HISTOIRE ET FABLE DE VULCAIN
Il paraît qu'il faut distinguer trois Vulcain'l Le premier de tous est Tubalcaïn dont parle Moïse, et qu'il place dans la dixième génération du côté de Gain. Tel fut sans doute le premier inventeur de l'art de forger les métaux. Le second Vulcain était un des premiers rois des Egyptiens, ou plutôt leur première divinité. Le silence qu'ils gardent sur son origine porte à croire que , pour la trouver, il faut remonter jusqu'à Tubalcaïn.
Le troisième Vulcain, dont les Grecs orit composé 1 histoire de celle des deux premiers, et de ce qu^ils y ont ajouté , était un prince Titan , fils de Jupiter , qu'une disgrâce força de se retirer dans 1 île de Lemnos, où il établit des forges. Nous allons parcourir sa fable, telle que les Grecs nous 1 ont transmise.
Il était fils de Jupiter et doJunon. Il vint au monde avant terme et contrefait : Jupiter le récompensa de lui avoir fourni des foudi'es pendant la guerre des Géans , et d'avoir forgé
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des entraves pour punir Junon , en consentant à son niariage avec Vénus, la plus belle des déesses.
On lui donnait le surnom de Mulciber ^ comme ayant l'art d'adoucir le fer, ou Tardipes , parce qu'il était boiteux. Après sa retraite ou son exil dans l'île de Lemnos, on l'appela Lemnius. La fable lui attribue les ouvrages les plus fameux dont elle parle. Elle cite entre autres le palais du Soleil , les armes d'Achille , celles d'Énée , le collier d'Hermione , la couronne d'Ariadne , et le chien d'airain qu'il anima. Jupiter fit présent de ce chien à Europe. Procris le reçut d'elle, et le plus grand prix qu'il eut à ses yeux , fut de pouvoir le donner à Géphale. Jupiter finit par le métamorphoser en pierre. On reconnaît , en hsant cette fable , que le chien de Vulcain fut imité par quelc[ue statuaire qui , pour le faire, employa la pierre au lieu de l'airain.
Jupiter, trouvant Vulcain trop laid et trop contrefait pour lui permettre d'habiter le ciel, le précipita d'un coup de pied dans 1 île àe Lemnos , située près de celles nommées LiparoSj qui s'appelèrent d'abord Fulcaïues , et ensuite Éolies. Ces îles, remplies de volcans, vomissaient des torrens de lave enflammée ;on les regardait comme les forges de
Vulcain , et l'on avait la même idée du mont Etna en Sicile.
L'histoire représente le Vulcain grec^ l'un des princes Titans, comme très-habile dans l'art de forger le fer et les métaux. Le feu, qu'il avait si habilement employé, lui fut consacré, et portait souvent son nom. L'utilité de l'art de forger les métaux se fit si bien reconnaître, que les hommes crurent devoir des autels à son inventeur.
La fable dit que Vulcain se fit aider dans ses travaux par les Gyclopes ; après avoir nommé Polyphème leur père , elle désigne ses fils Brontès, Stéropes et Pyracmon , comme les plus célèbres.
Polyphème était fils de Neptune et d'une fille du géant Titye , qui s'appelait Europe , comme la sœur de Gadmus enlevée par Jupiter. Galatée , nymphe marine , fille de Nérée et de Doris , eut le malheur de lui plaire , il espéra la toucher en lui élevant un temple ; mais , ayant reconnu sa préférence pour ^cis , il écrasa son rival en lui lançant un rocher. La triste Galatée , ne pouvant le rendre au jour , le métamorphosa en fleuve: il coule dans la Sicile, et a conservé le nom d'Acis.
Il paraît que les Gyclopes étaient les premiers habitans de la Sicile. L'ignorance de
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leur origine les a fait reg.irder comme les fils du Ciel et de la Terre. Leur premier établissement se fit probablement au pied du mont Etna, et les flammes qu'il vomit le firent regarder comme la forge de Vulcain. On compara de même le bruit borrible de ce volcan à celui des coups redoublés des Cyclopes sur leurs enclumes. La fable les peignait avec un seul œil au milieu du front. On peut croire qu'ils portaient un masque pour se garantir du feu, et qu'une seule ouverture placée à la bauteur des yeux leur laissait voir leurs ouvrages.
Yulcain eut plusieurs enfans ; mais le plus célèbre fut Erichlbonius, ou Ereclitliée, quatrième roi d'Athènes. On le disait sans mère , ou fils de la Terre. Ses jambes étaient torses et contrefaites ; pour les cacher, il inventa l'usage des chars et des attelages à quatre chevaux de front. Après sa mort, la fable le plaça dans le ciel, et dit qu'il était chargé de conduire la constellation nommée le Chariot. La difformité de ses jambes fit dire aussi qu'il avait des jambes de serpent.
Les fêtes célébrées en l'honneur de Vulcain se nommaient lampadophoiies , ou porteflambeaux. Les jouteurs couraient jusqu'au bout de la carrière avec une torche allumée dans leur main. Lorsqu'elle s'éteignait, on Tome i. 11
était chassé de l'arène, et le prix appartenait à eelui qui le premier touchait le but et conservait sa torche allumée.
Dans les anciens monumens , Yulcain paraît toujours avec la barbe et la chevelure néi:,ligées ; son habit descend jusqu'au-dessus des genoux ; il porte un bonnet rond et pointu; sa main droite tient un marteau, et sa gauche des tenailles. {Fig. 29.)
Les Romains , dans leurs traités les plus solennels, prenaient le feu vengeur pour lénioin; et les assemblées où l'on traitait les .sftiures les plus graves de l'état se tenaient dans le temple de Vulcain.
Parmi les peuples anciens , les Égyptiens sont ceux cjui ont le plus honoré ce dieu. Il avait à Memphis un temple magnifique , devant lequel on avait placé une statue colossale de soixante-quinze pieds de hauteur. Celle du temple , petite et mesquine, excita les rires de Cambyse , lorsqu'il conquit Memphis; d la fit jeter Au feu par mépris.
Le lion était consacré à Vulcain , parce que ses rugissemens imitent le bruit d'un volcan ; et des chiens veillaient à la garde du temple de cette divinité.
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