HISTOIRE DE MINERVE
Chez les Grecs et chez les Romains, Minerve était regardée comme la plus noble production de Jupiter ; mais long-temps avant eux , les Ég^rptiens lui rendaient un culte. Parmi cinq déesses de ce nom , que Cicéron reconnaissait, il dit que la plus ancienne était issue du Kil, et fort honorée dans l'Egyple. La seconde était fdle de Saturne; elle avait inventé la guerre. La tix>isième était fille de Jupiter; la quîitrième était Athé-
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nienne et fille de Vulcain ; enfin la dernière des cinq était fille du géant Pallas ; c'est à cette dernière que Ion donnait également le nom de Minerve ou de Pallas. Les fables de ces différentes déesses ayant presque toujours été confondues ensemble , nous allons donner celle que la mythologie a principalement conservée.
Jupiter , après la guerre des Titans , se voyant , par le consentement des autres dieux, maître absolu du ciel et de la terre, épousa Métis , qui passait pour la personne la plus sage de l'univers. (Ce nom est allégorique , et nous avons déjà dit que Métis signifie la providence. ) Ayant appris du ciel qu'elle allait mettre au monde une fille d'une sagesse consommée , et un fils à qui les destinées réservaient l'empire du monde, il la dévora. Quelque temps après , se sentant une grande douleur de tête , il eut recours à Vulcain , qui d'un coup de hache lui fendit le cerveau, d'où Minerve sortit armée et assez grande déjà pour être en état de secourir puissamment Jupiter dans la guerre des géans.
Cette fiction de la naissance de Minen^e a toujours paru mystérieuse, et l'inscriptioji placée sur son temple à Sais , en Egypte , njoute encore à cette obscurité ; elle était
conçue en ces termes : Je suis ce qui est , ce qui a été , ce qui sera ; personne n'a pu soule- \>er le voile qui me couure ; et si l'on i^eut sai'oir mes ow^rages , c'est moi qui ai fait le soleil.
Les savans les plus célèbres croient que cette inscription mystérieuse, placée sur le temjîle de la déesse de la sagesse, a été tirée des livres de Moïse,, où la sagesse éternelle , parlant d'elle-même , dit : Je suis sortie de la tête du Très-Haut avant tout ce qui a été créé. Ce rapprochement est d'autant plus vraisemblable, que l'on ignorait à Saïs le temps où le culte de Minerve avait commencé ; tout porte à croire qu'il remontait jusqu'aux derniers patriarches. 11 existait en effet depuis très-long-temps, lorsque Gécrops ^ originaire de Saïs , quitta cette ville et conduisit une colonie dans la Grèce, où l'on adopta bientôt ses coutumes et son culte. Ce prince avait une fdle qu'il avait fait nommer Athénée , ]>our la consacrer à Minerve. La célébrité de Cécrops fît , ])ar la suite destemps, confondre sa fille avec la déesse dont elle portait le nom.
Minerve , Athénée et Pallas, n'étaient parmi les Grecs qu'une même divinité. Considérée comme Minerve , elle présidait à la sagesse; comme Athénée, elle était la pro-
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lectrice d'Athènes ; comme Pallas , elle ]nésidait à la "uerre. Cette dernière fonclion la faisait souvent confondre avec Bellone , divinité différente dont nous parlerons en finissant l'article de Minerve.
Les habitans de lîle de Rhodes se distinguèrent beaucoup parle culte qu'ils rendirent d'abord à Minerve ; mais ils le négligèrent après avoir adopté le soleil comme leur première et plus grande divinité.
Les Athéniens , dans l'espoir de s'assurer la bienveillance particulière de cette déesse, la déclarèrent la protectrice de leur ville , et lui firent bâtir un temple magnifique, dans lequel on l'honorait sous le nom de Parthénos , vierge. Phidias ^ le plus illustre et le plus habile sculpteur de son siècle , 1 orna d'une statue d'or et d'ivoire ; son eénie sut la rendre digne de la déesse qu'elle représentait. Les Athéniens, pour donner encore plus de solennité au culte de Minerve, célébraient en son honneur les fêtes magnifiques nommées Athénées. Elles avaient été instituées par ErJchthonius , troisième roi d'Athènes. Ces fêtes se nommèrent Panathénées , jiar la suite des temps, lorsque Thésée eut rassemblé les douze bourgades de l'Attique pour en former la seule ville d'Athènes.
Ces fêtes furent divisées en crandes cl en
petites. Les grancles se célébraient de cinq en cinq ans , et les petites chaque année.
C'était à ces fêtes que les poètes nommés Raj)Sodes allaient chanter les vers d'Homère.
La fable dit c|ue l'honneur de donner uQ nom à la ville d'Athènes , qui d'abord portait le nom de Cécrops , son fondateur, fit naître un grand différent entre Neptune et Minerve. Les douze grands dieux furent choisis pour être les arbitres de ce différent. Ils décidèrent que la divinité qui produirait la chose la plus utile à la ville lui donnerait son nom. Aussitôt Neptune, d'un coup de trident, fit sortir de la terre un superbe cheval, symbole de la valeur belliqueuse. Minerve fit sortir un olivier fleuri , symbole de la paix. Les douze grands dieux jugèrent en faveur de Minerve ; elle donna son nom d'Athénée à la ville.
L'histoire a conservé l'explication de cette fable. Elle dit que Cécrops, originaire de Sais , ayant conduit une colonie égyptienne chez les peuples de lAttique, leur fit abandonner leurs coutumes barbares , leur apprit à cultiver la terre, et surtout l'olivier, pour lequel le terrain se trouve très-convenable. Il fit recevoir le culte de Minerve , à qui cet arbre était particulièrement consacré. La
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ville prit alors le nom de sa divinité tutélaire. Athènes devint fameuse par l'excellence de ses huiles ; son commerce , très-au£:menté par ce moyen , fit attacher beaucoup de prix à la culture de cet arbre , et la nécessité d'assurer la n.ivigation des peuples étrangers fit réformer le goût , naturel que les Athéniens avaient pour la piraterie. Pour peindre l'origine de cette réforme et la consacrer , on imagina la fable de Neptune surpassé par Minerve.
Quelques historiens disent que cette fable fut imaginée pour peindre un ditïerent survenu entre les matelots, qui reconnaissaient ^.eptune pour leur chef, et le peuple réuni au sénat, qui étaient présidés par Minerve. L'aréopage fut chargé de juger ce différent ; il prononça que l'on devait préférer l'agriculture et la vie champêtre au métier de pirate; il fit des lois sages et sévères pour assurer la liberté du commerce , et l'on consacra ce jugement en disant que Neptune avait été surpassé par Minerve , et que les douze grands dieux eux-mêmes l'avaient décidé. '
Arachné , fille très-célèbre par son adresse dans les ouvrages de tapisserie, osa dire que Minerve elle-même ne pouvait l'égaler. Elle étala ses ouvrages , et défia la déesse de leur comparer les siens. Minerve, indignée, dé-
chira les toiles d'Arachné, et la frappa de sa navette. L'orgueilleuse Aracliné ne pouvant se consoler de cet affront, voulut se pendre, Minerve la suspendit en l'air, et la métamorphosa en araignée. ^
Cette fable est une allégorie par laquelle on a voulu faire entendre qu'un fol orgueil est toujours puni. Peut-être cependant doit-elle son origine au mot arach , qui signifie à la fois filer et toile d'araignée^ En général , on trouve beaucoup de fables allégoriques réunies à l'histoire de Minerve. On peut ranger dans ce nombre celle deTirésias.
Cette fable rapporte qu'un jour il surprit Minerve pendant qu'elle se baignait. Dans l'instant même il fut privé de la vue; mais sa mère obtint qu'il aurait le don de prévoir l'avenir. On a voulu dire par cette fable , que le vrai sage n'attache plus aucun prix aux événemens ordinaires de la vie, et que, uniquement attentif aux leçons de la sagesse, elles lui apjîrennent à profiter de l'expérience présente pour prévoir l'avenir.
Le surnom de Pallas n'était pas le seul que l'on donnait à INIinerve. On l'appelait ParUieuia , parce quelle était vierge; Cœsia , à cause de ses yeux bleus; Tritoriia, a. cause du lac Triton , dont une fable supposait qu'elle tirait son origine. Le mol trilo signifie
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aussi cerveau^ et comme elle était sortie du cerveau de Jupiter, ce fut peut-être ce nom qui la fit surnommer Trilonia. Quelc[uefois on la nommait Hippia , cavalière.
Les fêtes de Minerve , appelées Qidnquairia , se célébraient à Rome au mois d'avril. Pendant leur durée, les disciples portaient des présens à ceux qui les instruisaient. On les obligeait de les donner eux-mêmes, pour les habituer en même temps à la reconnaissance et au bonheur qu'un cœur généreux éprouve toujours lorsqu il sacquitte d'un • devoir, ou lorsqu'il accorde un bienfait. Ces présens se nommaient mùiervalia , ou dons offerts à la sagesse, afin d ajouter à leur prix , et pour rappeler aux maîtres que la sagesse devait continuellement les guider dans leurs travaux et dans les leçons qu'ils donnaient à la jeunesse. Dans ces temps, on ne faisait aucune libéralité sans invoquer les Grâces , parce qu'elles présidaient aux bienfaits : il ne suffisait pas de donner. H existait chez les Grecs et chez les Romains des peintures ou des gravures dans lesquelles on voyait les véritables Grâces repousser de leur temple les Grâces paresseuses on contrefaites . Nous ne croyons pas avoir besoin d'expliquer le sens de ces allégories.
On attribuait beaucoup d'inventions à Mi-
nerve: celles des be.iux-arts, l'usage delhuile, le talent de filer et celui d'orner la tapisserie. Ces prétendues inventions n'étaient qu'allégoriques. Les sciences et les arts sont les véritables richesses de l'esprit; il était digne de la sagesse d'y présider. L'huile indique que , pour s'instruire, il faut souvent consacrer des veilles au travail. L'art de filer indique la patience et la suite cju'il faut mettre à ses ouvrages. Les ornemens de la tapisserie annoncent qu'il faut chercher à les embellir. Minerve sort de la tête de Jupiter, pour montrer que la sagesse n'a pas été inventée par les hommes, mais que son origine est céleste.
Elle vient au monde toute armée, parce que le sage , fort de sa conscience et de sa vertu , sait combattre le vice et résister au malheur.
Elle est vierge, parce que la sagesse ne peut s'allier avec la corruption et les plaisirs.
On ne voit aucun ornement la parer, et son regard est sévère, parce qu'elle n'a pas besoin de parure étrangère ; elle brille autant sous l'éclat de la pourpre que sous les habits les plus simples; ses traits, toujours nobles, se font également aimer et respecter sous les rides de la vieillesse et sous les dehors frais et charmans de la jeunesse.
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On représente souvent Minerve tenant une quenouille et s'apprêtant à filer, pour avertir que l'on doit fuir l'oisiveté et préférer avant tout les travaux utiles. Bellone préside aux combats sanglans; c'est à la guerre contre le vice que Minerve préside. On voit sur sa tête un casque surmonté d'un hibou. Une de ses mains tient une pique, et l'autre l'égide, espèce de bouclier couvert de la peau d'un serpent que Minerve avait tué , et au milieu duquel était gravée la tête de Méduse , l'une des Gorgones. Cette tête environnée de ser- ■pens, , et cette armure , inspiraient la terreur. La déesse s'en servait pour effrayer les coupables. Le hibou qui surmontait son casque annonçait que la sagesse se plaît souvent à méditer pendant le silence et le calme des nuits. {Fig. 23.)
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