‹ La mythologie comparée avec l'histoire;Chapitre 75 sur 151 · DIVINITÉS DES ENFERS · texte numérisé non relu

DIVINITÉS DES ENFERS

L'idée d'un Dieu qui punit le crime et récompense la vertu est aussi ancienne que le monde. Le premier homme la reçut de Dieu même, et la transmit à sa postérité. A mesure qu'on s'éloigna des origines, les idées se brouillèrent, les traditions furent altérées, et 1 idolâtrie prit naissance : mais la différence qui existe entre le crime et la vertu se fit si fortement sentir à quelques hommes , plus sages que les autres , qu'ils cherchèrent à conserver soigneusement ce frein nécessaire, qui peut seul arrêter la corruption générale.

Plus on examine les traditions anciennes, et plus l'on reconnaît que la croyance à l'immortalité de l'âme était universelle. La plus coupable erreur a pu seule élever des doutes sur cette importance vérité, mais ils sont tellement démentis par le cri général de toutes les consciences et de tous les peuples, quil est inutile de les combattre.

Les philosophes de tous les siècles ont consacré cette vérité , et les poètes se sont efforcés de l'étendre par leurs descriptions.

Un fragment de Diodore de Sicile nous apprend que le système des poètes sur les enfers fut entièrement pris dans les coutumes

que les Egyptiens observaient lorsqu'ils enterraient leurs morts.

Le Mercure grec, dit-il, conducteur des âmes , était le prêtre chargé de recevoir le corps d'un Apis mort. Il le conduisait à un second prêtre, qui portait un masque à trois têtes, semblables à celles du Cerbère des poètes. Le second prêtre lui faisait traverser l'Océan, lui servait de nocher^ et le transportait aux portes de la uille du Soleil , d'où il arrivait dans les heureuses plaines habitées par les âmes.

L'Océan , continue Diodore , est le Xil même, auquel les Egyptiens donnaient ce nom. La ville du Soleil est Iléliopolis ; les plaines heureuses sont les belles campagnes situées aux environs du lac Achèruse , auprès de jSIemphis. C'est là que se terminent les funérailles , et que sont enterrés les corps des Egyptiens.

Dans les cérémonies funèbres , on commençait par désigner le jour auquel le corps serait inhumé. Les juges étaient les premiers avertis, ensuite les parens et amis du mort. Son nom se répétait de toutes parts , et l'on avertissait qu'il allait passer le lac. Aussitôt quarante juges s'assemblaient, et venaient s'asseoir en forme de cercle sur les bords de ce lac. Des ouvriers amenaient unebar(|ue, et le pilote,

appelé Coron par les Egyptiens , s apprêtait à la gouverner.

Avant de placer le cercueil dans la barc[ue, la loi permettait à tout le monde d'élever des plaintes contre le mort . Les rois n'étaient point exempts de cette coutume, et, si les plaintes étaient prouvées, les j"ges prononçaient la sentence qui privait le mort des honneurs de la sépulture, mais celui qui ne prouvait pas son accusation subissait de grandes peines.

Lorsqu'aucan accusateur ne se présentait . les parens quittaient le deuil, et commençaient à faire l'éloge du défunt , en parlant de son éducation , et en parcourant tous les âges de sa vie. Ils relevaient sa justice, sa piété, son courage, et priaient les dieux infernaux de le recevoir dans le séjour du bonheur. L'assistance applaudissait, unissait ses éloges, et félicitait le mort d avoir mérité de passer léternité dans la paix et dans la gloire.

Telles étaient les cérémonies qu'Orphée avait vu pratiquer en Egvpte, et sur lesquelles il fonda sa fable des enfers , en y joignant les circonstances qui s'accordaient aux coutumes des Grecs.

Le même Diodore ajoute que souvent on gardait dans les maisons les ancêtres embaumés, pour y perpétuer le souvenir de leurs belles actions.

Le respect des Egyptiens pour les morts était porte si loin , que souvent ils conservaient les corps de ceux à qui l'on avait refusé les honneurs de la sépulture pour cause de crimes ou pour dettes. Lorsque leurs descendans devenaient riches ou puissans , ils acquittaient les dettes de leurs ancêtres , réhabilitaient leur mémoire, et les faisaient enterrer honorablement.

Quelquefois on mettait en dépôt les corps embaumés ; pour cautionner un emprunt, on donnait son propre corps j)Our gage, et ceux qui manquaient à cet engagement étaient dévoués à Tinfamie pendant leur vie, et privés des honneurs delà sépulture.

" Malgré les ténèbres épaisses de ces temps , on croyait généralement qu'après la mort le corps matériel était réduit en poudre ou en cendres; mais que l'âme, cette partie spirituelle de l'homme, retournait dans le ciel. Les païens distinguaient l'âme de l'esprit. Ils regardaient la première comme l'enveloppe de l'esjirit , et croyaient qu'elle descendait aux enfers.

Les poètes n'étaient point d'accord sur le temps que les âmes devaient passer dans les Champs-Elysées. Quelques-uns le fixaient à mille ans, mais tous regardaient les supplices du Tarlare comme éternels.

ÎSous croyons devoir faire connaître 1 idée <]ue les anciens s'étaient formée du Tartare , et cette description abrégée sera tirée de

Virgile.

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