‹ La mythologie comparée avec l'histoire;Chapitre 67 sur 151 · DÉMOGORGON · texte numérisé non relu

DÉMOGORGON

Cette divinité allégorique était le génie clc la terre. On avait tant de crainte et de vénération pour son nom, que personne n'osait le prononcer hautement. Les philosophes regardaient cette divinité comme 1 esprit de chaleur qui produit les plantes et leur donne la vie. Le peuple 1 honorait comme lui véritable dieu. On le représentait sous la forme d'un vieillard crasseux, couvert de mousse, pâle et défiguré , habitant toujours les entrailles de la terre. 11 avait pour compagnon? l'Eternité et le Chaos. [Fig. 32.)

jN'ous croyons devoir donner une "partie de la description que les poëtes nous ont transmise de cette obscure et singulière divinité.

« Fatigué de l'ennui de son triste séjour, il » fit une boule sur laquelle il s'assit, et , s'én tant élevé en l'air , il environna la terre et » forma le ciel. Ayant passé sur les monts

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a Acrocérauniens ^ qui jetaient des flammes , ■s> il en tirade la boue enflammée, qu'il en- )i voya dans le ciel pour éclairer le monde , n et former avec cette matière de feu le Soleil, » qu il donna pour époux h la terre.

» Us produisirent le Tartare et la Nuit. Dé- » mogorgon, troublé dans le fond de son an- » tre par les douleurs qu'éprouvait le Chaos , » fit sortir la Discorde du fond de la terre , » pour qu'elle habitât sa superficie ; elle fut le » premier de ses enfans. Il en tira de même » les trois Parques , le serpent Python , la )) Nuit , le Tartare, etc. , etc. »

Nous n'étendrons pas davantage les détails sur cette monstrueuse génération. Cette enveloppe grossière laisse entrevoir le mystère de la création du monde et les traits défigurés de l'ancienne tradition.

Les Arcadiens furent les premiers à croire la terre animée par un génie; c'est d'eux qu'il reçut le nom Démogorgon.

Parmi les difïerens noms portés par la terre, le plus ancien de tous est Titée ou Titaïa , qui signifie houe ou terre ^ comme Uranus signifie le ciel. Le chaos seul était plus ancien que le ciel et la terre. On le nonnnait arbitrairement Ops ^ Tellus ^ et souvent on lui donnait les noms des déesses Vesta, Cérès , Proserpine , Rhéa, Diane , ou Cybèle. Parmi les

(iiliérentes fêtes de la Terre , celle appelée la fête de la bonne déesse était si célèbre , que nous croyons devoir en donner une idée.

Le premier jour de mai , les vestales se transportaient dans la maison du souverain pontife , pour faire un sacrifice à la bonne déesse, divinité mystérieuse dont les femmes seules connaissaient le nom.

Ce sacrifice , offert pour le salut et la prospérité du peuple romain, se faisait avec des préparatifs très-dispendieux et la plus étonnante circonspection. On ornait à grands frais la maison où la fête se célébrait; et, comme elle avait toujours lieu pendant la nuit , une infinité de lumières éclairaient les appartemens. Le principal soin consistait à éloigner les bommes. Le maître de la maison, ses enfans et ses esclaves , étaient exclus. Toutes les fenêtres étaient soigneusement fermées , et l'on allait jusqu'à couvrir d'un rideau les peintures d'bommes et celles des animaux mâles.

Le même voile qui nous a dérobé la connaissance des mystères de Cérès Eleusine , a couvert ceux de la bonne déesse. On n'en peut parler avec certitude , et tous les bistoriens de Rome avouent leur ignorance sur ce point. Les conjectures que l'on a faites à ce sujet ne méritent aucune crovance.

Le peuple était persuadé que la déesse aurait sur-le-champ fraj>pé d'aveuglement celui (jui aurait osé porter ses regards sur ces mystères. On les célébrait aussi quelquefois dans les maisons des consuls et des premiers magistrats de la république.

On représentait ordinairement la Terre eous la forme d'un globe.

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