HISTOIRE DE GÉRÉS
L'histoire et la fable de Gérés tiennent à celles des dieux des enfers ; mais nous croyons devoir les rapporter en partie, pour faciliter davantage la connaissance de la famille des Titans. La même raison nous fera donner,
à sa suite, quelques détails sur Atlas et ses filles.
Gérés {Fig. 9 ) était fille de Saturne et de Cybèle : on la regarde comme la première inventrice de l'art de cultiver la terre. Pluton , son frère, lui ayant enlevé sa fille Proserpine jDOur la transporter dans les enfers ( c'est-à-dire dans l'Espagne), Gérés se plaignit de cet enlèvement à Jupiter. Ge dieu décida qu'elle irait aux enfers redemander sa fille, et que Pluton serait forcé de la rendre , pourvu qu'elle restât sans boire et sans manger pendant le séjour qu'elle y ferait. Malheureusement, elle avait déjà sucé quelques grains de grenade : Ascalaplie la dénonça ; ce qui irrita tellement Gérés , qu'elle lui jeta -de l'eau du Phlégéton sur le visage, et aussitôt Ascalaplie fut métamorphosé en hibou, oiseau c{ui annonce les malheurs. Minerve le prit depuis sous sa protection , parce qu'il veille et distingue les objets pendant la nuit ( allégorie qui convient parfaitement à la sagesse, toujours en garde contre la surprise ).
En cherchant le sens de cette fable , on trouve que les conseils d'Ascalaphe déterminèrent Proserpine à recevoir Pluton pour époux; ce que Gérés vit avec douleur. Ascala- |>he devint l'objet de sa vengeance ; mais il paraît que sa prudence et sa sagesse engagé-
rent Minerve à le prendre sous sa protection.
Jupiter, voulant apaiser et consoler Cérès, permit à Proserpine de passer seulement une moitié de l'année dans les enfers, et l'autre moitié dans le ciel. Ce partage de l'année peut s'expliquer de deux manières diliérentes : souvent Proserpine était prise pour la lune . et Ion voulait exprimer par cette fable le temps où elle paraît à la vue de la terre, et le temps où elle disparaît. On i'explicjue encore plus naturellement en disant que le roi Jupiter lui permit de passer une partie de l'année dans le ro^^aume de Pluton , et l'autre partie dans le séjour ordinairement habité par Cérès sa mère.
Nous ne multiplierons point trop les explications des fables ; mais nous croyons utile de citer quelques exemples , dans le dessein d'accoutumer nos lecteurs à faire usa2;e de la saj^acité de leur esprit; et nous avons l'espoir que nous serons très-souvent surpassés par eux dans ce genre de travail et de recherche.
La fontaine Arélhuse , qui coulait sous la terre , fut témoin de l'enlèvement de Proserpine par Pluton; elle en avertit Cérès, qui courait le monde avec deux flambeaux à la main pour retrouver sa fille.
Aréthuse , fille de Nérée et de la nymphe Doris, avait été métamorphosée en fontaine par Diane, dont eJle était nymphe. Cette
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déesse eut recours à cette métamorpliose pour soustraire Aréthuse aux poursuites du fleuve Alphée. Nous avons précédemment donné l'explication de cette fable.
Nous n'étendrons pas plus loin l'histoire de Cérès , on la retrouvera lorsque nous parlerons des dieux des enfers.
Diodore de Sicile rapporte qu'après la mort d'Hypérion , les enfans d'Uranus partagèrent entre eux le royaume. Les deux plus célèbres de ces enfans furent Saturne et Atlas. Les lieux maritimes furent le partage d'Atlas. Ses sujets furent nommés Atlantes ^ et son no-m fut aussi donné à la plus haute montagne du pays. Il excellait dans l'astronomie. Ce fut lui qui le premier représenta le globe de la terre par une sphère ; ce qui fit imaginer la fable dans laquelle on dit qu'il soutenait le monde sur ses épaules. Il eut plusieurs enfans. Hespérus fut le plus remarquable par sa piété et sa bonté. Un jour qu'il était monté jusqu'au plus haut dûment Atlas , il fut emporté jiar un coup de vent, et son carps ne put être retrouvé. Le peuple , touché de soa sort, et se souvenant de ses vertus , crut qu'il avait été enlevé par les dieux, et lui accorda les honneurs divins. Pour conserver son nom, on le donna h la plus brillante des planètes.
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Atlas eut sept filles très-célèbres, qui furent appelées yitlcuitides , mais dont les véritables noms étaient Maïa, Electre, Taygète , Astérope , 3Iérope , Alcjone et Celé no. Elles furent aimées par les héros les plus illustres; elles en eurent des enfans qui , par la suite , égalèrent leurs pères , et furent les chefs de grands peuples. Maïa , l'aînée des sept , eut de Jupiter, Mercure , l'inventeur des arts. Les Grecs faisaient descendre presque tous leurs héros des Atlantides. Après leur mort , on les honora comme des déesses , et on les plaça dans le ciel sous le nom de Pléiades. Elles se nommèrent aussi Hespéricles , du nom de leur mère Hesj^éris.
La grande réputation de leur beauté porta Busiris, roi d'Espagne, à les faire enlever par des pirates qu'il envoya dans le pays qu'elles habitaient. Ces pirates les surprirent dans un jardin , se saisirent d'elles , et s'apprêtaient à les embarquer, lorsque les cris de ces jeunes princesses furent entendus par Hercule, qui se trouvait alors sur le rivage. Il courut à leur secours , vainquit facilement ces lâches ravisseurs , et rendit les Atlantides à leur père Atlas, qui, par reconnaissance;, lui donna les pommes d'or du jardin des Hespérides , que le héros venait conquérir par ordre d'Eurysthée, roi de My cènes.
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Ces pommes d'or étaient probablement des oranges, très-peu communes alors, et qu Atlas faisait garder soigneusement par des dogues; ce qui donna lieu à la fable qu'elles étaient d'or et gardées par un dragon.
Atlas ne borna pas sa reconnaissance à ce faible présent ; il instruisit Hercule dans lastronomie , et ce héros s'acquit la plus grande gloire en apportant le premier dans la Grèce la science de la sphère. Ce fut à ce sujet qu'on publia qu'Atlas , pour se reposer' quelque temj)s , l'avait prié de se charger du fardeau du monde.
Le mont Atlas est si élevé , qu il semble toucher au ciel : son sommet se perd dans les nues ; et les ])Oëtes , confondant cette montagne avec le prince dont elle portait le nom , peignirent Atlas comme le soutien du monde.
Ce fut aussi pour désigner cette montagne, que les poètes, dans l'histoire de Persée, dirent que ce prince avait métamorphosé Atlas en rocher, en lui présentant la tête de Méduse.
Les Hyades passaient aussi pour être les fdles d'Atlas. On en nomme six : Eudore, ylmbrosie , Prodite, C or oui s , Philcto et Po/^jco; d'autres y ajoutent Jhjone, Le mot grec hycide signiûe phiuicux - 11 paraît que ces prétendues filles d'vVtlas étaient des person-
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nages poétiques , qui représentaient des ét-oiles découvertes par Atlas , comme on donne aujourd'hui le nom d'Iferschell à la planète nouvellement découverte par ce célèbre astronome.
On comptait ordinairement trois Atlas : le premier était roi d'Italie, le second régna dîins l'Arcadie , et le troisième était celui dont nous venons de parler, ^'^oilà pourquoi ce dernier se trouve dans l'histoire d'Hercule et de Persée , héros très-postérieurs aux premiers princes Titans. Il jiaraît aussi qu'Atlas eut un frère nommé Hespérus , et qu'il faut le distinguer de celui qui fut emporté par un coup de vent. Ce second Hespérus vint s'établir dans l'Occident ; et c'est d'après lui que les Grecs appelèrent Hespéries toutes les régions occidentales de la Grèce.