PLUTON, CÉRÈS , PROSERPINE ET AUTRES DIEUX DES ENFERS
Pluton , troisième fils de Saturne et d'Ops , régnait dans les enfers avec Proserpine. Ses noms les plus ordinaires étaient Dis , Adès , Orchus et Februus. Dis exprime les richesses ; il y présidait , parce qu elles sont renfermées dans les entrailles de la terre. Ad es signifie triste et sombre. Orchus vient du latin urgere., pousse?', parce que ce dieu poussait vers la mort. Februus vient de februare , faire des lustrations , parce qu'on en faisait toujours dans les cérémonies funèbres.
Le sceptre de Pluton était une fourche à deux pointes ; il tenait dans ses mains les clefs de son empire , pour annoncer
300 L\ SIÏTHOLOGIE COMPARÉE
qu'on n'en sortait point {F'ig. i9) ; et dans les sacrifices , les brebis noires lui étaient immolées.
Pluton était le plus jeune des frères de Jupiter ; dans le partage du monde , il eut les pays occidentaux , qui s'étendent jusqu'à l'Océan , et fixa son séjour au fond de l'Espagne. 11 y fit exploiter des mines d'or et d'argent. Ce travail ne pouvant s'exercer cjue sous la terre , on publia qu'il avait pénétré jusqu'aux enfers et s'en était emparé.
Quoique Plulus fût aussi le dieu des richesses , il ne faut pas le confondre avec Pluton , divinité qui lui était très-supérieure. Plutus était fils de Cérès et de Jasion. On le représentait aveugle comme la Fortune, pour montrer que les richesses sont dispensées aux bons et aux mauvais.
La laideur de Pluton et l'obscurité de son royaume layant fait rebuter par toutes les déesses , il s en plaignit à son frère Jupiter , et obtint de lui la permission de se choisir une épouse. Inquiet des secousses de l'Etna, il craignit que le jour ne pénétrât dans son empire par quelque ouverture. Il alla visiter la Sicile ; et ce fut alors «juil rencontra Proserpinc, fille de Cérès. Cette princesse, suivie de ses compagnes, se plaisait à cueil-
AVEC l'histoire. 30 I
iir des fleurs ; Pluton l'aperçut , et l'enleva. Cyane, cherchant à s'y opposer, fut changée en fontaine; et le dieu des enfers, entrouvrant la terre d'un coup de son sceptre , disparut à tous les yeux , emportant avec lui la fille de Cérès.
Nous avons déjà vu, dans l'histoire de cette déesse, quels furent ses regrets et les courses qu'elle entreprit pour retrouver sa fille.
On ne peut douter que la Cérès des Grecs ne fût r/^i.? des Egyptiens; ses mystères étaient les mêmes, et furent apportés par les colonies orientales.
Pendant le règne d'Ereclithée , une grande famine se fit sentir dans la Grèce. Les Athéniens, dont le sol était peu fertile, souffrirent encore plus que leurs voisins. Erechthée prit le parti d'envoyer en Egypte. Ses émissaires rapportèrent de ce pays une grande quantité de blés , avec la manière de les cultiver. Ils rapportèrent en même temps le culte de la divinité qui présidait à l'agriculture. Le mal que l'on venait de souffrir , et la crainte de le voir se renouveler, firent adopter les mystères de la déesse. Dans le même temps, Triptolême reçut le culte dans Eleusis, où il régnait; il voulut même être prêtre de Cérès ou Isis ; et, pour témoigner sa reconnaissance de laLondance que l'agri-
culture avait fait renaître, il eut soin, en secourant ses voisins , de leur apprendre les travaux de Cérès , et de faire adopter son culte.
Telle est l'origine de la fahle de Cérès et de Triptolême. On publia c[ue Cérès était venue de Sicile à Athènes. On ajouta que sa fille Proserpine avait été enlevée, parce que l'on avait manqué pendant quelque temps d'alimens et de fruits. Plu ton la conduit dans les enfers, pour désigner le temps où les semences restent enfermées dans la terre. Jupiter arrange ce différent et réconcilie Cérès avec Pluton , pour désigner les nouvelles moissons qui couvrirent la terre.
Quelques savans prétendent que Cérès était reine de Sicile , qu'elle alla dans l'Attique pour instruire Triptolême des travaux de la terre , et que ce fut sa fille qui fut enlevée par Pluton, roi d'Espagne.
On croit aussi que l'enlèvement de Proserpine est une allégorie pour représenter la saison pendant laquelle les semences restent sous la terre, et celle où elles reparaissent.
VWv\\«^x%v\\,