FABLE DES GRECS SUR MERCURE
Mercure, fils de Jupiter et de Maïa, fille d'Atlas , était le plus occupé des dieux de 1 Olympe. Confident et messager des autres divinités, il avait soin de toutes leurs entreprises. 11 gouvernait la guerre et la paix, présidait
aux assemblées , écoutait , inspirait les liarani^ues , y répondait ; enfin , il était le surintendant général des dieux.
Pour exprimer sa promptitude à remplit tant de fonctions , on le représentait avec des ailes à la tête et aux pieds. {Fig. 30.) Ces dernières se nommaient talaria ou talonnières. Pour marquer son talent à négocier la paix , on plaçait dans sa main le caducée , baguette autour de laquelle on voyait deux serpens entrelacés ; il était le symbole de la paix. On dit qu'un jour il rencontra deux couleuvres qui se battaient ; il les sépara avec sa baguette, ou plutôt il les réunit , et depuis ce temps il portait cette image de la réunion lorsqu'il allait négocier la paix. Ce fut pour honorer Mercure que les négociateurs de la ])aix portèrent depuis le caducée, et se nommèrent Caduceatores.
Lorsque l'on représentait Mercure avec une simple baguette, on voulait le désigner conduisant dans les enfers les âmes des morts On croyait que lui seul avait le pouvoir de séparer, avec cette baguette, les âmes d'avec les corps. Il présidait aussi à la métempsycose , et faisait passer dans d'autres corps les âmes qui avaient accompli le temps qu'elles devaient demeurer dans le royaume de Pluton.
218 LA MYTHOLOGIE COMPARKE
Dans ses portraits, on voyait des chaînes d'or sortir de sa bouche , et s'attacher aux oreilles de ceux qui l'écoutaient : image parfaite du pouvoir avec lequel son éloquence entraînait les esprits.
Ses statues , placées dans les carrefours , indiquaient le chemin aux passans. Quelquefois les Pi omains adossaient ces statues à celles d'autres dieux. Celles adossées à Minerve, se nommaient Hennathèues ; celles adossées à l'Amour, se nommix\cni Hermérotes , etc.
On l'appelait Mercure, de mercatura ^ négoce^ parce qu'il v présidait; mais, comme on le soupçonnait de protéger aussi la fourberie , on le recardait comme le dieu des voleurs. Son aventure avec Battus prouve quil volait quelquefois lui-même. Un jour il vit Apollon gardant les troupeaux d Admète : il lui vola quelques bœufs , et fut aperçu par Battus. IMcrcure , pour le séduire et lui faire garder le secret, lui donna une belle vache; mais, n'osant encore se fier à sa discrétion, il se retira , et bientôt après il reparut sous une autre forme. 11 questionna Battus sur le larcin , et lui promit im bœuf et une vache s il lui découvrait le voleur. Celui-ci, tenté par l'appât du gain , décela le secret ; aussitôt Mercure se fit reconnaître , et le changea en pierre de touche. L origine de celle fable
AVEC l'histoire. 240
vient de ce que Battus fut Je premier ii reconnaître la propriété de cette pierre, qui sert à découvrir la nature des métaux.
On donnait à Mercure le nom de dieu à trois têtes, à cause de sa puissance dans le ciel , sur la terre et dans les enfers , ou , selon quelques poètes, parce qu'il eut trois filles d'Hécate. On l'appelait Cyllenius , du nom de la montagne de Cyllène, sur laquelle il était né; Nomius , à cause des lois dont il était l'auteur; Camillus ^ qui sert les dieux, nom qui depuis fut donné à ceux qui serv^iient dans les sacrifices des dieux ; Fialis , parce qu'il présidait aux grands chemins. Ses statues , dans ce cas , n avaient ni pieds ni mains : c'est ce que nous appelons des bustes .
Mercure fut l'inventeur des poids et mesures , qui , servant à vendre en détail , multij^lient les profits du commerce. Il inventa la Ivre, à laquelle les Latins doni.èrent le nom de iestudo ^ tortue , parce que la lyre fut faite avec l'écaillé de cet animal. Quelques poètes disent qu'il en fit présent à Apollon , et l'écliangea contre le caducée.
Dans les sacrifices oflerts à Mercure, on brûlait en son honneur les langues des victimes , parce qu il était le dieu de l'éloquence.
On plaçait ta statue devant la porte des
maisons clans l'espoir qu'il en écarterait les voleurs, dont il était le dieu.