‹ La mythologie comparée avec l'histoire;Chapitre 4 sur 151 · TRADITION DES ÉGYPTIENS · texte numérisé non relu

TRADITION DES ÉGYPTIENS

Dtodore de Sicile, en rapportant la tradition des Égyptiens, dit : « Au commencement » le ciel et la terre n'avaient qu'une forme , )) étant mêlés ensemble par leur nature ; mais » ensuite ayant été séparés, le monde com- » raença à prendre la forme que nous lui » voyons. Par le mouvement de l'air, les par- )) ties du feu s élevé ent et donnèrent au so- » leil, à la lune et aux autres astres, leur » mouvement circulaire. La matière solide » tomba en bas et forma la terre et la mer, » d'où sortirent les animaux et les poissons, » à peu près comme on voit encore en Egypte » sortir de la terre , détrempée par les eaux » du Nil , une infinité d insectes et d'autres » animaux. «

Il n'est pas besoin de citer plus au long cette tradition pour faire apercevoir ses défauts, puisque le Créateur n'a aucune part dans cette formation de l'univers. Les auteurs de ce système ne paraissent pas même sentir la nécessité d'une première cause. Il faut cependant rendre aux Egyptiens la justice de dire quen étudiant leur langue sacrée , dont les hiéroglyphes étaient les emblèmes , on voit qu ils

AVEC LHISTOlnE. ' 25

croyaient généralement qu'une nature inanimée et confuse ne pouvait être l'origine de toutes choses.

Quelques hommes , parmi les Egyptiens , croyaient qu'il existait une intelligence suprême qui avait créé le monde, et que dans Thomme il existait de même une intelligence supérieure au corps, et qui était l'rt/ne. Mais cette idée grande et sublime n'était admise et conservée que par quelques êtres plus éclairés que la multitude. Or , comme ils attachaient le plus grand prix à cette opinion, qui les élevait au'-dessus des autres hommes , ils l'enveloppaient de mystères impénétrables. On n'était admis à ha connaissance de ces mystères qu'après avoir passé par les épreuves les plus terribles. Ces épreuves se nommaient initiations. La religion des peuples n'était qu'une idolâtrie grossière. Frappés à la vue du soleil et des autres astres , ils s imaginaient que ces corps lumineux étaient les maîtres du monde et les seuls dieux qui le gouvernaient.

« Ils nommèrent le soleil Osiris , et la lune )> Isis. Osiris, disaient-ils, signifie plei/t >) d'jeux.1 très-clairyoyant ; Isis signifiait l'any. tique ^ par ce qu'ils croyaient la lune éte»- » nelle. Ils ne s'en tinrent pas là -. dès que » l'on a fait le premier pas dans les ténèbres , Tome i. 2

» on s'égare à mesure que l'on s'avance. Les » Egyptiens adoptèrent huit grands dieux : le » Soleil, Saturne, Rhéa, Jupiter^ Junon , » Vulcain, Vesta et Mercure ou Hermès.

» Chronos ou Saturne, ayjmt épousé Rhéa, )) devint père d'Osiris et d'Isis, ou, selon » d'autres, de Jupiter et de Junon. Selon cqs » derniers , Juj)iter enfanta cinq autres dieux : » Osiris,Isis, Typhon, Apollon, et Aphro- » dite ou Vénus. Ils ajoutaient qu'Osiris était » le même que Bacchus , et Isis la même que » Cérès. »

Nous venons de citer les noms de ces dieux , parce qu'on les retrouvera sans cesse parmi les dieux de l'Occident, c'est-à-dire les dieux adoptés par 1-es Grecs et les Romains , ce qui prouvera d'une manière incontestable que les Grecs reçurent leur culte et leur dieux des colonies égyptiennes et phéniciennes qui, par la suite du temps, allèrent les policer.

Il faut remarquer aussi que, cojnnie dans les apothéoses , on changeait souvent les noms des personnes déifiées , Osiris fut appelé Sérapis , Dionjsius ^ Platon, Jupiter , Pan; de même Isis sa femme fut honorée sous les noms de Séléné , de la Lune, de Héra ou de Junon. Orus , fils d'Isis, est celui que les Grecs nommèrent depuis Apollon.

« La mythologie égyptienne, dit Plutarque,

AVEC l'histoire. 27

» a deux sens , l'un sacré et sublime , l'autre » sensible et palpable. C'est pour cela que les » Egyptiens placent des spbinx à la porte de » leurs temples. Ils veulent par-là nous faire » entendre que leur théologie contient les )) secrets de la sagesse , sous des paroles énig- » matiques. On peut supposer le même but » à l'inscription qu'on lit à Saïs^ sur une sta- » tue de Minerve ou Isis : Je suis tout ce qui « est , tout ce qui a été , tout ce qui sera , et » jamais mortel n'a levé le voile qui me » couvre. »

La théologie des Egyptiens avait donc deux significations, l'une sainte et symbolique, l'autre vulgaire et littérale. Les figures des animaux représentés dans les temples , et qu'ils semblaient adorer, n'étaient que des hiéroglyphes destinés à représenter les attributs divins.

M Toutes les nations orientales , dit Ori- » gène, les Perses, les Indiens, les Syriens, )) cachent des mystères secrets sous leurs fa- » blés religieuses. Le saije de toutes ces re- » ligions en pénètre aisément le sens , mais » le vulgaire n'en voit cjue l'écorce. »

C'est en rîipprochant ces diverses observalions qu'on pourra comprendre comment les Égyptiens, si grands dans leurs ouvrages, si saçes dans leurs lois, leurs coutumes, et si

célèbres dans les sciences, ont paru en nième temps assez aveuglés pour adorer des insectes , (ies reptiles,, des plantes, des animaux. Les Iiistorieus sacrés et profanes parlent de ce peuple comme de la plus sage clés nations, et l'un des éloges que l'esprit saint donne à Moïse et à Salomoii , est qu'ils étaient instruits dans toutes les sciences ries Egyptiens.

H faut donc bien distinguer l'ignorance qui régnait parmi la multitude , d avec les connaissances profondes que possédaient ceux qui cultivaient les sciences et qui avaient lu les livres attribués à Hermès Trismégiste , ou

I rois fois grand. Selon cet homme si célèbre, « Dieu exista dans son unité solaire avant

II tous les êtres. 11 est la source de tout ce qui » est intelligent , le premier principe incom- » préhensible, suffisant à lui-même, et père )• de toutes les essences. »

]Nous ne croyons point fatiguer nos lecteurs en faisant de pareilles citations. Tout être qui a reçu la raison en partage doit désirer de connaître l'idée que les premiers philosophes du monde avaient adoptée sur la divinité. Nous allons aussi rapporter la définition qu'en a donnée le célèbre Zoroastre ; c'est la plus belle qu'ait produite l'antiquité. Eusèbe l'a conservée dans sa Préparation cp'angélique; il l'avait c.xti'aile mot pour mot

flun livre de Zoroastre, qui existait encore de son temps, et qui avait pour litre : Becueil sacré des monumeu s persans .

« Dieu est le premier des incorruptibles . » éternel , non engendré. Il n'est point com- » posé de parties ; il n y a rien de semblable » ni d égal à lui. Il est auteur de tout bien, » le plus excellent de tous les êtres excel- » lens , et la plus sage des intelligences ; le » père de la justice et des bonnes lois , in- » struit par lui seul , suffisant à lui-même, )) et premier producteur de la nature en- » tière. »

Ces définitions sublimes de la Divinité prouvent qu'il existait quelques hommes supérieurs à leurs siècles, et qui avaient recueilli les lumières conservées par les anciennes traditions ; mais ces bommes étaient si rares , qu'ils ne pouvaient arrêter les progrès de l'ignorance et de lidolâtrie la plus absurde.

Il ne faut donc point confondre les dieux et les fables des poètes avec les traditions conservées par quelques sages. Les poètes passent rapidement du sens littéral à l'allégorie , et de lallégorie au sens littéral ; c'est ce qui cause le mélange de leurs images , r.ibsurdité de leurs fictions , et souvent l'indécence de leurs descriptions.

Plus nous avancerons dans la connaissance

de la mytiiologie , plus nous apercevrons que la plupart des dieux n'étaient que des hommes que leurs actions avaient illustrés , ou des êtres absolument fabuleux. Un examen réfléchi nous fera reconnaître c£ue la plupart des fictions doivent leur naissance à l'ignorance ou à la flatterie ; mais , pour les consacrer, il fallait leur supposer une origine céleste , il fallait les revêtir de couleurs qui les fissent aimer , et les poëtes s'abandonnèrent d'autant plus sûrement aux écarLs de icur imagination , qu ils savaient bien que les penchans et les passions des hommes ieiir serviraient d'appui. La vérité fut couverte d'un voile ; le mensonge vint en quelque sorte lui prêter ses vêtemens ; et , pour mieux assurer son usurpation , il conserva quelquesunes des formes qu'on aimait en elle ; il prit même le perfide soin de les embellir. Ce fut en s'abandonnant sans réflexion et sans réserve à cette méthode , que les poëtes altérèrent dans leurs ouvrages les récits des anciens événemens , dont la tradition et les cantiques religieux avaient conservé les soU' venir s.

Dans le temps qu'on élevait des autels aux fausses divinités , on honorait du nom de théologie tout ce qui avait rapport à leur histoire. Ce mot dérive de theos , Dieu , et

A\EC l'histoire. 31

logos , discours. Depuis que la religion a dissipé les ténèbres de l'idolâtrie , on a senti qu'il fallait donner un nouveau nom à ces recueils de fables , qui conservaient toujours un grand charme , parce que la poésie les avait erobellis de ses couleurs les plus brillantes et les plus séduisantes : on appela ces histoires fabuleuses du nom de mythologie , mot dérivé de nijtJios , fabuleux , et logos , discours.

Après avoir établi la différence qui existe entre les poètes et les philosophes , nous devons encore observer que ce fut parmi les Orientaux, et surtout chez les Egyptiens, que les hommes les plus célèbres de l'Occident allèrent puiser leurs plus grandes lumières. Ce fut à leur école que se formèrent Thaïes^ Pjtliagore et Platon. Orphée, le premier maître des Pythagoriciens, qui vivait long-temps avant Hésiode et Homère , avait été s'instruire en Egypte. C'est de là qu'il avait rapporté la définition suivante de la Divinité.

« Il y a un être inconnu , qui est le plus » ancien de tous les êtres et le producteur de » toutes choses. Cet être sublime est vie , » lumière, sagesse. Ces trois noms marquent » la même puissance qui a tiré du néant » tous les êtres visibles et invisibles. »

.^2 LA MYTROLOGTE COMPARÉE

Dans un second passage non moins éloquent, il donne un nom à cet être inconnu.

« L'univers a été produit par Jupiter.

» L'empirée, le profond tartare , la terre et » l'océan , les dieux immortels et les déesses, » tout ce qui est, tout ce qui sera, était con- » tenu originairement dans le sein fécond de » Jupiter, et en est sorti. Jupiter est le pre- }- mier et le dernier, le commencement et la » fin. Tous les êtres émanent de lui. Il est la » vie, la cause de toutes choses ; il est le » père primitif : il n'y a qu'une seule puis- » sance , un seul dieu , un seul roi universel » de tout. »

Telles étaient les idées sublimes qu'Orphée avait reçues des Egyptiens; mais elles ne lui avaient été communiquées que parce cju'il était parvenu à se faire initier dans la langue sacrée et dans la connaissance des mystères que l'on cachait à la multitude.

La suite de cet ouvrage nous fera connaître, à l'article des demi-dieux et des héros, quels furent les chefs qui conduisirent en Grèce des colonies égyptiennes et phéniciennes. Nous apprendrons en même temps que, lorsqu'ils y portèrent leurs lois , leurs coutumes, leurs arts et leurs dieux, ils conservaient encore eux-mêmes des souvenirs des ,'inciennes traditions

AVEC l'histoire. 33

Ces rapprochemens doivent suffire pour prouver que l'origine des fables est fondée sur la mémoire altérée des grands événemens qui les avaient précédées.

\x\\v-v%x\%w xv\ \v\

Page 1