SECOND OBJET DE L'IDOLATRIE
Quelque ancienne que paraisse être l'opinion des deux principes , un grand nombre de savans croient que l'adoration des astres est encore plus ancienne. L idée de la Divinité n ayant pu s'efïacer entièrement, il est probable que les hommes , faibles mais orgueilleux , ne commencèrent point par adorer leurs semblables. Il fallut de plus grands oh-
jets pour les séduire. Le soleil, par sa beauté, le vif éclat de sa lumière, la rapidité de sa course , sa régularité à éclairer tour à tour la terre entière, et à porter partout la fécondité, fit croire à des hommes ignorans et déjà corrompus qu'il n y avait point d'autre dieu que lui , ou que du moins cet astre était le trône de la Divinité.
Les hommes n'ayant pu s'élever jusqu'à l'idée d'une substance immatérielle et invisible , ne trouvèrent rien dans la nature de plus beau que le soleil ; peut-être même que la reconnaissance les y attacha : ils ne pouvaient douter qu'il ne fût la source de la fécondité ; ils l'adorèrent comme le dispensateur de tous les biens, de tous les fruits, et de tout ce qui était agréable ou vitile au genre humain. Diodore de Sicile dit : « Les premiers hom- » mes , frappés de la beauté de l'univers , » de l'éclat et de l'ordre qui brillent de toutes » parts , ne doutèrent point qu'il n'y eût quel- » que divinité qui y présidât. Ils adorèrent le » soleil et la lune sous les noms dOsùis et » à'Isis. »
Ce passage de Diodore prouve à la fois que, de son temps, on regardait le culte des astres comme le plus ancien, et que ce fut en Egypte qu'il commença.
On trouve dans Platon que les premiers
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hommes qui habitèrent la Grèce ne reconnaissaient point d'autres dieux que ceux qu'adorent encore aujourd'hui les barbares , savoir , le soleil , la lune , la terre, les astres et le ciel. C'est aussi le sentiment de Sanchoniaton ; mais rien ne prouve mieux l'antiquité de cette idolâtrie , que le soin que prenait Moïse de la proscrire.
Prenez garde , disait-il aux Israélites^ quéleuayit vos jeux vers le ciel, et j- voyant le soleil , la lune et tous les autres astres , vous ne tombiez dans l'erreur, et que vous ne rendiez un culte d'adoration à des créatures que le Seigneur votre Dieu a faites pour le service de toutes les nations qui sont sous le ciel.
C'était après la sortie d Egypte et dans le désert que Moïse donnait ce précepte ; on voit donc que c'était pour faire oublier au peuple de Dieu les superstitions dont il avait été le témoin , et pour le garantir de celles qu'il rencontrerait parmi les autres peuples ; car dès lors le culte des astres était presque universel. Il avait passé de l'Egypte dans les pays voisins. Les Ammonites adoraient le soleil sous le nom de Moloch ; les Chaldéens , sous le nom de Bélus ou de Baal.^ ou de Baal Semen ., qui veut dire seigneur du ciel. Les Arabes lui offraient chaque jour de l'encens, des parfums, et l'appelaient Adonée ; les Mohabites, Beel-
phegor ; les Perses, Mjthras- Il était nommé Azahinus par les Ethiopiens , Liber par les Indiens , enfin Apollon ou Phœbus par les Grecs et les Romains.
César, dans ses Commentaires, dit aussi que les anciens Germains n'avaient d'autres dieux que ceux dont ils recevaient quelque bien , comme le soleil , la lune , le feu. Depuis la découverte de l'Amérique , on a reconnu que presque tous les peuples de ce vaste continent adoraient le soleil. Les Incas s'.ippelaient ses fils , comme les héros grecs se disaient les fils de Jupiter ou d'Hercule. On peut même assurer que tous les peuples dont la religion nous a été connue ont adoré cet astre; il n'en faut excepter que les habitans de la zone torride , qui , sans cesse brûlés par ses rayons, le maudissent comme une puissance malfaisante.
Macrob avait entrepris de prouver que tous le dieux du paganisme jîouvaient se réduire au soleil et à la lune. Dans les détails qu'il en fait , non-seulement il trouve ceux que nous avons déjà nommés , mais encore Cœlus , Saturne , Jupiter , Mars , Apollon , Mercure , Ammon , Bacchus , Sérapis , Adonis , Esculape , Atys , Pan et plusieurs autres. De même , selon lui , toutes les déesses servaient à représenter la lune ; il nomme Cérès , Diane ,
Liicine , Vénus-Uranie , la grande déesse de Syrie , Cybèle , Tsis , Vesta , Astarté , Jiinon , Minerve, Proserpine , Hécate, et plusieurs autres qui n'étaient que VIsis des Egyptiens , nom qui veut dire l'ancienne ^ et qui parmi ce peuple était le symbole de la lune. Tels paraissent avoir été les premiers objets de 1 idolâtrie et les fondemens de la théologie païenne.
On donna le nom de Sabisme au culte qui a pour objet les astres et les planètes. Les savaiis ne conviennent pas entre eux de ce qui peut avoir donné lieu à cette dénomination ; mais l'essentiel est de savoir que cette secte est la plus ancienne et la plus générale , plus même que celle des deux principes , et qu'elle existe encore aujourd'hui parmi plusieurs peuples de l'Amérique. L'Ecriture Sainte nous apprend qu'elle a commencé peu de temps après le déluge , puisqu'elle était connue d'Abraham , de Tbaré , et dç Saru£?.