appela Cybèle , du nom de la montagne sur laquelle elle avait été exposée.
Quelques étymologistes croient que ce nom vient d'un mot hébreu qui signifie enfanter avec douleur ^ et que la tradition d'Eve, condamnée à enfimter avec douleur, est cachée sous cette ftible.
Le culte de Cybèle et delà Terre est extrêmement ancien. Plusieurs auteurs disent que ce fut Cadmus qui l'apporta en Europe. Ils disent que Dardanus , contemporain de Cadmus , après la mort de son frère Jasion , conduisit Cybèle sa belle-sœur, et Corybas son neveu, jusque dans la Pbrygie, où ils introduisirent les mystères de la Terre et de la mère des dieux. Ils assurent que Cybèle donna son nom à cette déesse , et que les
corybantes , ses prêtres , prirent leur nom de Corybas. Voilà ce qui, par la suite, a fait croire que Cyhèle était la mère des dieux. Ce qu'il y a de certain , c'est que la grande déesse de Syrie est la même que Rliéa. La déesse Astergatis était le symbole de la terre, et les Égyptiens l'bonoraient en même temps que la lune , sous le nom cl'Isis.
Telle palpait être l'origine du culte de la terre , qui passa , avec les autres cérémonies des Egyptiens, d'abord, dans la Syrie et la Pbénicie , ensuite dans la Pbrygie , qui est une partie de l'ilsie-Mineure , d'où il arriva dans la Grèce et dans l'Italie. Ou trouvera c[ue l'idolâtrie et les fables ont presque toutes suivi la même marcbe. Les Romains se distinguèrent extrêmement par le culte qu'ils rendaient à la mère des dieux.
On donne souvent à Cybèle le nom de Vesta prisca ou Testa tellus ; ainsi il faut la distinguer de la seconde Vesta, fille de Saturne, qui était la déesse du feu, et qui présidait à la virginité. Nous allons donner son histoire.
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