DES METAMORPHOSES DE JUPITER
Il serait impossible de rendre un compte exact de toutes les métamorphoses de Jupi-
ter ; nous nous bornerons à citer une des principales, et nous y joindrons quelques-unes de celles qu'il fît subir aux mortels, soit pour les récomj)enser, soit pour les j)unir.
Il prit la forme d'un aigle pour enlever Ganymède, fils de Tros , roi des Troyens, qu'il chargea du soin de verser le nectar aux dieux à la place d'Hébé , déesse de la jeunesse. Cette métamorphose de Jupiter ne fut point la seule cause qui fit représenter un aigle à ses pieds. La fable, confondue avec Ihistoire, rapporte que Péri]>has, roi d'Athènes, se fit tellement aimer de son peuple , que ses sujets voulurent l'adorer comme Jupiter lui-même, c'est-:i-dire n'avoir pas d'autre souverain. Jupiter oflensé voulut foudroyer ce mortel ; mais il se contenta de le changer en aigle , et de l'employer lorsqu'il voulait traverser les airs. On aperçoit dans cette fiction que Jupiter le dépouilla de son royaume , et lui donna quelque emploi dans sa cour.
L'on trouve aussi dans l'histoire, c|ue Jupiter, avant de partir de Naxe pour aller combattre les Titans , voulut oiïrir un sacrifice sur le rivage; pendant qu'il rendait hommage aux dieux, on vit un aigle voler vers lui, et s'arrêter sur sa tête.
Lorsque Jupiter voulait parcourir la terre . il conserv.'it rarement ses attributs divins.
AVEC l'histoire. ' \'l~.
Dans une de ses courses , il alla loser chez Lj'^caon , prince arcadien très-cruel , qui faisait mourir les étrangers qui arrivaient dan? ses états. Il lui fit cependant connaître son rang suprême ; mais Lycaon , voulant éprouver si c'était vraiment Jupiter, lui fit servir les membres d un de ses hôtes qu'il avait mis à mort. Ce crime horrible fut puni dans l'instant. La foudre réduisit le palais en cendres ; et Lycaon fut changé en loup , pour qu'il conservât , sous cette forme , l'empreinte de sa férocité.
En cherchant l'explication de cette fable , nous trouvons que Lycaon , prince très-inférieur à Jupiter, abusait souvent de son pouvoir pour commettre des crimes. Jupiter , avant de le punir , voulut connaître la vérité par lui-même ; il alla dans la cour de Lvcaon . et, l'ayant reconnu coupable, il en fit une prompte justice.
Quelques auteurs donnent une autre explication de cette fable : ils disent que Lycaon , fanatique et cruel , crut rendre plus d'honneur à Jupiter en lui sacrifiant un enfant ; mais que ce prince, ou ce dieu, pénétré d horreur, le punit sur-le-champ. Nous avons vu qu'au moment de la naissance de Jupiter il fut nourri avec le lait de la chèvre Amalthée : la fable dit que le dieu, pour la récompenser, la plaça
128 LA JiYTIlOLOGIE COMPARÉE
parmi les astres avec ses deux chevreaux , et en forma le signe des chevreaux; elle ajoute que, voulant reconnaître les soins que les nymphes avaient pris de son enfance, il leur donna une des cornes de la chèvre Amalthée , en y joignant la vertu de produire tout ce qu'elles pourraient désirer ; ce qui la fit nommer corne d'abondance.
Il est aisé d'apercevoir que cette faculté de produire tous les biens n'était autre chose que la pix)messe faite par Jupiter de ne jamais refuser les demandes qu'elles voudraient lui faire ; il faut expliquer à peu près de la même manière la corne d'abondance qu'Hercule reçut du fleuve Achéloûs. La fable raconte que ce fleuve, devenu rival d'Hercule auprès de la nymphe Déjanire , essaya de le combattre, et fut vaincu. Achéloiis se métamorphosa en taureau^ et sous cette nouvelle forme il vint attaquer son rival, qui, après l'avoir terrassé une seconde fois, lui enleva une de ses cornes. Achéloûs ne put obtenir qu'elle lui fût rendue qu'en cédant à son vainqueur la corne d'abondance.
Voici Ihistoire de cet échange. Le fleuve Achéloûs , considérablement grossi par les 2)luies ou les fontes de neige, déborda sur les terres en culture, et les ravagea. Hercule fit élever des digues , pour garantir les récoltes
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de nouveaux dégâts ; elles se trouvèrent trop faibles, et furent rompues. Hercule trouva moyen de les réparer, et laissa subsister quelques canaux bien ménagés , pour donner aux eaux du fleuve la possibilité de porter la fertilité dans les terres en les arrosant ; les poètes célébrèrent ce bienfait en imaginant la fable de 1 écbanee de la corne d'abondance contre celle du fleuve Acbéloiis.
Nous n'étendrons pas davantage l'histoire des métamorphoses de Jupiter, parce qu'on les retrouvera dans les fables des dieux , des demi-dieux et des héros.