‹ La mythologie comparée avec l'histoire;Chapitre 45 sur 151 · FABLE DE BACCHUS · texte numérisé non relu

FABLE DE BACCHUS

"Il ne suffit ])as de connaître les rapprochemens historiques entre Bacchus et Moïse, nous allons ^lonner la fable de sa naissance , telle qu'on la trouve dans les poètes grecs.

Il était fils de Jupiter et de Sémélé , fille de Cadmus. Cette princesse habitait la vdle de Thèbes. Junon , jalouse de Sémélé, prit la figure de Béroé, nourrice de sa rivale, et,

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SOUS cette forme , lui conseilla d'exiger de Jupiter qu'il se fit voir à elle la foudre à la main, et dans tout l'appareil qui 1 environnait lorsqu il se montrait à Junon. La crédule Sémélé prévint Jupiter qu'elle avait une demande à lui faire , et lui fit jurer par le Styx qu elle ne, serait pas refusée; Jupiter prononça le serment, et, malgré les suites fatales qu il devait avoir, il fut forcé de l'accomplir. J^a malheureuse Sémélé ne put soutenir l'éclat du plus grand des dieux : les rayons de lumière embrasèrent le j^alais ; elle périt dans les flammes. Cependant Jupiter voulant sauver l'enfant dont elle était enceinte, l'enferma dans sa cuisse , et voulut qu'il y restât jusqu au moment de sa naissance. Cette fable ridicule fit donner par la suite à Bacclius le surnom de Bimater, qui a deux mères.

En recherchant l'origine de cette fable extraordinaire sur la naissance de Bacchus, on trouve que Sémélé périt peu après lembrasement de son palais, mais que l'on parvint à sauver l'enfant dont elle était enceinte. Aussitôt après sa naissance, Jupiter le fit transporter , par Mercure , son messager, dans Nisa ville située près d'une montagne appelée J/eros , mot qui signifie cuisse. Cette fable n'a pas d'autre origine.

Les filles d'Atlas, à la prière de Mercure,

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prirent soin de l'enfance de Bacchus ; Silène se chargea de Imstruire : il ne voulut plus s'en séparer, et le suivit dans toutes ses conquêtes. Nous reviendrons à l'histoire de Silène lorsqu'il en sera temps. Nous nous bornerons dans ce moment à dire que la fable le 2)eint ordinairement comme le dieu des buveurs, ainsi qu'elle peint Bacchus comme le dieu du vin , parce qu'on lui attribuait l'invention de cultiver la vigne.

Bacchus, p.ir reconnaissance pour les filles d Atlas, les changea en ces étoiles que l'on nomme les Hjades , nom qui vient de Hyie , surnom du dieu du vin.

Dans les représentations de Bacchus, on le voyait toujours avec la figure dun jeune homme frais et vermeil. On voulait par-la désigner la vivacité que donne le vin, vivacité qu'il fait éprouver même aux vieillards.

Sa main est armée d'un thyrse , espèce de baguette environnée de feuilles de vigne et de lierre. On croyait que le lierre, par sa fraîcheur, avait le pouvoir de dissiper les fumées du vin , et l'empêchait de porter à la tête. C'est de là que presque tous les tableaux de Bacchus le représentent couronné de lierre et de pampre de vigne.

On le voit ordinairement monté sur un char traîné par des panthères et des tigres.

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On voulait figurer, par cet attelage, que lexcès du vin inspire la fureur, fait perdre la raison , et rend souvent cruel.

Dans les sacrifices offerts à-Bacclius, on immolait ordinairement une pie ou un bouc : la première , pour avertir que le vin fait parler indiscrètement; et le second, parce qu'il ronse les bouri^reons de la vicne.

Les fêtes du dieu du vin se célébraient avec de grandes clameurs par des prêtresses que l'on nommait Bacchantes , ou Bassarides , ou Tliyiades ^ et souvent Mènades ; elles couraient les montagnes vêtues de peaux de tigres. Lorsqu'elles invoquaient le dieu , leurs cheveux étaient épars , et dans leurs mains on voyait des thyrses et des flambeaux. Ces fêtes se nommaient Bacchanales , Dionjsia , du surnom de Bacchus ; ou Triétérica , parce qu'on les célébrait de trois ans en trois ans. On leur donnait aussi le nom orgies , c[ui veut dire fureur. Dans une autre fête, nommée ^^cAo^m ^ on s'amusait à sauter à cloche-j^ied sur des vessies remplies d'air, et ceux qui tombaient excitaient des rires.

Rien n'était plus dangereux que la vengeance de Bacchus et de ses adorateurs , lorsqu'on osait troubler ses fêtes ou s'opposer à son culte. Penthée , fils d'Echion et d'Agave,

voulut empêcher les Thébains , dont il était roi , de célébrer les fêtes de Bacchus ; le dieu insj)ira à sa mère Agave une fureur si aveugle, qu'elle se fît suivre par les bacchantes , et déchira de ses mains son malheureux fils.

Cet exemple funeste ne produisit aucun efîet sur les Minéides ; un jour cjue l'on célébrait la fêle de Bacchus , elles afïéctèrent de travailler à des ouvrages de tapisserie ; le dieu les changea en chauves-souris , et leur ouvrage en feuilles de lierre.

Lycurgue, qu'il ne faut pas confondre avec le législateur de Lacédémone, voulut détruire les vienes de la Thrace. Il s'arma d'une faux et se mit à les couper. Un coup maladroitement donné retomba sur ses jambes ; et le jieuple, témoin de sa blessure, la regarda comme une punition de l'insulte qu'il avait voulu faire au dieu du vin.

Bacchus, ayant réuni une immense armée d'hommes et de femmes, partit ]îour la con- ([uête des Indes. Ses troupes, au lieu de lances et de boucliers , portaient des tambours et des thyrses. Tout céda à la frayeur que causa cette troupe bruvante ; mais , comme Bacchus n'avait d'autre projet que d'enseiûner l'art de cultiver la vicrne aux diflTérens peuples qu'il soumettait, il fut reçu partout comme une divinité bienfaisante.

Bacclius porta ses conquêtes, ou plutôt ses voyages et ses fêtes, dans les pays situés au delà de la Méditerranée , comme l'Arcadie et la Syrie ; mais il ne pénétra jamais dans les provinces immenses qui s'étendent jusqu'au Gange , et qui portent aujourd'hui le nom de Grandes-Indes. Ce fut à son retour qu'il épousa Ariadne , fille de Minos^ roi de Crète. Il lui fît présent d'une couronne d'or cnricliie de pierreries , chef-d'œuvre de Vulcain. Après la mort d'Ariadne , cette couronne fut mise au rang des constellations , ou plutôt on donna son nom à une réunion de huit étoiles, dont trois sont extrêmement brillantes.

Alexandre le Grand , dans ses conquêtes de l'Inde , se proposa Bacchus pour modèle ; et pendant dix jours ses soldats célébrèrent les fêtes de ce dieu avec tous les emj^ortemens de livresse.

Parmi les monumens les plus célèbres qui restent de Bacchus, les plus beaux sont ceux ({ui représentent son mariage avec Ariadne , que 1 infidèle Thésée avait abandonnée dans l'île de Naxos. Il existe surtout une pierre inestimable sur laquelle cette cérémonie est gravée ; on la nomme le cachet de Michel- Ange ; elle appartenait au roi de France. Souvent on plaçait un caducée auprès de

Bacchus , pour montrer qu'il préférait la paix à la guerre.

Parmi les différens noms donnés à Bacchus , il faut remarquer celui de Nyctelius ; il venait de ce que les orgies se célébraient pendant la nuit , à la clarté des torches et des flambeaux.

Le nom de Dionysius venait de dios^ dieu , et Nysa, ville où il avait été élevé. On le nommait aussi E\^an et Ifye -, niots qui signifient courage , mon fils , et que Jupiter répétait souvent pendant que Bacchus combattait contre les géans. On croit aussi que le nom de Bacchus peut venir de bacchein, hurler , à cause des cris des bacchantes.

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