‹ La mythologie comparée avec l'histoire;Chapitre 86 sur 151 · DES DIVINITÉS PARTICULIÈRES · texte numérisé non relu

DES DIVINITÉS PARTICULIÈRES

Il serait impossi])le de nommer et de désigner toutes les divinités particidières des anciens ; ils érigeaient en dieux les vertus , les ])assions, les hiens et les maux : nous nous Jjornerons à parler des plus connus.

Les Grecs honoraient la Félicité sous le nom à'Eudénioiiia , ou de JMacavia. Un oracle ayant dit aux Athéniens qu'ils remporteraient la victoire si un des cnfans d'Hercule se donnait volontairement la mort, Macarie, une de ses filles, se tua elle-même. Les Athéniens furent victorieux , et honorèrent sous le nom de Macaria^ Félicité, celle qui s'était dévouée pour eux.

Les Romains n'honorèrent la Félicité que long-temps après la fondation de Rome. Lucidlus lui lit élever un temple après la guerre contre Mithrklate et Tigrane. On la représentait comme une reine assise sur un trône, tenant une corne d'ahondance . avec cette légende : La Félicité publique. ( Fig. 51.)

U Espérance , cette dernière ressource des hommes contre les maux qui les accablent , futhientôt diviniséepar eux. Les Grecs honoraient \ Espérance sous le nom (ïtlpis, et

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les Romains sous celui de Spes publica , Esjiérancc publique. Cicéion dit que l'immortalité animait VEspérimce ^ et que la vertu seule avait droit de compter sur elle. Rome lui avait élevé plusieurs temples. On la représente avec une corne d'aLondance , des Iruits , des fleurs , une ruche à miel ( Fi g. 52), et les nautoniers la représentaient avec une ancre.

UEterniLé n avait ni temples, ni autels. Oii se bornait à la représenter sous la figure d une femme, avec une légende qui portait son nom, Eternité. Elle tenait à la main une tête de soleil rayonnant , ou une tête de lune , parce qu'on les croyait éternels." On la représentait aussi sous la forme du phénix, oiseau fabuleux qui renaît de ses cendres; ou sous celle d un globe , parce qu il n'a aucunes bornes ; ou sous celle d un serpent qui forme le cercle en mordant sa queue ; quelf[uefois aussi sous la forme d'un éléphant, à cause de la longue vie de cet animal : ce qui démontre la fiùble idée que les anciens avaient de VEternitc. Toutes les généalogies de leurs dieux prouvent qu'ils ne pouvaient concevoir la divinité sans commencement et sans fin.

Le Temps était représenté par Saturne : on le peignait avec des ailes , pour marquer la . rapidité de sa course , et avec une faux , pour

exprimer ses ravages. ( V^oy. Saturne , Fig. 3 , PL 1.)

On divisait le Temps en plusieurs parties , le siècle , la génération ou l'esp.ice de trente ans , le lustre ou cinq ans , l'année, et les saisons. On n'en admettait d'abord que trois, l'été, l'automne et l'hiver; on y ajouta le printemps. L'on personnifia le crépuscule du matin, l'aurore, le midi, le soir, le crépuscule du soir, et la nuit. Chacune de ces parties était représentée par un homme ou une femme, suivant son nom masculin ou féminin.

La Pensée fut divinisée ; on l'implorait pour n'avoir que de bonnes pensées.

Tous les genres de piété furent honorés. M, Acilius Glabrio fit élever un temple à la Piété filiale sur les fondemens de la maison qu'avait habitée la femme romaine qui avait nourri son père dans la prison.

Les Athéniens avaient élevé des autels à la Miséricorde. Les Romains les imitèrent , et donnèrent à ces temples le nom ô^ Asiles.

La Vertu , qui peut seule assurer le bonheur, fut adorée par les anciens, et l'on trouve encore dans le quatrième livre de la Cité de Dieu , par saint Augustin , quelques traces du culte qu'on lui rendait. Scipion , le destrucleur de Numance , fut le premier qui consacra un temple à cette divinité. Marcellus

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voulut réunir dans un même temple la Tertu. et V Honneur ; il consulta les pontifes : ils déclarèrent qu'un seul temple ne pouvait contenir deux divinités aussi ijrandes. Marcellus en fit construire deux qui se touchaient, de sorte que Ion passait du temple de la \ ertu à celui de l'Honneur, pour apprendre aux hommes qu'ils ne pouv^aient parvenir au véritable honneur que par la pratique de la vertu. On ne sacrifiait jamais à l'Honneur, sans avoir la tête découverte , et sans donner les marques du plus grand respect.

La Vérité passait pour être mère de la Vertu et fille du Temps; on la représentait comme une jeune vierge , couverte d'un habit dont la blancheur éealait celle de la neise. {Fig. 53.) Démocrite disait que la vérité se cachait au fond d'un puits , tant elle est difficile à découvrir.

La Coîicorde , la Paix et la Fidélité étaient troisdéesses différentes. Le pouvoir delà Concorde s'étendait sur les maisons, les familles et les villes. Celui de la Paix s'étendait sur tout l'empire. Suétone dit que ce fut dans le temple de la Paix que furent déposées les riches dépouilles du temple de Jérusalem. On rassemblait dans le même temple tous ceux qui professaient les arts , lorsqu'ils avaient à soutenir leurs droits et leurs prérogatives ,

afin que la présence de la déesse de la Paix pût bannir toute haine et toute aigreur de leurs disputes. On représentait cette déesse sous la forme d'une ïeninie couronnée de laurier, d'olivier, de roses, tenant d'une main des épis , symbole de l'abondance qu'elle procure , et de l'autre le caducée. ( Fig. 54. ) On lui donnait pour compagnes Ténus et les Grâces.

La Fidélité présidait à la bonne foi dans les traités et dans le commerce ; le serment que l'on faisait par elle , ou par Jupiter Fidius , était regardé comme le plus inviolable de tous. On croit généralement que Numa Pompilius fit élever son premier temple. La figure de deux femmes qui se donnent la main, représente ordinairement cette déesse. (i^%. 55.)

Un peuple autant idolâtre de sa liberté que l'était le peuple rom.iin, ne pouvait manquer d'en faire une divinité : elle avait plusieurs temples. On la représentait appuyée sur une table des lois , ayant une cpée à la main pour les défendre , avec cette légende : Elles assurent la liberté de tous. {Fig: 56.) On représentait la Licence foudroyée par le ciel , dans l'instant où elle s'ellorce de briser une table des lois et la balance de la justice.

Le Silence avait ses autels ; les peuples de

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l'Orient ladoraient sous le nom (^Harpocrate^ elles Romains en avaient fait une déesse qu'ils nommaient A^eronia. {Fig. 57.) Ces derniers avaient aussi le dieu de la parole , qu'ils nommaient Aiiis Locutius.

La Pudeur avait des temples. On la représentait sous la figure d'une femme v^oilée , ou d'une femme qui montre son front avec son doigt pour annoncer qu'il est sans trouble et sans taclie. [Fig. 58.)

La Providence était représentée par une femme appuyée sur une colonne , tenant de la main gauclie une corne d'abondance , et montrant un globe avec sa main droite, pour apprendre qu'elle étend ses soins sur tout l'univers, et qu'elle dispense tous les biens. (F/g-. 59.)

On représente la Justice sous la figure d'une jeune fille , tenant une balance égale des deux côtés , ayant une épée nue à la main et un bandeau sur les yeux ; elle est assise sur iin bloc de pierre , prête à prescrire des peines contre le crime et des récompenses pour la vertu. [Fig. 60.)

La Fortune présidait au bien et au mal. On la représentait sous la figure d'une femme aveugle et presque chauve , avec des ailes aux deux pieds. L'un d'eux est posé sur une roue qui tourne avec vitesse, et l'autre est en l'air. (-^%. 61.)

\J Occasion se représentait de même, mais elle avait une touffe de cheveux sur la tête, afin de laisser un moyen de la saisir. {Fig. 62.)

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